‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 359 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

S'il faut que vos bontés veuillent me consoler, Et jusqu'à mon néant daignent se ramier.

(Tartufe parlant à Elmire.) Id%

« La licence des opinions des hommes les élève tantôt au-dessus des nues , et puis les ravale aux antipodes. » Montaign. a Une secte ravalait si fort J. C, qu'elle le mettait au-dessous de Melchisédec. » Boss. « Il a fallu que la majesté du fils de Dieu se ravalât jusqu'à la pauvreté d'une étable , jusqu'à l'ignominie de la croix , jusqu'aux agonies de la mort , jusqu'à l'obscurité du tombeau, jusqu'aux profondeurs de l'enfer. » Id.

Dégrader, dépriser et déprimer ont cela de commun , qu'ils se rapportent à la sorte de hauteur ou d'élévation d'où on oblige de descendre.

Dégrader , c'est précisément ôter le grade ou le rang. On dégrade , au propre , un- officier ou un magistrat qu'on destitue de son emploi pour un manquement à l'honneur, par exemple. Au figuré , il en est de même : les personnes qu'on dégrade sont élevées en dignité , ont un rang , un nom, de l'éclat, une haute position sociale ou d'opinion, « Ce serait dégrader l'Evangile de le regarder comme la religion du peuple et une secte de gens obscurs. » Mass. « C'est la mode aujourd'hui de dégrader les grands hommes. » Volt. a Les gens de lettres ne doivent pas dégrader la noble indépendance de leur état. » D'Al. « Il ne voyait que trop combien l'ignorance dégrade et ternit les noms les plus illustres. » Id. « Tibère déclara que la même douleur qui convenait aux états et aux familles ordinaires, dégradait les princes et un peuple roi. » Id.

Dépriser et déprimer marquent une action qui attaque , affaiblit ou rabat , non pas le rang ou la dignité, comme dégrader, mais le prix, la valeur ou le mérite. Une personne ou une chose dégradée est déchue, n'est plus éminente; une personne ou une chose déprisée ou déprimée n'est pas estimée autant qu'elle vaut. On dégrade la divinité , la majesté royale , les personnages illustres, nobles, considérables; on déprise ou on déprime des marchandises ou toute personne qu'on travaille à décrier , dont on amoindrit la réputation. — D'ailleurs , on dégrade par des faits; on déprise et on déprime surtout par des discours : vous vous dégradez par une lâcheté , par vos mœurs ; vous vous déprisez ou vous déprimez en ne parlant pas de vous assez favorablement , en ne vous louant pas assez.

Dépriser, ôter du prix, priser moins ou peu, n'a pas la même force que déprimer de deprimere, presser ou pousser pour faire aller en bas. On déprise en ne reconnaissant pas aux choses ou aux personnes tout leur prix , et cela quelquefois faiblement, indirectement, sans le vouloir, a Le mérite des plus saintes actions est toujours déprisé dans la bouche des mondains par les soupçons dont ils noircissent les intentions. » Mass. « Je ne parle pas ainsi pour dépriser le mâle et puissant génie de Corneille. » Volt. «Permettezmoi quelques réflexions en faveur de la langue française , que vous paraissez dépriser un peu trop. » Id. « L'ironie où l'on blâme en louant, où en admirant on déprise , revient à chaque instant dans le langage ordinaire. » Marm. « Ils ne lui

pardonnèrent jamais d'avoir, par sa conduite, déprisé hautement , quoique involontairement , la leur. » J. J. — Mais on déprime par un jugement formel , avec une intention marquée d'opprimer , de détruire dans l'opinion , avec une grande envie de nuire. « On trouve dans cet écrivain une affectation d'élever saint Chrysostome pour déprimer saint Augustin.» Boss. «Quand le Deux-cents travaille à déprimer le Conseil général, il travaille à sa propre ruine. » J. J. «Le public souriait à cette foule d'ennemis obscurs qui s'efforçaient de vous déprimer. » Marm. « Attaché à déprimer MételLus , Marius lui reprochait de prolonger la guerre. » Cond.

Avilir et humilier ont rapport au sentiment particulier que produit l'action exprimée par les verbes précédents. Avilir, de vilis , vil, abject, c'est mettre dans un état d'abaissement , de dégradation, de déchéance tel, qu'on inspire aux autres un sentiment de mépris ; et humilier , du latin humus, terre, c'est prosterner, mettre à terre, de façon que la personne ainsi traitée éprouve un sentiment de confusion. Dans le Mariage de Figaro , le comte Almaviva n'est jamais avili, quoique souvent humilié (Beaum.) : il ne paraît dans aucune position déshonorante , mais son amour-propre reçoit plusieurs mortifications. Ce qui nous avilit nous diffame , nous couvre de honte ou d'opprobre ; ce qui nous humilie nous affecte, péniblement, nous afflige. Le lâche s'avilit; le pénitent s'humilie.

ABANDONNER, DÉLAISSER. On abandonne et on délaisse une personne malheureuse en s'éloignant d'elle, au lieu de l'assister.

On abandonne ce qu'on a, et par conséquent les siens, ses parents, ceux auxquels on est uni par des liens intimes , ceux qu'on devrait naturellement protéger ou secourir. « J. C. meurt d'une mort honteuse , trahi par un des siens , renié par l'autre, et abandonné de tous.» Pasc. « Ayez courage , ma fille ; votre époux ne vous a point abandonnée dans votre maladie. » Boss. « Le prince de Danemark , gendre de Jacques , enfin sa propre fille , la princesse Anne , l'abandonnèrent. » Volt.

Athaue.

Vous êtes sans parents?

Page 1