‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 306 sur 881 · TERMINAISON ARD · texte numérisé non relu

TERMINAISON ARD

Gueux, gueusard.

Par la rudesse de ses deux consonnes, cette terminaison annonce déjà une origine barbare, ou gauloise ou germanique. Un autre indice non moins certain, c'est qu'elle se trouve à- la fin d'un grand nombre de noms propres , à radicaux non fournis par la langue savante et polie des Romains. Exemples : Lombard , Guiscard , Edouard, Gaspard , Gérard ou Girard , Bernard, Hébrard, Evrard, Blanchard, Richard, Mallard, Colard, et une foule d'autres. A quoi on peut ajouter encore que , parmi les noms communs , elle affecte surtout ceux qui se rapportent à la guerre : Soudard, hussard, poignard, cuissard, brassard, étendard , boulevard , couard , fuyard , traînard. Quand elle se joint à un élément, soit nominal, soit verbal, pour former un qualificatif, celui-ci doit , par toutes ces raisons , appartenir au langage commun et familier. D'où il suit, pour ce qui regarde le fond , qu'elle doit servir à exprimer des qualités peu estimables, peu nobles, basses , comme campagnard, musard, mouchard^ bâtard , gueulard , pendard , paillard , poissard.

L'analogie conduit, de plus, à considérer les adjectifs en ard comme fréquentatifs, comme marquant la réitération de l'action , l'babitude et l'accumulation de la qualité. D'eux dérivent des substantifs féminins abstraits qui , pour en reproduire fidèlement l'idée , doivent s'adjoindre des désinences qui ne l'altèrent point , c'est-àdire équivalentes ou à peu près, pour le sens, à la terminaison ard. Or , ces désinences sont toujours erie et ise : Cafard , cafarderie ou cafardise; bavard, bavarderie ; cagnard, cagnarderiê; goguenard, goguenarderie; gaillard, gaillardise; bâtard, bâtardise; couard, couardise; paillard, paillardise; mignard, mignardise. Et ces désinences indiquent des habitudes mauvaises et relatives à de petites choses , des défauts ou des manies qui font qu'on se porte fréquemment aux actes constitutifs de ces défauts.

GUEUX, GUEUSARD. Coquin, fripon.

Gueusard renchérit sur son synonyme. Le

SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL

gueusard est le gueux déhonté , celui qui gueusaille , qui a l'habitude de gueuser , celui chez qui c'est un besoin , une manie et un métier de se livrer aux actes du gueux. — En même temps, le mot gueusard est beaucoup plus familier et plus dédaigneux.

TERMINAISONS ARD et IF.

Fuyard, fugitif.

FUYARD, FUGITIF. Qui est en fuite. Ils se forment en ajoutant, d'un côté, if k un radical latin , fugere , itum; de l'autre , ard au même radical francisé , fuir.

Tous deux s'emploient d'abord comme substantifs : des ou les fuyards , des ou les fugitifs; auquel cas ils diffèrent en ce que fugitif n'est pas un terme de guerre comme fuyard : dans une bataille le vainqueur poursuit les fuyards. Une autre différence bien essentielle , c'est que les fuyards fuient actuellement , au lieu que les fugitifs ont fui , sont dans l'état de gens qui ont pris la fuite, ou du moins les fugitifs né sont pas appelés ainsi en raison de l'action de fuir, mais en raison du caractère que cette action leur donne. Les Romains furent d'abord un peuple composé de fugitifs, d'esclaves et de brigands (Montesq.). La désinence if ne marque pas, comme la désinence ard, la réalisation actuelle de la qualité.

Ces mots se prennent aussi adjectivement l'un et l'autre : des animaux fuyards ou fugitifs. Mais fuyard signifie qui ne fait que fuir , et fugitif, qui a fui , ou qui ne peut se tenir de fuir : l'un exprime quelque chose d'effectif, l'habitude, l'autre quelque chose de postérieur à l'effet, une fuite passée, ou quelque chose d'antérieur, l'inclination à fuir, a Je trouvais à M. Lebrun les yeux un peu fuyards , la parole allongée , et la voix incertaine. » Beaum. « Le petit nombre des castors échappés aux chasseurs se disperse; ils deviennent fuyards. » Buff. Dans ces exemples fuyard n'a point du tout le sens qu'on peut reconnaître à fugitif dans les suivants, a Tout chrétien, disait Gonzale, est, de droit divin, le juge et le bourreau d'un infidèle fugitif.» Marm. « Des œufs de canards sauvages , donnés à couver à une poule , ont d'abord produit des individus sauvages, fugitifs et sans cesse inquiets de trouver leur séjour de liberté. » Buff.

