TERMINAISON ESSER
Opprimer, oppresser.
OPPRIMER, OPPRESSER. Accabler, faire succomber sous le poids du malheur , de l'affliction, de l'injustice.
Opprimer est la traduction exacte du mot latin opprimere , qui a le même sens et dont la terminaison peut être ici négligée. Du supin de ce verbe, oppressum , ou de son participe passé, oppressus , opprimé , a été formé le verbe secondaire oppresser, qui signifie proprement rendre opprimé , mettre dans l'état de quelqu'un qu'on opprime.
En conséquence, oppresser, presque toujours employé au participe , est un verbe tout subjectif, c'est-à-dire qui a surtout rapport à l'état de peine de celui qui gémit sous un poids quelconque , à qui il semble avoir un poids sur l'estomac, qu'il s'agisse d'une affection corporelle ou morale. Au contraire , opprimer se rapporte toujours à la cause , et c'est pourquoi Y oppresseur se définit celui qui opprime , et non celui qui oppresse. C'est pourquoi aussi, suivant la remarque judicieuse de Laharpe , ce qui opprime est toujours une cause , un agent , un oppresseur , c'est-à-dire une personne ou une chose personnifiée . comme le pouvoir ou l'injustice ; au lieu que ce qui oppresse ne peut être qu'une chose : on est opprimé par ses ennemis , on est oppressé de douleur.
L'opprimé a besoin d'être défendu (J. J.); le cœur oppressé et l'âme oppressée ont besoin d'être soulagés. Opprimer signifie le fait d'une persécucution et en rappelle l'auteur ; oppresser exprime un excès de peine éprouvé intérieurement.
On dit opprimer la liberté des peuples (Pa se); la violence essaye d'opprimer la vérité (Id.); les adversaires d'Arnaud se liguèrent pour l'opprimer avec assurance (Id.) ; le tyran Sylla avait opprimé Rome (Fén.); Je cède et laisse aux dieux opprimer l'innocence ;
Rac.
la vertu est opprimée sur la terre (Labr.) ; une partie du peuple opprime l'autre (Montesq.): le péché nous rend injustes et violents , il nous fait opprimer les faibles et persécuter les innocents . il nous fait maltraiter et opprimer les serviteurs de Dieu (Boss.); parce que toutes ces expressions sont propres à désigner des actions et des faits , eu égard à ceux qui en sont les auteurs , plutôt qu'à l'état de ceux qui en souffrent.
Mais on dira avec Voltaire , dissiper les chagrins d'une âme oppressée; avec Boileau, une femme oppressée de douleur; avec Regnard,
J'étouffe et je sens là certain poids qui m'oppresse,avec J. J. Rousseau , mon âme est oppressée du poids de la vie; avec Bossuet, on n'entend dans toutes les familles que gémissements de coeurs
SYNONYMES QUI ONT LE MÊME RADICAL
oppressés , et , l'âme d'un condamné sur la roue est oppressée de tourments: avec Racine, entendre gémir une mère oppressée; avec Laharpe. le saisissement qu'éprouve Orosmane Y oppresse; avec Beaumarchais , ce reproche paraît vous mettre à la gêne et. vous oppresser.
TERMINAISONS ANDER et OLER.
Àffriander, affrioler.
AFFRIANDER, AFFRIOLER. Attirer par quelque chose d'agréable au goût; des oiseaux, des poissons , par des appâts ; une personne , par la bonne chère. Figurément , attirer par quelque chose d'utile ou d'agréable , les présents , le gain.
Àffriander , c'est acoquiner, attirer, attacher, en rendant friand d'une certaine chose, ou par des friandises, c'est-à-dire suivant l'idée primitive , par des fritures , car friand vient de frire , latin frigere > grec cppvysiv. La pénultième syllabe de ce verbe est adjective et dérivée du participe présent ; comme la désinence de marchand et de chaland, elle n'offre par elle-même rien de remarquable pour le sens qui mérite ici d'être pris en considération. Si àffriander annonce un appât petit , fin , délicat , et plus attrayant que solide , il le doit umquement au radical commun. Mais la terminaison d'affrioler , de son côté , étant diminutive, comme celle d'alvéole, de bestiole, de gloriole, latin alveolus , bestiola, gloriola, ce verbe enchérit sur le premier en ce qui regarde le peu de valeur intrinsèque des choses par lesquelles on attire. On affriande avec des mets délicats de toutes sortes; on affriole avec des bonbons, des sucreries, des confitures. Et de même au figuré. Le fruit défendu affriande les femmes (Best,.-)*
Un regard , un soupir, affriole un amant. Régit.