‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 33 sur 881 · INTRODUCTION. XXXV1Ï · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXXV1Ï

et de complaire, de râle et de râlement? Elle ne dépend pas tout entière , comme on pourrait le croire , de la valeur propre de la préfixe ou de la terminaison dont est privé le simple et pourvu le composé. Abstraction faite de cette valeur, par cela seul que de deux mots synonymes l'un est le radical pur et nu qui entre comme élément principal ou comme base dans la composition de l'autre , il n'y a point entre eux identité ; car le premier a , lui aussi , des traits caractéristiques. Il exprime l'idée commune sans modification, d'une manière simple et absolue, c'est-à-dire, suivant les cas, d'une manière complète et non partielle, sous tous les points de vue et non sous tel ou tel ; ou bien objectivement , en soi, et non subjectivement, en rapport avec un agent, avec sa manière d'être, d'agir et de penser; ou bien, si l'idée commune est une idée d'action, le simple la représente comme elle a lieu d'ordinaire, sans rien de remarquable dans son mode ou dans la manière dont l'agent se porte à la faire. Mais cette règle si générale ne pouvant pleinement ni se comprendre ni se justifier sans des détails et des exemples trop nombreux pour figurer ici, le lecteur voudra bien pour les applications recourir à l'ouvrage même *.

Une dernière observation regarde principalement les synonymes à terminaisons différentes. Deux mots composés peuvent avoir un seul et même radical, et pourtant différer par ce radical même. 11 suffit pour cela que le radical commun ait, avant de devenir la base de ces mots, subi des influences grammaticales diverses en passant par diverses parties du discours. Ainsi l'identité de radical s'aperçoit d'abord dans les synonymes sac et saccagement , outrageux et outrageant , prudemment et avec prudence. Cependant sac n'est devenu saccagement qu'après avoir servi à former le verbe saccager avec lequel il a contracté une sorte d'affinité ; outrageux vient immédiatement du substantif outrage , et outrageant du verbe outrager; prudemment , et non pas prudence, a été formé de l'adjectif prudent. C'est une considération qu'il ne faut jamais négliger, car les mots diffèrent quelquefois notablement par leur plus ou moins de rapport avec telle ou telle partie du discours à laquelle leur base a d'abord appartenu. La valeur de la base commune à deux mots synonymes , par cela même qu'elle leur est commune , ne pouvant fournir aucun indice touchant leur différence, il faut rechercher le caractère relatif de cette base , et pour ainsi dire, sa consanguinité. Suivant Platon et Aristote, qui avaient fait du langage une étude approfondie , il n'y a que deux mots essentiels, le substantif, relatif à l'espace et pour les choses permanentes, et le verbe, relatif à la durée et pour les choses fluentes. A quoi il faut ajouter que Y adjectif ressemble plus au substantif qu'au verbe. Si donc deux mots synonymes révèlent par leur terminaison ou autrement qu'ils ont, l'un une base nominale ou adjective, l'autre une base verbale, quoique la même au fond, c'est-à-dire , l'un plus de rapport avec le substantif ou l'adjectif, l'autre avec le verbe * il s'ensuivra un puissant moyen de les distinguer ; on pourra mettre entre eux l'opposition de la permanence et de la contingence , de l'être et du phénomène, de la substance et de l'accident. C'est une règle que nous avons suivie

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