‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 338 sur 881 · TERMINAISON US · texte numérisé non relu

TERMINAISON US

La plupart des adjectifs de cette désinence ont été traduits d'adjectifs latins correspondants ter-

minés en usus , et qui sont proprement des participes passés. Abstrus vient à'abstrusus du verbe abstrudere, diffus de diffusus du verbe diffundere, inclus àHnclusus d'includere , obtus à'obtusus à'obtundere; et ainsi de plusieurs autres. Ils marquent donc la possession et l'inhérence d'une qualité reçue ou naturelle, l'état ou la manière d'être sans accessoire de quelque importance.

TERMINAISONS US et ARD.

Camus , camard.

CAMUS , CAMARD. Qui a le nez court et plat. Régulièrement, camus devrait être formé de camusus; mais ce dernier mot n'existant point en latin , camus tire son origine de camurus , employé par Virgile dans le sens de recourbé, retroussé. Il exprime simplement la qualité commune, et ne s'applique pas seulement aux hommes , mais aussi aux animaux auxquels cette qualité convient, aux bouledogues parmi les chiens , et aux dauphins parmi les poissons.

Camard est un mot familier qui ne se dit que des personnes. Voltaire dans la Pucelle et Scarron dans Y Enéide travestie donnent à la mort i'épithète de camarde. Scarron invoque ainsi sa muse : Petite muse au nez camard, Qui m'as fait auteur goguenard — D'un autre côté , au lieu que camus est un terme purement désignatif et d'histoire naturelle , qui fait connaître une particularité du visage , camard est une expression qui décrit ou dépeint , qui représente la qualité comme produisant sur ceux qui la voient tel ou tel effet. Un camard , une camarde , celui qui est camard ou a le nez camard se trouve par là même avoir dans l'air quelque chose de commun , même de grossier ou de grotesque et de bouffon. « La Choin n'a jamais été qu'une grosse camarde, qui u'avait l'air que d'une servante. » S. S. Le même écrivain dit ailleurs d'une femme galante de la cour de Louis XIV : « Cette belle , et son camard et bouffon de mari.» « Ce vieux camard d'apothicaire qui travaille dans sa boutique avec des lunettes. » Les. Mais c'est un homme à fort méchante mine , Gros, court, basset, nez camard, large échine, Le dos en voûte , un teint jaune et tanné, Un sourcil gris, un œil de vrai damné. Volt.

« Je regarde et je vois une grande fille bien fraîche, bien découplée et assez jolie, quoiqu'un peu camuse. » Marm. « Des docteurs déclarent qu'on peut être camus sans avoir de nez , et boiteux sans avoir de jambes. » Volt. «. La forme du bec de cet oiseau est sime ou camuse.» Buff. «Le P. du Tertre dit expressément que si presque tous les nègres sont camus , c'est parce que les pères et mères écrasent le nez à leurs enfants. » Id. « A la Chine et au Japon , c'est une beauté que d'avoir le visage large , les yeux petits et couverts , le nez camus et large.» Id.

TERMINAISON ERNE.

Cette terminaison imitée de la latine, ernus , a , um , n'est point originale et n'a pas de signifi-

SYNONYMES QUI ONT LE MEME RADICAL

cation qui lui soit propret Elle remonte , comme à sa source , à la désinence primitive nus , a, wm, d'où proviennent aussi anus et inus , c'est-à-dire, en français, an, ain, ien et in. Dans externus , mternus , supernus , infernus , alternus , la syllabe er appartient au radical, et il ne reste en effet que nus pour désinence. De là il suit que les adjectifs terminés par erne désignent les choses sous le rapport du lieu , d'où elles viennent ou bien où elles sont.

Erne , comme al , exprime un rapport de simple localité ; aussi le premier , comme le second , se trouve surtout à la fin de termes de géométrie ou d'anatomie , significatifs de ce rapport : angles internes , externes , alternes; la face , l'extrémité externe ou interne d'un os. On dit en botanique des feuilles placées des deux côtés de la tige , et non opposées chacune à chacune , qu'elles sont alternes. Dans un collège et dans un hôpital , on distingue des élèves internes, c'est-à-dire qui y habitent, et des élèves externes, c'est-à-dire qui viennent du dehors. A cela se réduit strictement le sens de ces deux mots.

TERMINAISONS ERNE et EUR.

Interne , intérieur; externe , extérieur.

INTERNE, INTÉRIEUR; EXTERNE, EXTÉ- RIEUR. Placé en dedans ou en dehors, qui concerne le dedans ou le dehors.

