‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 27 sur 881 · INTRODUCTION. XXXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXI

toutes ses recherches ; elle ne se présente à son esprit que chemin faisant , à mesure qu'il en a besoin; il n'en parle qu'incidemment, par-ci par-là. Les procédés de cette méthode lui sont familiers ; il les emploie dans l'occasion avec rigueur; mais ces rapprochements sont très-incomplets, se réduisent à des conjectures, parce qu'ils n'ont lieu qu'à propos des exemples particuliers ; si bien que la règle se trouve appliquée avant d'être une fois pour toutes établie largement et sans préoccupation. Où l'auteur place-t-il ses observations touchant l'influence exercée sur le sens des mots par telle préfixe, telle terminaison ou telle modification grammaticale? Non pas en tête d'une classe distincte de synonymes, mais au milieu ou à la fin de quelque long article où elles frappent peu et semblent quelquefois paradoxales, faute de détails et d'exemples. Au surplus, il sent lui-même la nécessité d'un traité où toutes ces règles soient disposées avec ordre, et non pas noyées ou dispersées dans les articles d'un dictionnaire ; où chaque exemple vienne se ranger sous son chef à côté de ceux du même genre qu'il éclaire et dont il est éclairé. Mais il faut se rappeler ici ce qu'il dit dans sa préface : « Avec le temps j'ai entassé des matériaux ; et j'ai fait un livre sans en avoir formé le dessein. »

Quoiqu'il n'ait que traversé rapidement le champ de la synonymie, M. Guizot a vu et indiqué le point sur lequel à l'avenir devraient porter principalement les efforts des synonymistes. Il reconnaît aux observations de Roubaud sur les terminaisons un intérêt et un mérite très-réels ; mais il sent bien que s'il y a là le germe d'une science où seraient établies des classifications distinctives, il n'y en a que le germe; il trouve les explications de Roubaud hasardées, vagues, particulières, susceptibles d'exceptions nombreuses, et néanmoins elles constituent, à son avis, un travail utile qui fait honneur au synonymiste; et, comme pour montrer que désormais dans le même travail il faudra plutôt se préoccuper de la théorie que de la pratique , de l'établissement des principes que de leur application à tels ou tels cas , il rassemble sous un même coup d'œil toutes les idées éparses de Roubaud sur la valeur des terminaisons. Roubaud avait commencé l'œuvre un peu au hasard, sans vue générale, sans plan assuré; nous l'avons reprise et continuée dans la première partie de notre présent dictionnaire conformément à la pensée de M. Guizot, en étendant toutefois ce qu'il ne dit que des terminaisons aux préfixes et aux autres circonstances grammaticales capables de produire des différences légères entre les termes prétendus synonymes. En même temps que nous- recevions ses conseils de vive voix, nous nous pénétrions de ces derniers mots de son introduction : « En général, on cherche peu, en France, à donner aux études une direction philosophique : les théories générales nous sont peu familières ; elles seules cependant peuvent contenir de grandes vues et des règles positives. » Du reste, à l'œuvre on verra avec quelle circonspection nous arrivons à fonder les théories.

Dans l'intérêt de l'ordre et de la science , il faut d'abord que les synonymes grammaticaux deviennent l'objet d'un livre indépendant du dictionnaire proprement dit ou forment dans le dictionnaire une première partie distincte. Car ils

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