TERMINAISON ON
Lien, liaison.
Il semblerait au premier coup d'œil que cette terminaison fût latine et que tous les noms qui la possèdent vinssent directement du latin, comme sermon de sermo , onis. Ce serait cependant, une erreur de le penser. Parmi les substantifs latins en o , onis , il en est fort peu qui soient passés dans notre langue avec le même radical et aient pris la désinence on; bien moins encore parmi les substantifs en on pourrait-on en citer qui fussent, comme sermon, des traductions des noms latins en o , onis. En français , la désinence on se trouve presque toujours ajoutée à des radicaux , ou francisés , comme dans soupçon , ou totalement étrangers à la langue latine ; et les noms qu'elle sert à former appartiennent très-souvent au langage commun ou même familier et populaire , comme jargon , bouchon , brimborion, torchon, trognon, cochon, salisson, polisson, capon, coïon..
Les substantifs ainsi terminés peuvent se diviser en trois espèces. — Les uns sont des substantifs abstraits féminins ayant pour base un significatif verbal , comme oraison , déclinaison , floraison, démangeaison, leçon; leur sens approche de celui des substantifs en ion dont ils sont quelquefois synonymes. — D'autres sont masculins, à base généralement nominale, et ont pour caractère essentiel d'être diminutifs ' : Exemples , cordon , poêlon , raton , carafon , peloton , sablon , oison, aiglon, chaudron. — Les derniers, masculins , à base tantôt verbale et tantôt nominale , rentrent dans la classe des qualificatifs : tels sont , brouillon, bouffon, fripon, fanfaron, mignon, grognon.
LIEN, LIAISON, Ce qui tient plusieurs choses ou plusieurs personnes ensemble.
Liaison, substantif féminin abstrait , à base verbale , joue à l'égard de lien un rôle analogue à celui que jouent, à l'égard de leurs synonymes sans terminaison significative , les substantifs en ion. Au lieu que lien est objectif et absolu , liaison se prend relativement , et rappelle comme ayant eu lieu l'action du verbe qui lui correspond. Le lien est; la liaison est devenue, a été faite. On forme une liaison, une liaison s'établit. Il y a lien de parenté entre personnes qui sont parentes', et liaison de parenté entre personnes qu'une alliance a rendues parentes. On dit le lien de l'amitié, et une liaison d'amitié -, l'un est absolu, l'autre relative , et , en général , le lien est moins
4. On dérive si peu du latin o, onis, que cette dernière désinence termine beaucoup de mois latins qui sont augmentatifs et marquent grosseur, excès. Exemples : bibo, grand buveur ; comedo ou edo , grand mangeur ; capito, qui a une grosse tête ; naso, qui a un gros nez, etc. Notre langue possède bien aussi des noms augmentatifs en on; mais ils sont très-rares et viennent de substantifs italiens dans lesquels la terminaison one exprime augmentation, grandeur. Salon vient de sallone, grande salle ; canon de cano?ie, grande canne, grand tube ; ballon de ballonei grande balle, grand globe.
accidentel et moins passager que la liaison. « On nomme hardiment amour un caprice de quelques jours, une liaison sans attachement. » Volt. «Cela forma dès le premier jour, entre lui et moi, une espèce de liaison. » Les.
Vous ne direz pas la liaison , mais seulement le lien du mariage , parce que le mariage est un état absolu qui ne comporte pas de degrés , comme la parenté , l'amitié , etc. On dit les liens , et non la liaison du sang et de la nature , l'union dont il s'agit ici , étant , et ne se faisant pas. Le lien est un objet qui se qualifie en soi; la liaison est un fait qui se qualifie par rapport à l'événement : des liens étroits le sont par nature , tels sont ceux qui unissent un fils à son père ; une liaison étroite est telle effectivement , par le fait. Le lien se considère avant qu'on ait lié : il sert ou il est propre à lier; la. liaison se considère après que l'action de lier a été faite : elle lie.
Aussi Condillac a remarqué avec beaucoup de justesse qu'au propre le lien est tout différent des choses liées et empêche seulement qu'elles ne se séparent , tandis que la liaison fait partie des choses liées et forme avec elles un seul corps , un seul tout. « En maçonnerie, dit-il, la liaison se fait par la manière de poser les pierres les unes sur les autres et par l'emploi du plâtre ou du mortier; ainsi elle fait partie du mur. Mais le lien , avec lequel on assemble les parties d'une gerbe , est toute autre chose que la gerbe. Dans les bâtiments on fait quelquefois usage de liens de fer, afin de mieux assujettir les pierres. Les liens qu'on donne à un criminel , à un prisonnier , sont des chaînes dont on le lie pour l'empêcher de s'échapper. » 0
TERMINAISONS ON et MENT.
Juron , jurement.
" JURON, JUREMENT. Affirmation qu'on fait d'une chose en prenant mal à propos à témoin ou Dieu ou ce qu'on regarde comme saint , comme divin.
