TERMINAISON OND
Rouge, rubicond.
Désinence imitée de la latine undus , a, um:
4 . Marmontel a dit cependant du czar Pierre qui visita Paris en 1717 : « Ce caractère barbaresque avait paru tout à coup s'adoucir, s'atlenJrir même devant le jeune roi. » Barbaresque a bien là le sens qui doit lui convenir dans le langage ordinaire : barbaresque, c'est-à-dire étrange et qui tient du barbare.
fécond, fecundus;profond, prof undus; vagabond , vagabundus. Elle vient incontestablement du mot unda, onde; ce qui fait qu'elle exprime Vabondance , car ce dernier mot lui-même a pour racine unda, ab unda. Elle est donc superlative. Elle a le plus grand rapport avec la désinence adjective eux. Avec l'abondance de la qualité, elle en marque quelquefois la profusion , le débordement, l'excès, ou bien seulement l'habitude, En latin, mirabundus veut dire, qui est toujours en admiration, ébahi, émerveillé de tout ; cogitabundus , tout pensif ; venerabundus ; respectueux, plein de vénération, et qui en témoigne beaucoup; errabundus ou vagabundus, vagabond , qui ne fait qu'errer de côté et d'autre; ira, colère, mouvement actuel.de colère, et iracundia , grande colère , ou colère habituelle , disposition inhérente au caractère.
ROUGE, RURICOND. De la couleur du feu, du sang.
De la racine rub a été fait rubeus, rubius. rubjus, roubje, rouge. Ce qui est rubicond, est tout rouge , plein de rouge, rouge à l'excès; et ce mot, calqué sur le latin rubicundus , ne se dii guère qu'en plaisantant, d'un visage tout rouge, enluminé, qui paraît comique, à cause de sa grande rougeur. « Un gros homme à face large et rubiconde. »Volt. «La grosse et rubiconde face de l'abbé de Bernis.» Id.« Avoir la face rubiconde et un embonpoint de chanoine. »Id. a Ce licencié, cette face rubiconde, se nomme don Chérubin Tonto.x Les.
TERMINAISONS OND et ANT.
Moribond, mourant.
MORIBOND, MOURANT. Qui est près de mourir.
Le moribond est plein de mortalité , pour ainsi dire, toujours mourant: il languit, il ne fait que traîner ; « il a peu de temps à vivre , dit Condillac, et ses infirmités le menacent d'une mort prochaine.» « J. C. rendit la santé aux paralytiques et aux moribonds. » Bourd. « Finissez la guerre et rendez du pain aux peuples moribonds i> FÉN.a Refuser à un moribond la permission d'aller prendre les eaux.» Volt. «Sixte- Quint contrefait l'humble et le moribond; on l'élit pape. » In. « Comme Sénèque était d'une maigreur extrême, il avait l'air d'un moribond. » Marm.
Le mourant est à son lit de mort , il se meurt. «J. C. était mourant sur la croix. «Bourd. Un homme frappé à mort tombe mourant (Boss. , Fén.). a On dit que les mourants prophétisent. » Volt.
TERMINAISONS OND et EUX.
Furibond , furieux.
FURIBOND, FURIEUX. Plein de fureur. Tous deux expriment l'acte de fureur, et l'habitude de s'y livrer; tous deux s'appliquent, par extension, à ce qui dénote la fureur , au visage , à l'air, aux regards.
Mais le furieux est plein de fureur , et le furibond en est si plein que la fureur déborde , s'é-
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
tend, ondoie hors de lui. Furibond renchérit sur furieux; il marque un plus haut degré de fureur, et une fureur considérée , moins dans le sujet qui en est plein , que comme se répandant hors de lui. Ce dernier caractère tient encore à ce que la désinence ond se joint plus volontiers aux bases verbales, que la désinence eux. On cherche à apaiser un furieux; on évite un furibond. Dans les Folies amoureuses de Regnard , Crispin dit à Albert, qu'Éraste poursuit l'épée à la main:
Ah! monsieur, évitez sa rage furibonde.
Sauvez- vous, sauvez-vous.
Achille furieux s'enferme dans sa tente; les bacchantes couraient furibondes sur les montagnes.
On croirait, d'après l'Académie et Roubaud, que furieux indique toujours et simplement un accès actuel de fureur, tandis qu'il serait réservé à furibond d'exprimer la disposition constante. C'estune erreur. «Avant Vespasien , l'empire avait été successivement occupé par six tyrans également cruels , tous furieux , et souvent imbéciles. » Montesq. a Ne dites-vous pas en commun proverbe , des loups ravissants , des lions furieux , malicieux comme un singe ? » Labr. « La tigresse est furieuse en tout temps. » Buff.
La véritable différence consiste en ce que la fureur du furibond est plus grande, moins concentrée , et se témoigne plus fortement que celle du furieux. C'est pourquoi de furibond on a formé un verbe furibonder, qui signifie éclater de fureur. « L'évêque pesta , jura , tempêta , furibonda. » Sév. L'âme du furieux est en proie à la fureur, et le furibond se conduit avec furie. Le furieux a le sens troublé , c'est un fou ; le furibond est hors de sens, c'est un énergumène , un forcené, « Cet homme , furieux de me voir fêté dans mon infortune, perdit tout à fait la tête , et se comporta comme un forcené.» J. J. A la place de forcené , furibond ferait à peu près le même sens. « Le furibond chevalier ne revenait point de sa frénésie : il se démenait dans la chambre comme un possédé.» Les. Dans les Fourberies de Scapin, Scapin dit à Silvestre: a Tiens-toi un peu, enfonce ton bonnet en méchant garçon, campe-toi sur un pied , mets la main au côté, fais les yeux furibonds, marche un peu en roi de théâtre.» Mol.