TERMINAISONS ARD et EUR.

Criard, crieur; braillard, brailleur ; pleurard, pleureur. Vétillard, vétilleur. Pillard, pilleur. Traînard, tratneur.

Ces deux terminaisons se construisent quelquefois avec une même base verbale , de manière à former deux expressions à peu près équivalentes, car elles marquent l'une et l'autre que le sujet a la propriété active de faire telle ou telle chose signifiée par le radical commun , et qu'il la manifeste actuellement. La différence alors ne peut être trouvée , à moins de déterminer comparativement la valeur des désinences.

Ard indique plus spécialement l'habitude , et

comme qualité dans le sujet , et par rapport à la fréquente répétition. Eur est plus relatif à l'action , à l'éclat , et qualifie en conséquence ; il annonce qu'on fait profession d'une chose, qu'on s'y porte ouvertement.

Ensuite, ard, plus propre au langage commun et familier, est par lui-même significatif d'un défaut , et d'un défaut qui se fait sentir à chaque instant pour et dans les moindres choses.

CRIARD, CRIEUR; BRAILLARD, BRAILLEUR; PLEURARD, PLEUREUR. Ils servent à qualifier celui qui crie, braille ou pleure.

L'accessoire des trois adjectifs en ard est l'habitude, la fréquente répétition, le besoin et comme la manie de crier , de brailler et de pleurer à tout propos. Ce qui distingue les trois autres , c'est le bruit , la manifestation actuelle du défaut. Un braillard ennuie , parce qu'il revient sans cesse à la charge , parce qu'il ne fait que brailler; un brailleur importune, étourdit par son ramage du moment. Dans le prologue de la Princesse d'Élide de Molière, le valet Lyciscas réveillé par d'autres valets les qualifie d'une manière générale de braillards : « Par la morbleu ! vous êtes de grands braillards , vous autres. » Ensuite, tourmenté de nouveau par leurs cris, il s'emporte contre ces brailleurs , contre ces maudits importuns qui braillent présentement autour de lui : « Diable soient les brailleurs ! Je voudrais que vous eussiez la gueule pleine de bouillie bien chaude. »

D'ailleurs, criard, braillard et pleurard sont des termes familiers qui ne se disent guère qu'en parlant des enfants , et pour marquer un défaut plus petit, plus vilain, plus chétif, d'un ordre tout à fait inférieur.

VÉTILLARD, VÉTILLEUR. Qui s'amuse à des vétilles ou à de petites difficultés.

Le premier montre le défaut sous le rapport de sa continuité et dans ce qu'il a de petit , de mesquin ; le second le fait voir agissant et produisant présentement son effet. Le vétillard est toujours prêt à vétiller, et il se prend aux plus petites choses ; on le dirait incessamment tourmenté du besoin de trouver à exercer sa manie. « J'ai lu les critiques de mon aîné d'Olivet sur Racine; mon aîné est un peu vétillard. «Volt. Vous direz d'un homme qui vétille dans une affaire : Laissez là ce vétilleur.

PILLARD, PILLEUR. Qui pille et aime à piller.

Le premier se prend bien adjectivement et présente toujours l'habitude dans le sujet : cet j homme est d'humeur pillarde. Le second ne s'emploie que comme substantif pour exprimer un sujet d'action , en tant qu'il fait ou a fait cette I action , celle de piller. Un grand pillard éprouve continuellement le besoin de piller et s'y sent comme entraîné; un grand pilleur a pillé ou pille beaucoup. — Ensuite, c'est aux pilleries que s'adonne le pillard, et le pillage qu'exerce le pilleur; l'un fait en petit ce que l'autre fait en grand.

TRAÎNARD, TRAÎNEUR. Soldat qui reste en arrière de la troupe avec laquelle il doit marcher. | Traînard porte un air de dédain qui annonce un faux semblant de manque de force , et l'habi ■

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