‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 256 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tient à leurs terminaisons composées , toutes trois également dérivées du grec.

Gonie, qui termine le premier mot est fait de Ytvecrôat, devenir , naître ; graphie, désinence du second , a pour racine ypàcceiv , décrire ; logie, qui se trouve à la fin du troisième , tire son origine de lôyo^, discours, raisonnement, science. De sorte que cosmogonie indique la science de la formation de l'univers ; cosmographie , la science qui décrit l'univers , qui enseigne la construction , la figure , la disposition et le rapport de toutes les parties qui le composent ; et cosmologie , la science par excellence, ou la science raisonnée de l'univers, c'est-à-dire une science générale qui , sans entrer dans les détails , comme la cosmographie , tâche de découvrir une partie des lois par lesquelles l'univers est gouverné.

La cosmogonie est conjecturale: elle fait des hypothèses sur la naissance et l'état primordial du monde. La cosmographie est purement historique et descriptive : elle expose, dans toutes ses parties et ses relations , l'état actuel de l'univers tout formé; espèce de physique générale, qui tient, d'une part, à l'astronomie, de l'autre, à la géographie. La cosmologie est inductive et rationnelle ; plus spéculative , plus métaphysique que la cosmographie , qui se borne à l'observation , elle s'occupe surtout des rapports nécessaires, des lois : elle montre l'analogie et l'union qu'ont entre elles les parties de l'univers , et son utilité principale consiste à nous élever par les lois générales de la nature à la connaissance de son auteur.

TERMINAISON ISE.

Feinte, feintise.

La terminaison ise , d'origine toute française, est familière , et se prend d'ordinaire en mauvaise part pour exprimer un défaut, ainsi qu'on peut le voir par les mots , balourdise , bêtise , sottise , couardise, fainéantise, friandise, paillardise. C'est pourquoi les noms en ise ont quelques synonymes en erie. Parmi les substantifs peu nombreux qu'elle termine , plusieurs sont tombés ou tombent en désuétude, comme hantise et chalandise; et quand un substantif en ise est synonyme d'un substantif autrement terminé , si l'un des deux cesse d'avoir cours , c'est plutôt le substantif en ise. Or, le substantif en ise qui vieillit, et par cela même qu'il vieillit, a un air de bonhomie, de naïveté et de familiarité étranger à son synonyme.

Tel est, en effet, le caractère distinctif de feintise par rapport à feinte. Charron a parfaitement observé cette différence. Il dit quelque part : « Des faits et dits internes, pensées, opinions , créances (ou la feinte est bien grande , et qui enfin se découvre) sourdent les externes. » Et ailleurs : « Les petits déguisements, faire la petite bouche , les figures et feintises , qui sentent à la pudeur et modestie, vont fort bien aux femmes, sont là au siège d'honneur.» Saint-Simon a aussi employé feintise avec la nuance qui lui est assignée ici. « Le cardinal Albano eut vraiment

peine et sans feintise d'accepter le pontificat. » — Cette même remarque trouve son application, à l'égard des mots simplesse et simplicité. (Voy. pag. 188.)

TERMINAISONS ISE et ERIE.

Cafardise , cafarderie. Lourdise , lourderie.

Ce qu'il y a de commun entre ces deux terminaisons , c'est d'être familières et d'indiquer des défauts ou des actes qui en émanent. Mais leur différence vient de ce que primitivement erie désigne un métier , une profession , une habitude , la répétition des mêmes actes , tandis qu'aucun nom de métier ne se termine en ise. En général, erie marquera plutôt le défaut et ise l'acte qui en dérive. Mais supposons que tous deux marquent en même temps ou le défaut ou l'acte. Tout nom en erie, exprimant un défaut , fait entendre qu'on se livre habituellement aux actes provoqués par ce défaut ; ce que ne suppose en aucune sorte un nom en ise significatif du même défaut. Tout acte vicieux , dont le nom se termine en erie , est habituel ; et le même nom terminé en ise n'emporte pas cette idée.

CAFARDISE , CAFARDERIE. Ces deux mots se disent en parlant du cafard , de sa manière d'être ou de sa manière d'agir.

Cafardise s'entend plutôt de sa manière d'agir , d'un acte particulier : et cafarderie , de sa manière d'être, de son défaut. L'usage a presque rejeté cafardise , par la raison toute simple que cafarderie convient aussi bien pour marquer l'acte que le défaut. Tous deux néanmoins méritent d'être conservés; car, si cafarderie peut exprimer un acte particulier de cafard, il le fait avec une nuance étrangère à cafardise , et qu'on n'a pas toujours l'intention de faire entendre : il représente la personne comme commettant fréquemment ou comme étant dans l'habitude de commettre des actes semblables.

LOURDISE , LOURDERIE. Ces deux mots , beaucoup moins usités que leur synonyme balourdise , signifient une faute grossière contre le bon sens , contre la civilité ou la bienséance.

On fait une lourdise en passant , et des lourderies continuelles -, la lourdise est causée par l'irréflexion, et la lourderie vient de ce qu'on est un lourdaud. « La lourdise de sa réponse fut inexprimable. » S. S. La comtesse d'Escarbagnas, dans la pièce de Molière qui porte ce titre, relève les lourderies de son valet Criquet.

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