Juron , par sa terminaison diminutive , indique un jurement contenu en peu de mots et qu'on emploie à chaque instant : Ventre-Saint-Gris ! était le juron de Henri IV. « Le mot de juron , dit Girard , dont nous empruntons ici les distinctions en les expliquant, tient de l'habitude dans la façon de parler.» —Le jurement n'est pas .bref et ha bituel comme le juron; il tire plus à conséquence et n'a lieu que lorsqu'on s'emporte, lorsqu'on veut, non pas seulement donner au discours un air assuré et prévenir la défiance , mais confirmer expressément la vérité d'un témoignage.
Ensuite, jurement, traduction du mot latin, juramentum, est plus noble, plus relevé que juron. Ce dernier, avec sa désinence toute française , commune et populaire , appartient au style familier. Destouches et Lafontaine l'ont mis dans la bouche de paysans grossiers parlant patois. Je n'entendons jamais ces jurons-lk cheusnous. Dest.
Jurement n'est au-dessous d'aucun écrit m d'aucun sujet. « S. Pierre renia son maître avec jurement. » Boss. « Que de jurements dans le jeu! » Pasc. « Autrefois l'irréligion , les jurements , les
blasphèmes régnaient à la cour. » Bourd. « Ami , point de jurements , dit le bénin quaker. » Volt.
TERMINAISONS ON et ION.
Contrefaçon , contre faction.
En s'ajoutant à un même «radical verbal , ces deux terminaisons donnent naissance à des substantifs féminins abstraits dont la valeur est à peu près , mais non pas tout à fait la même. Ceux
que termine ion conserv
ent rigoureusement le
même sens que les mots latins auxquels ils correspondent, c'est-à-dire qu'ils signifient l'action de faire ce qui est marqué par le verbe radical : ainsi exhalation marque l'action d'exhaler; et inclination, l'action d'incliner. Ceux, au contraire, qui sont terminés par on , terminaison toute française , ont éprouvé pour le sens une légère altération, comme ils en ont éprouvé une pour la forme : ils signifient moins l'action même que son résultat ou son effet. Ainsi V exhalaison est le produit de l'exhalation, et l'inclinaison est l'état d'une chose inclinée. Quoique moins grande , la différence est la même entre les deux mots suivants, que nous allons distinguer en prenant Roubaud pour guide.
CONTREFAÇON , CONTREF ACTION. Ils désignent l'imitation d'un ouvrage , d'un livre , d'une marchandise dont la fabrication est réservée.
Mais l'un se rapporte plus à l'ouvrage et aux qualités qu'il a reçues , l'autre à l'agent et à son mode d'agir. Ainsi, vous direz plutôt contrefaçon, quand il s'agira de marquer le mérite de l'ouvrage , sa fabrication , la main-d'œuvre ; et contrefaction, <|uand vous voudrez parler du mérite de l'ouvrier, de sa faute, de son délit.
Le public se plaint ordinairement de la contrefaçon d'une marchandise , parce qu'il n'a égard qu'à la malfaçon, à la mauvaise qualité de la chose. « Quelques amis zélés ont imprimé cette pièce ( la Mère coupable ) , uniquement pour prévenir l'abus d'une contrefaçon infidèle , furtive et prise à la volée pendant les représentations. » Beau m. — Les auteurs et les libraires se plaignent plutôt de la contrefaction d'un livre , parce qu'ils regardent l'atteinte portée à leur propriété par le contrefacteur, a Par ce moyen , la contrefaction , si elle a lieu , ne nuira point au libraire d'Amsterdam. » J. J.
L'objectivité de contrefaçon va jusqu'à signifier quelquefois l'ouvrage même qui est contrefait : ce livre est une contrefaçon; et la subjectivité de contrefaction se montre avec non moins d'évidence , quand ce mot nous sert à marquer l'action d'imiter dans des vues coupables l'écriture ou la signature de quelqu'un.
TERMINAISONS ON et ÉE.
Vallon, vallée.
VALLON , VALLÉE. Espace renfermé entre des montagnes.
œ Vallon , dit Girard , semble signifier un espace plus resserré , et vallée semble en marquer un plus étendu. » C'est en effet ce qui résulte, non-seulement du genre , mais encore des termi-
naisons des deux mots : celle de vallon est diminutive , tandis que celle de vallée exprime une grande compréhension. Dans le sacré vallon la Fable établit la demeure des Muses ; dans la vallée de Josaphat doit se faire le jugement universel.
« Une grande vallée est comme un tronc qui jette des branches par d'autres vallées , lesquelles jettent des rameaux par d'autres petits vallons. » Buff. ce Ces déblais ont formé les petites couches de terre qui recouvrent actuellement le fond et les coteaux de ces vallons. Ce même effet a eu lieu dans les grandes vallées. » Id. Le vallon est étroit (Roll. , Marm. , S. S.) , petit (Roll.) , agréable (Fén.)-, on se promène dans un beau vallon orné de fleurs (Id.). Mais la vallée est grande (Les.) , spacieuse (Laf.) , profonde (Fén. , Roll.) -, Voltaire parle des vallées des Alpes , et des pro fondes et immenses vallées qui sont sous les eaux de l'Océan.
Si la poésie pastorale et la poésie légère em ploient de préférence le mot vallon , ce n'est pas qu'il soit plus noble en lui-même , c'est que le vallon, comme le bosquet (petit bois), permet, par son peu d'étendue , qu'on le pare , qu'on lui donne une disposition champêtre et gracieuse.