‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 275 sur 881 · TERMINAISON AILLE · texte numérisé non relu

TERMINAISON AILLE

Jfur, muraille.

Désinence collective , comme le témoignent les mots bataille , ensemble de gens qui se battent , et partant grande batterie ; futaille , quantité de fûts réunis; volaille, ensemble de volatiles, d'oiseaux , qu'on nourrit d'ordinaire dans une bassecour. A cette idée s'en joint généralement une autre , celle du peu de valeur des choses assemblées ou considérées collectivement et du mépris qu'on a pour elles : exemples, pierraille, ferraille, tripartie, valetaille, gueusaille, marmaille. Il y a de même des verbes et des qualificatifs dépréciatifs, les uns en ailler, les autres en ailleur : tels sont , chamailler, brailler, criailler, encanailler, ferrailler; brailleur, criailleur, ferrailleur.

MUR, MURAILLE. Constructions en pierres, en moellons, en briques, élevées sur des fondements.

La muraille est un ensemble ou une suite de murs , ou le mur étendu dans ses différentes dimensions; c'est une sorte d'édifice. Mur est le latin murus; muraille équivaut à mûri. On dit les murs d'un jardin, et les murailles d'une ville, a Les murailles de Babylone étaient d'une grandeur prodigieuse.... Ces murailles étaient entourées d'un vaste fossé... On avait laissé une grande distance entre les maisons et les murs de la ville. » Roll. « L'escalade consiste à appliquer contre le mur un grand nombre d'échelles pour y faire monter plusieurs files de soldats. Pour la rendre inutile, on y opposa la hauteur des murailles. »Id.

Comme toutes les choses représentées par des substantifs à radicaux purs , le mur ne reçoit que des qualifications intrinsèques : relativement à sa matière, il est de pierre, de terre , de briques , d'airain (au figuré) ; relativement à sa construction , il est de face , en décharge , en allée , en ailes, double, triple, etc.; relativement à sa destination , c'est un mur de clôture , de refend , de séparation , mitoyen. La muraille se qualifie extrinsèquement et toujours sous le point de vue de sa grandeur et de sa force , indiquées par sa terminaison. «Il y avait autour de Syringe double retranchement , et au delà une forte muraille. La ville de Jérusalem était renfermée par un triple mur. » Roll.

Le mur n'a d'autre destination que celle que marque le radical (jietpe'ffOai, partager, ou [xotpâv, arrêter); il sépare, il arrête, il ferme. L'idée propre de muraille dépend de celle qui lui vient de sa terminaison : c'est de couvrir , de défendre , de fortifier, ou de servir de rempart, de boulevart. « Sparte avait été longtemps sans murailles , et n'avait point voulu avoir d'autre fortification que le courage de ses citoyens. Ce n'était que depuis que les tyrans y dominaient qu'on y avait

bâti des murs , et cela seulement dans les endroits qui étaient ouverts. » Roll. — Les murs forment une enceinte : tel édifice est dans les murs ou hors des murs d'une ville , les murs d'une ville sont baignés par telle ou -telle rivière. Les murailles d'une ville en sont les fortifications. «. Les Sarrasins pillent la riche église de Saint-Pierre hors des murs.... Le pape Léon IV avait employé les richesses de l'Église à réparer les murailles , à élever des tours. » Volt.

Si, d'un autre côté, sans chercher à déterminer la valeur de la terminaison de muraille, on observe simplement qu'elle est significative, celle de mur ne l'étant pas, il en résulte une autre différence , qui consiste en ce que le mot de muraille se prend dans un sens relatif, et qui a été mise dans tout son jour par Condillac.

«Dans les cas suivants, dit-il, muraille doit être préféré. Il n'a laissé que les quatre murailles. La muraille de la Chine. Enfermer quelqu'un entre quatre mur ailles. Si on disait le mur de la Chine, il semblerait qu'on voudrait parler d'un mur qui enferme la Chine, comme on parlerait du mur d'une ville , et on ne saurait pas ce que cela voudrait dire. Mais quand on dit , la muraille de la Chine , aussitôt on se représente ce mur fameux qui sépare la Chine de la Tartarie. Quand on dit renfermer quelqu'un entre quatre murailles , on ne se représente pas seulement quatre murs, mais on se représente encore quelqu'un qui a été privé de sa liberté. De même , il n'a laissé que les quatre murailles , est un tour relatif aux meubles et signifie qu'il n'en est point resté. Ce mot a donc différents accessoires suivant les cas. » — C'est de la muraille (Roll. )3 et non du mur, que Balthazar, au milieu d'un repas, vit sortir une main qui écrivait des caractères qu'aucun de ses devins ne put ni expliquer ni lire.

