PREMIÈRE PARTIE
rectiou permanente du corps; au figuré, on dit esprit tortu, mal fait, de travers. Tortue qualifiera ce à quoi il est arrivé de devenir tortu. Les ceps de vigne sont toujours tortus; si vous laissez entre les mains des enfants des aiguilles , des épingles, des compas, des règles, ils ne vous rendront parfois ces instruments que tortues, c'est-à-dire tordus, faussés, courbés, rebroussés.
De la définition de tors et de tordu , comparée à celle de tortu, tortueux et tortue, résulte une différence assez grande entre tordu et tortu; c'est que tordu veut dire, tourné en long sur luimême , en vis , en spirale , sans que le sujet tout entier cesse d'être en droite ligne , conséquemment au sens du verbe français tordre; au lieu que tortu, participe du verbe latin torquere , exprime comme lui que le sujet n'est pas seulement tourné sur lui-même ou tordu , mais courbé , incliné à droite , à gauche , et comme tourmenté , ce qui est presque toujours la marque d'un défaut. Il n'est pas jusqu'à la dureté du t à la place du d, qui ne tende à produire le même effet. Dans le fréquentatif diminutif tortillé, cette idée défavorable s'affaiblit, de manière qu'il ne reste plus au mot que le sens de rendu tortueux , tourné à plusieurs reprises soit sur soimême . soit sur une autre chose , soit en droite ligne , soit de travers , d'une manière inclinée de côté et d'autre. Un serpent, un ver se tortille , est tortillé.
FOURCHU, FOURCHÉ. Qui est en forme de fourche.
Quoique ces deux mots aient chacun une terminaison de participe , le premier ne correspond point comme le second à un verbe réel. Fourcher, seul verbe de ce radical, fait au participe fourché, et non pas fourchu. Il s'ensuit que fourchu marque l'état ou la possession de la qualité simplement , et que fourché y joint l'idée de l'action ou de l'événement qui y a mené. Celui qui a le menton fourchu , est né avec cette particularité; les cheveux de celui qui les a fourches, se sont fourches, c'est-à-dire qu'ils sont tels, parce qu'ils se sont faits ou sont devenus tels.
De plus , et conséquemment , ce qui est fourchu n'apparaît que comme fourchu, l'est dès la racine, dès le commencement; et ce qui est fourché va d'abord tout entier en droite ligne , puis il lui arrive de se bifurquer, il finit par fourcher. « Les arbres des taillis sont fourchus dès la racine. » Trév. Menton fourchu; barbe fourchue; la queue des poissons est fourchue (Volt.). Un arbre fourché ne l'est qu'au sommet d'un tronc qui a plus ou moins de hauteur; chez les animaux qui ont les pieds fourches, les pieds se terminent en fourche. — C'est que fourchu étant ou valant un adjectif fourchu; de furcosus?) signifie la qualité absolument , au lieu que fourché , comme participe el à cause de son rapport avec le verbe ne la signifie que relativement, partiellement, jusqu'à un ceri.ain point.