Intérieur et extérieur s'emploient surtout ou particulièrement bien en matières abstraites , de manière qu'ils conduisent naturellement à l'invention des deux substantifs abstraits, ['intériorité et Y extériorité: vie intérieure ou extérieure ; connaître Y intérieur et Y extérieur d'un homme. Interne et externe se disent , à la lettre , de ce qui est placé en dedans ou en dehors , ou de ce qui s'y rapporte : pathologie interne et pathologie externe.

Intérieur vous annonce vaguement que la chose n'est pas de celles qui se montrent ou agissent au dehors , et interne vous marque précisément sa place. La paix intérieure règne au dedans, ne se manifeste pas à la surface; une douleur interne a son siège au dedans du corps : l'application de remèdes à l'extérieur n'y peut rien. Interne et externe sont réservés , ou peu s'en faut , à la médecine, qui s'en sert pour désigner uniquement , mais rigoureusement , où sont situées les choses dont elle parle. Ils ne sont usités qu'au propre , en parlant d'objets qui sont ici ou là , qui occupent un lieu. « Examinons tous les automates dont la structure interne est à peu près* semblable à la nôtre. » Volt.

Intérieur et extérieur ont une plus grande étendue de signification : ils s'appliquent aux mouvements , aux actions , et à to%es les choses spirituelles. Bossuet a bien observé cette différence dans la phrase suivante : « La liaison des mouvements intérieurs et extérieurs , c'est-à-dire du mouvement des esprits avec celui des membres externes , est manifeste. »

On dira plutôt que ce qui est interne ou externe j se trouve , et que ce qui est intérieur ou extérieur se passe au dedans ou au dehors. Girard, !

avec sa sagacité ordinaire , avait pressenti cette différence , que Roubaud a vainement combattue.

Au reste , interne signifiant l'intériorité au propre, à la rigueur, scientifiquement, la représente aussi comme plus intérieure en quelque sorte , et se dit de quelque chose de caché en dedans , de profondément enfoncé dans la chose ; ce mot a quelquefois, dans le langage de- la médecine principalement , le sens d'intime dans la langue ordinaire. « Cette mort est si lente et si interne , qu'elle est souvent presque aussi cachée à l'âme qui souffre , qu'aux personnes qui ignorent son état. » Fén. «Il ne reste donc plus à l'homme que de combattre en lui ce péché , si interne à ses entrailles. » Boss. De même externe, l'unique correspondant d'intime et d'interne, veut dire quelquefois très- extérieur , si extérieur qu'il est détaché de l'objet dont il est question. « Plaisirs, richesses , biens externes , qui ne tiennent pas à notre personne. » Boss.

Comme d'intérieur et d'extérieur se peuvent former des noms abstraits , intériorité et extériorité, d'interne et d'externe ont été faits internat et externat , exprimant les places obtenues dans les hôpitaux par les élèves en médecine.

TERMINAISON INSÈQUE.

Intrinsèque. Extrinsèque.

Terminaison adjective , formée de la terminaison latine adverbiale , insecus , usitée seulement dans les deux mots intrinsecus et extrinsecus , intérieurement et extérieurement, de même que la française ne l'est que dans les deux termes correspondants intrinsèque et extrinsèque. Intrinsèque , intra in secus , intra insequi , qui suit , accompagne ou vient du dédans : extrinsèque, extra in secus, extra in sequi, qui suit, accompagne ou vient du dehors. Ou plus simplement, intrinsèque, qui est intrinsecus, du dedans ; extrinsèque , qui est du dehors , extrinsecus. Intrinsèque sert à qualifier les qualités d'une chose , qui en accompagnent intimement la substance, qui tiennent ou sont inhérentes à son fond, à sa constitution, à son essence, et extrinsèque celles qui l'accompagnent en venant du dehors , qui sont adventices , accessoires. Ce sont deux termes de métaphysique , de scolastique et de commerce. Valeur intrinsèque des monnaies, valeur essentielle, de nature, indépendante de toute convention ; valeur extrinsèque , valeur attribuée arbitrairement par la loi ou le souverain, et constatée par l'empreinte.

« La seule valeur intrinsèque d'un marc d'argent est un marc d'argent , une demi-livre du poids de huit onces. Le poids et le titre font seuls cette valeur intrinsèque. »Volt.« Persuadé qu'il en est des paroles comme des monnaies , dont les plus estimées sont celles qui, sous un moindre poids, renferment plus de valeur intrinsèque, Phocion s'était fait un style vif, serré, concis. » Roll. a Une grande et ancienne puissance (comme l'Autriche) , qui a des forces naturelles et intrinsèques ne saurait tomber tout à coup. » Montesq. « Plus la valeur d'un ouvrage est intrinsèque et indé-

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