‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 262 sur 881 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Que par vos grands exploits votre rare vaillance Pût faire à l'univers croire votre naissance. Corn. « Mars signifie la vaillance personnifiée. » Lah. « Dans Eschyle , la Force et la Vaillance servent de garçons bourreaux à Vulcain qui enchaîne Prométhée sur un rocher. » Volt. « Le modeste langage de la vaillance est, je fus brave un tel jour.... » J. J.

Mais dans l'ordre des faits , quand on raconte ce qui s'est passé , valeur est , à son tour , le seul mot qui convienne. « Après la bataille de Potidée , on attribua à la nation Spartiate la précellence de valeur en ce combat. » Montaign. « Philippe fut vaincu à la journée des Cynocéphales ; et cette victoire fut due à la valeur des Étoliens. » Mon-

tesq.

Ma valeur est connue ;

Je ne me bats jamais qu'aussitôt je ne tue. Reg*.

Un homme vaillant est capable de se bien battre ; un homme valeureux a fait ses preuves , il s'est bien battu.

TERMINAISONS EUR et IS.

Couleur, coloris.

Eur marque l'actif, is le passif: le premier désigne une qualité se faisant sentir par un certain effet ou une certaine impression; le second signifie un résultat , un assemblage. C'en est assez pour arriver à déterminer en quoi diffèrent couleur et coloris , par exemple.

COULEUR, COLORIS. Qualité que la vue perçoit dans les corps et qui provient de la lumière réfléchie par leur surface.

«Les couleurs, ditBeauzée, sont les impressions primitives que fait sur l'œil la lumière réfléchie parles diverses surfaces des corps : ce sont elles qui rendent sensibles à la vue les objets qui composent l'univers. Le coloris est l'effet qui résulte de l'ensemble et de l'assortiment des couleurs natur 'elles de chaque objet, relativement à sa position à l'égard de la lumière , des corps environnants et de l'œil du spectateur : c'est le coloris qui distingue la nature et la situation de chaque objet. »

La couleur se considère plutôt comme cause d'impression , et le coloris comme un effet résultant d'un mélange de couleurs, « Les tableaux du Titien excellent par la beauté du coloris; et l'on dit qu'ils en sont redevables à l'art particulier que ce peintre avait de préparer et d'employer les couleurs. » Beauz. «■ De plusieurs systèmes Platon en fit un, qui prit le coloris de son style : il avait le talent de donner des couleurs aux objets sans répandre sur eux aucune lumière. » Cond. a Toutes les couleurs , se mêlant mieux ensemble ( au moyen de l'huile) , font un coloris plus doux , plus délicat et plus agréable. » Roll.

Colorer c'est donner une couleur déterminée par laquelle un objet fasse sur notre vue telle impression -, colorier est un terme de peinture , c'est donner à un objet , par un assortissement convenable de couleurs , l'éclat , l'air , l'apparence qu'il doit avoir. On colore une liqueur; on colorie un tableau.

TERMINAISONS EUR et IE.

Fureur, furie.

FUREUR, FURIE . Violente agitation, grand emportement.

Toutes deux destinées en général à signifier des qualités abstraites , les désinences eur et ie sont propres en même temps à rappeler l'action d'un verbe, c'est-à-dire ici du verbe furere (être hors de soi, éprouver une passion violente), qui aie même radical. Mais l'une est active , se rapporte à la cause et à son action présente , immédiate ; l'autre est passive , se rapporte à l'effet ou à l'action dans ses suites, dans sa manifestation extérieure.

Vaugelas et Roubaud ont fait entre fureur et furie une distinction conforme à cette remarque. « Il semble , dit le premier, que le mot de fureur dénote davantage l'agitation violente du dedans , et le mot de furie l'agitation violente du dehors1.»

La furie consiste dans la manifestation, dans l'éclat ; elle ne se concentre pas comme la fureur; on n'aime pas à la furie , comme on aime à la fu reur.

N'as-tu pas sur mon dos exercé la furie?

(Sosie à Mercure dans Amphitryon.) Mol.

Crains tes emportements ; j'en connais la furie.

Volt.

S'emporter jusqu'à la furie (Boss.). — La fureur est en nous ; par elle notre âme se porte ardemment vers l'objet de son désir, <c La fureur des désirs. » Buff.

Je suis au désespoir, et je sens dans mon cœur

Mon amour outragé se changer en fureur. Regn.

Ces derniers mots me rendent immobile ;

Je ne sais où je suis; ma. fureur est tranquille.

Volt.

La furie nous met hors de nous , dans une sorte d'état passif. On contient sa fureur , on s'abandonne à la furie.

« La fureur , dit Roubaud , n'est pas furie , si elle n'est point manifestée ; la fureur mène à la furie. La fureur a des accès; la furie est l'effet de l'accès violent. On souffle la fureur pour exciter la furie. L'on met un frein à la fureur , et la furie est la fureur effrénée. »

Furie convient plutôt en parlant des choses inanimées, parce qu'elles n'ont pas en ellesmêmes la cause ou le principe de leurs actions , parce qu'elles ne sont pas susceptibles de passion ou d'agitation intérieure : la furie du combat , du mal , de la fièvre ; le canon tirait avec furie.

D'autre part, comme furie marque une sorte d'état passif auquel on s'abandonne et dans lequel on n'est plus maître de soi , ce mot se prend très-rarement en bonne part. Au contraire , nous disons , une noble fureur , une sainte fureur , une fureur héroïque , une fureur poétique , une fureur prophétique. Nous attribuons la fureur à Dieu même. Racine dit que les chiens attendent à la porte de Mathan que la fureur de Dieu se déploie sur lui.

^ . En latin, la même différence existe , suivant Dœderlein, entre mœror et mœstitia. '

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

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