‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 276 sur 881 · TERMINAISON ANT · texte numérisé non relu

TERMINAISON ANT

Cours , courant. Reste , restant. Excès , excédant.

Il n'y a de noms de cette désinence que des participes présents pris substantivement, et les synonymes que quelques-uns d'entre eux se trouvent avoir manquent tous de terminaison signi-

ficative. Quelle peut donc être la différence qui distingue des substantifs, originairement participes présents , d'avec des substantifs à radicaux purs?

Les substantifs à radicaux purs sont absolus et abstraits; ils représentent les actions ou les choses en elles-mêmes, indépendamment de tout rapport , de toute modification reçue. Mais , en passant par le verbe pour donner ensuite naissance à un substantif de même désinence que le participe présent , un radical prend des caractères tout à fait opposés : il devient relatif et concret, il exprime l'action ou la chose comme étant telle ou telle , comme ayant lieu dans telle circonstance particulière. Parmi tous les substantifs à base verbale , cette observation s'applique surtout à ceux qui tirent leur origine du participe présent, puisque le participe présent désigne quelqu'un ou quelque chose comme étant présentement en action , dans un cas tout particulier.

COURS, COURANT. Ils se disent des eaux qui coulent par opposition aux eaux stagnantes.

Courant rappelle l'action du verbe courir , au propre, et il est concret; il signifie les eaux en mouvement : l'agneau de Lafontaine va se désaltérer dans le courant, et non dans le cours. Cours est bien plus abstrait : d'ordinaire il se rapporte à l'espace parcouru et à la direction, sans donner l'idée d'aucun mouvement : le cours d'un fleuve s'étend de sa source à son embouchure; il est droit ou sinueux; on le suit comme on suit une route. Le courant , c'est l'eau courante , l'eau même en mouvement : aussi , comme on dit, dans ce sens , un courant d'eau pour désigner un ruisseau, on dit un courant d'air, un courant électrique.

Remonter le cours d'un fleuve , c'est retourner vers sa source; en remonter le courant, c'est faire la même chose , mais cette dernière expression représente la résistance qu'on éprouve de la part de l'eau courante. « Figurez-vous un homme qui, remontant une rivière , en combat le courant par de continuels efforts de rames et d( bras. » Boss. Si on dit d'un fleuve que le court en est rapide , impétueux , c'est d'une manière tout abstraite ; on a égard seulement à sa vitesse , et on ne songe pas aux effets que produit ce fleuve en courant, à la difficulté de le remonter et au risque d'être entraîné par lui.

L'idée propre du courant est si bien celle du mouvement exprimé par le verbe courir, que, suivant Condillac : « Le court d'un fleuve se dit de la direction de toute la masse d'eau , et le courant de la direction de la partie la plus rapide. » Les obstacles établis sur les rivières augmentent la vitesse du courant entre les piles et causent peu de retardement à la vitesse totale du cours de l'eau (Buff.) .

« Ces mots , ajoute Condillac , conservent c^tte différence au figuré. Suivre le cours des affaires, être entraîné par le courant des affaires : un bon politique suit le cours des affaires , et ne se laisse jamais entraîner au courant. On peut suivre le cours des plaisirs , mais il ne faut pas se laisser entraîner au courant. » « Un ministre n'a

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