XXX INTRODUCTION
Le principe commun est posé. Qu'il s'agisse des synonymes grammaticaux ou des synonymes étymologiques, le philologue ne craindra pas, en cherchant à y découvrir des différences, de poursuivre des chimèreSi Mais , pour réussir , il faut qu'il connaisse et suive la méthode légitime.
La même méthode ne saurait convenir aux deux sortes de synonymes caractérisées plus haut ; c'est même là une des raisons principales qui doivent les faire nettement séparer. Il sera donc à propos de déterminer séparément la méthode applicable aux synonymes qui ont le même radical, puis celle dont les synonymes à radicaux divers exigent l'emploi. Nous commencerons par la première.
V. Méthode à suivre pour la distinction des synonymes qui ont le même radical et qu'on peut
appeler grammaticaux.
Cette méthode a cela de commun avec toutes les autres, que l'application en a précédé la théorie. De bonne heure les grammairiens avaient observé que de légères variations dans la forme matérielle des mots et des expressions en amenaient de correspondantes dans le sens, légères aussi et difficiles à apercevoir. Grammairien par état et synonymiste par occasion, Beauzée entreprit de tourner ces remarques au profit de l'art des synonymes, pensant avec raison que rien ne pouvait rester étranger à ce dernier de ce qui regarde la distinction des termes équivoques. Des synonymes qu'il a joints à ceux de Girard, une bonne partie sont grammaticaux. 11 a même établi des règles relativement à la différence qu'il faut mettre entre les adverbes et les phrases adverbiales , entre un verbe employé neutralement, et ce même verbe devenu réfléchi. L'influence des préfixes sur la valeur des mots à radical commun paraît l'avoir peu frappé. Mais , à en juger par l'habitude où il est de prendre surtout des exemples parmi ceux où la différence à trouver réside tout entière dans la terminaison, on peut croire qu'il a soupçonné la nature particulière de ces synonymes et la méthode qui leur est propre. Une fois même, mais une seule fois, ce soupçon devient manifeste, c'est quand , au commencement de l'article Jour, journée, l'auteur dit expressément : « Il me semble qu'il en est de la synonymie de ces deux termes comme de celle d'an et année, » et en effet il établit entre eux une différence semblable.
Mais cette partie de la science doit beaucoup plus àRoubaud. Après tout, c'était peu d'avoir multiplié les synonymes grammaticaux, et d'en avoir distingué quelques-uns avec bonheur. Combien était-il plus important de déterminer par le rapprochement des exemples la valeur des préfixes, des terminaisons et des autres circonstances grammaticales ayant un peu d'influence sur le sens des mots, pour tirer de là des règles générales de distinction qui se pussent appliquer à toute la série des synonymes entre lesquels ne se trouverait d'autre élément de différence? C'est la méthode que suit Roubaud, mais sans la concevoir sous sa forme nette et générale, sans l'établir au point de départ comme un moyen d'appréciation spécial, sans en déduire toute une théorie sur les synonymes grammaticaux. Ce n'est point une conception préalable d'où il parte et qui préside à