TERMINAISON BRE
Cette' terminaison -vient de la latine ber ou bris: célèbre, celeber ou celebris; lugubre, lugubris. Elle est fort semblable , sinon identique , à 'la désinence adjective des Allemands bar ,, qui dérive de l'ancien verbe baren , porter , le même , sans doute, que Le grec cpepstv. D'où il suivrait que bre en français , ber ou bris en latin , comme bar en allemand*, ferait signifier aux adjectifs que le sujet qualifié porte, c'est-à-dire porte en soi, contient ou porte devant soi, présente ce qui est exprimé par leur radical. Célèbre , qui porte gloire , xléoQ <pépu)v; lugubre, qui porte deuil, luctum ferens : muliébris , de femme , qui présente ou représente la femme , qui en a l'air , qui la sent ou qui lui convient : muliébris forma , air efféminé.
TERMINAISONS BRE et AIRE.
Salubre , salutaire. Funèbre , funéraire.
SALUBRE, SALUTAIRE. En latin, saluber ou salubris, et salutaris; bon pour la santé, salus.
Ce qui est salubre , salutem fert , c'est-à-dire porte en soi la santé ; ce qui est salutaire , se rapporte à la santé. Salubre indique sur le bienêtre du corps une influence plus entière, plus commune , plus constante , et il sert à qualifier l'eau , l'air , la nourriture , dont on fait avantageusement, et de manière à se bien porter, un usage continuel ; il les représente comme chargés de santé qu'ils communiquent. Salutaire ne fait point image : c'est un terme abstrait , par lequel on détermine la propriété intrinsèque qu'ont certaines choses, les remèdes (Volt.), certaines drogues (J. J.), le fer d'un chirurgien (Id.), les plantes , par exemple , de faire- revenir à la santé quand on est malade. Buvez d'une eau qui n'est pas salubre , vous vous porterez mal , vous tomberez malade ; buvez d'une eau qui n'est pas salutaire, quoique prescrite comme telle, vous continuerez à vous mal porter. « Je ne manquais point, à mon lever, de courir sur la terrasse humer l'air salubre et frais du matin. » J. J. « Je suis surpris que des bains de l'air salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de lamédecine et de la morale. » Id.
De plus, salubre signifiant avec la santé un rapport prochain , positif, de tous les instants , ne se dit qu'au propre; et le rapport marqué par salutaire étant vague, éloigné, abstrait, extraordinaire, cet adjectif s'emploie aussi pour exprimer qu'une chose est bonne indirectement pour la santé ou qu'elle est bonne sous d'autres points de vue. Des eaux salubres , quand on en boit, contribuent à la santé. Ce n'est pas précisément ce qu'entend Bossuet, lorsqu'il dit que le Nil portait partout la fécondité avec ses eaux salutaires. Respirer l'air salutaire de la liberté (J J.).
FUNÈBRE, FUNÉRAIRE. Relatif aux funérailles ou à la mort, funus.
Funèbre , funus ferens , prœ se ferens , qui porte la mort devant soi , qui présente un aspect de mort , de funérailles , est une épithète propre à dépeindre tout ce qui accompagne les funérailles,
et par extension tout ce qui a un air de mort : pompe, appareil, spectacle, honneurs, ornements , chant , convoi , funèbres; images funèbres, oiseaux funèbres. « Louis le Grand veut que ma faible voix anime toutes ces tristes représentations et tout cet appareil funèbre. » Boss. « Des flambeaux funèbres éclairaient le Champ-de- Mars.» D'Al. «Un père , à qui la mort vient d'enlever ses enfants, les accompagne jusqu'à la sépulture ; sa douleur même se plaît à se nourrir du long appareil de leur pompe funèbre.» Marm. «On reconnaît le génie de Crébillon à ces lueurs funèbres qu'il faisait briller dans la nuit tragique; on sent que l'horreur était son élément.» Lah.
Tandis que dans les airs mille cloches émues, D'un funèbre concert font retentir les nues. Boil. Tel que l'astre du jour écarte les ténèbres,
De la nuit com\jagnes funèbres. Rac.
J'aurai soin du convoi, de la pompe funèbre , Et n'épargnerai rien pour la rendre célèbre. Regn.
Funéraire, qui concerne les funérailles, et non pas , comme funèbre , qui appartient aux funérailles , est un mot moins expressif ou plus abstrait , parce qu'il marque avec les funérailles un rapport moins essentiel , moins présent. Funèbre peint, funéraire signifie : ce qui est funèbre vous frappe par un aspect de mort ; ce qui est funéraire est froidement signalé à votre esprit comme ayant telle destination ou étant de telle sorte : urne funéraire (Marm.), frais funéraires (Acad.) , muséum de monuments funéraires (Beaum.), style funéraire ou style des épitaphes (Volt.). Funéraire est un terme , non pas de poète , mais plutôt d'antiquaire , de légiste ou d'intendant. Rollin, ayant parlé de divers usages rapportés dans FIliade , ajoute ; « Nous aurions à faire d'autres observations sur les cérémonies funéraires. » Le plus proche parent d'un homme qui vient de mourir confie à quelque ami les détails funéraires (Beaum.).
TERMINAISON ESQUE.
Pédant, pédantesque. Courtisan, courtisanesque.
Désinence empruntée de l'italien. Elle est beaucoup plus fréquente dans cette langue que dans la nôtre : elle y termine quantité d'adjectifs, parmi lesquels plusieurs ont aussi des désinences correspondant à ique , à al, ou à il : angelesco , angelico ; papesco , papale; fratesco , fratile. Elle est faite, sans aucun doute, à l'imitation du latin icus , a, um, et partant elle a le même sens, si ce n'est qu'étant d'origine italienne , elle ne convient pas , en italien , au langage grave et sublime, comme ses analogues ico , aie ou ile. En français, il y a plus ; non-seulement elle manque de noblesse , mais elle marque quelque chose de bizarre, d'étrange, pour la forme ou la grandeur, que ce soit un agrément ou un défaut dans le sujet : témoin burlesque, grotesque , pittoresque , romanesque, gigantesque, tudesque, soldatesque. Chevaleresque rappelle la chevalerie , ses mœurs et ses aventures extraordinaires ; moresque et arabesque , des monuments de l'art des Mores ,