TERMINAISONS AILLEUR et EUR.

Rimailleur, rimeur.

RIMAILLEUR, RIMEUR. Termes de mépris qui se disent en parlant d'un mauvais poète.

Le rimeur fait métier ou profession de rimer; le rimailleur fait un tas de mauvaises rimes. Rimeur qualifie un poëte qui ne s'occupe que de la rime , partie la moins importante de son art ; rimailleur qualifie celui qui n'a pas même le talent de rimer, qui rime beaucoup et mal. Rimailleur enchérit donc sur rimeur; celui-ci désigne un simple versificateur, celui-là un plat versificateur.

Le rimeur n'est pas un bon poëte. On dit : nos jeunes rimeurs (LAH.),la foule ou la multitude des rimeurs (Id.). Voltaire appelle J. B. Rousseau un rimeur , et le poëte Roy un obscur rimeur. Il dit de lui-même : a Je suis un vieux radoteur , moitié rimeur , moitié penseur. » Le peuple rimeur est , dans Lafontaine , une périphrase pour les poètes. — Le rimailleur est un misérable poëte : on dira donc le dernier , le plus mince des rimailleurs (Lah.) : Pradon, ce rimailleur (Id.); de vils, de misérables rimailleurs (d'Al.). « Avez-vous la tragédie de Mirame , de Richelieu? C'était un détestable rimailleur que ce grand homme. » Volt.

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

Laharpe appelle Lamotte un rimeur du troisième ordre, et dit que vingt rimeurs galants comme Dorât pèsent moins dans la balance de la postérité qu'un philosople tel que Condillac ou d'Alembert. Mais il cite l'abbé Picque comme l'un des derniers rimailleurs de son temps , et dans un autre endroit , s'adressant à un censeur de Voltaire : « L'auteur de la Henriade , dit-il , serait donc au niveau des derniers rimailleurs? »

TERMINAISON ASSEME.

TERMINAISONS AS SE RIE et ESSE.

Finasserie , finesse.

FINASSERIE, FINESSE. Tour d'esprit ou d'adresse qui consiste à trouver des expédients.

Par sa dernière partie , la terminaison composée asserie est diminutive et familière ; par la première , elle est péjorative , c'est-à-dire qu'elle signifie quelque chose de mauvais, comme le prouvent les mots avocasser. paperasse , putasserie , rêvasser , hommasse. Finasserie est donc , suivant la définition de Condillac , un terme familier qui exprime une finesse petite , mauvaise , et tout au plus propre à tirer les affaires en longueur.

TERMINAISONS ASSIER et AILLEUR.

Écrivassier, écrivailleur.

ÉCRIVASSIER, ÉCRIVAILLEUR. Termes familiers servant à désigner un mau/ais écrivain.

V écrivassier et l' écrivailleur écrivent beaucoup et mal. Mais Yécrivassier traite des sujets vulgaires et bas., et, de plus, on considère davantage en lui la manie ou la démangeaison d'écrire ; ce double caractère résulte de la fin de sa terminaison ier , laquelle est en même temps commune et significative d'un défaut relatif à de petites choses.

Du reste , écrivassier est d'un usage très-rare. Il ne se rencontre point dans nos auteurs antérieurement au xixe siècle. On en trouve un exemple dans les Mélanges de morale , d'économie et de politique de Franklin : « Un des derniers des écrivassiers qui ont noirci contre nous leur plume.... » — Mais écrivailleur, quoiqu'il ne figure pas plus qu' écrivassier dans le Dictionnaire de l'Académie avant 1835, appartient néanmoins à notre langue depuis fort longtemps. « Jean Bodin est accompaigné de beaucoup plus de jugement que la tourbe des escrivailleurs de son siècle.» Montaign. « Quelques polissons à' écrivailleur s français.» Volt. « La maison de Fréron était le rendez-vous de tous les écrivailleur s. » Lah.

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