TERMINAISONS OND et IQUE.
Pudibond , pudique.
PUDIBOND, PUDIQUE. Qui a de la pudeur. Pudique ne dit rien de plus. Le pudibond est tout plein de pudeur, il en a même trop ; et c'est pourquoi ce mot, comme celui de rubicond, ne s'emploie guère que familièrement et ironiquement , pour exprimer un excès , celui d'un homme qui est ou qu'on suppose si plein de pudeur qu'il rougit pour un rien, a J'ai trouvé, moi qui suis tves-pudibond , que les jeunes demoiselles pourraient rougir de ce langage à la comédie. >» Volt. On yous dira qu'il n'est point de femelle, Tant pudibonde et tant vierge fût-elle, Qui n'eût été fort aise en pareil cas. Id.
TERMINAISON OLENT.
Du verbe olere , sentir, exhaler une odeur, les Latins ont tiré une désinence adjective, olens , olenius , ulentus : violens ou violentus, violent: opulens ou opulentus , opulent. Sa valeur dépend de son origine. En général, elle qualifie le sujet en indiquant qu'il y a en lui de la chose exprimée par le radical de l'adjectif, puisque le sujet sent cette chose , en exhale l'odeur.
Mais quelquefois elle représente cette participation comme un simple rapport de convenance du sujet à la chose : ainsi, esculentus, escam olens , qui sent la nourriture , qui a rapport à la nourriture , qui y est propre ; lutulentus, qui sent la boue, se dit, par exemple, de l'eau trouble qui a l'air bourbeux , qui est comme la boue ; peslilens, pestem olens, qui tient de la peste. — Plus souvent elle est complétive. Elle annonce qu'il y a dans le sujet beaucoup de la chose dont le radical de l'adjectif est le signe , et que le sujet en est tellement plein, tellement imprégné qu'il en exhale l'odeur. Les Latins disaient , doctrinam redolere, pour signifier être plein d'instruction.
TERMINAISONS OLENT et ÀNT.
Sanguinolent , sanglant.
SANGUINOLENT, SANGLANT. Où il y a du sang.
Tous deux ont pour type le latin sanguinolenlus; mais le premier le traduit exactement , tandis que le second l'abrège au point de le rendre méconnaissable. C'est pourquoi sanguinolent est plutôt un terme de science , d'histoire naturelle ou de médecine , et se rencontre plus rarement dans le langage commun.
D'ailleurs, avec la forme de sanguinolentus , sanguinolent en a conservé le sens : il se dit des flegmes, des crachats, des glaires, qui sentent le sang , qui ont quelque chose du sang , une apparence de sang , qui sont comme sanglants. « Le musc est une humeur sanguinolente qu'on tire d'un animal tout différent de la civette. » Buff. « Les meilleures plumes des autruches se reconnaissent en ce que leur tuyau , étant pressé dans les doigts , donne un suc sanguinolent. » Id. — Sanglant, signifie taché, souillé, couvert, dégouttant de sang.
TERMINAISONS OLENT et IF.
Violent , vif.
.VIOLENT, VIF. Qui a un degré de force remarquable ; qui n'est ni faible , ni mou , ni lâche , ni languissant. Un homme d'un naturel violent et d'un naturel vif, ou simplement, un homme violent et un homme vif; une querelle violente et une vive querelle; une douleur violente et une vive douleur ; passions violentes et passions vives. Racine commune , vis , force.
Ce qui est violent , vim olens , est plein de force, au point que cette force se répand autour de lui , ainsi que l'odeur s'exhale d'une chose qui en est imprégnée ■ ce qui est vif possède la force activement , et une grande disposition à la développer.
Le premier de ces adjectifs qualifie extensivement et le second intensivement : l'un marque dans le sujet l'existence d'une grande quantité de force qui transpire et se répand à l'extérieur ; l'autre fait connaître dans le sujet une grande irritabilité et une grande activité , mais solitaires et non relatives. Violent enchérit donc en un sens sur vif. «Un sentiment vifeX violent. » D'Al. « Cette pâture , loin de calmer la faim du lion , la rend plus vive et plus violente. » Mass. «Il faut des passions dans les comédies , il en faut de vives et de violentes. » Nie.
On est violent pour les autres , ou tout au moins extrinsèquement , en largeur, pour ainsi dire: on est vif en soi et pour soi. On sent vivement, et non violemment; on combat vivement; mais dire , combattre violemment , serait faire un pléonasme. Violent, ayant la terminaison d'un participe , doit , par cela seul , et quel que soit le verbe d'où il dérive , signifier l'exercice de la force et son effet au dehors ; vif n'a aucun caractère verbal, il exprime uniquement dansée sujet une propriété active. Donc l'homme violent est enclin à sortir de lui-même , à commettre des excès, à faire essuyer de mauvais traitements , à rompre toutes les digues ; l'homme^ vif est prompt à prendre feu , à entrer en émoi , à s'animer , il se porte aux choses avec ardeur. « Le style de J. B. Rousseau est plus violent que vif, et tient, si j'ose m'exprimer ainsi, de la bile qui le dévore. » Volt.
Une querelle violente suppose du trouble, du tumulte , de fortes oppositions , des cris , des injures . et quelquefois des coups donnés et reçus -, une vive querelle ne suppose que du feu, de l'action, et un grand intérêt pris de part et d'autre à ce qui en est le sujet. Une douleur violente a plus d'ampleur et apporte dans l'âme plus d'agitation ; une douleur vive se distingue plutôt par l'intensité ; si elle s'étend moins , elle pénètre da vantage , elle est plus aiguë , plus piquante. Les passions violentes sont d'un homme violent, fougueux , emporté ; et les passions vives sont d'un homme vif, qui se passionne aisément.