DEUXIÈME PARTIE
des philosophes. » D'Al. ce Des lettres pleines '' d'éloges disaient que mon livre [Bélisaire) était le bréviaire des rois. » Marm. ce Le livre de Mon- j tesquieu devrait être le bréviaire de ceux qui sont j appelés à gouverner les autres. » Volt. «Les Com- ! mentaires de César sont le bréviaire , dit-on , des gens de guerre.» Id. a Les livres de l'abbé Dubos doivent être le bréviaire des gens de lettres.» Id.
Z° Épitome , compendium , somme.
Épitome , mot grec , compendium, mot latin , et somme , du latin summa , sont des titres anciennement donnés à des abrégés dont on faisait usage dans les écoles. Ils ne s'emploient plus qu'en termes d'érudition.
L' épitome est un abrégé d'histoire. aL' épitome de Trogue Pompée, par Justin.» Acad. «Photius cite un abrégé que Denis d'Halicarnasse avait fait de son histoire , en cinq livres.... Il ne fait point de difficulté de dire que cet historien , dans son Épitome , s'était surpassé lui-même.» Roll.— Au reste , dans son unique application aux histoires écrites par les anciens, épitome veut dire, non pas toujours abrégé, mais quelquefois aussi sommaire ou tête de chapitre, a On doute avec fondement que les épitomes ou sommaires qui sont à la tête des livres de Tite Live soient de Florus.» RoLL.aL'e'pïtome de Tite Live, où il est parlé de la loi Voconienne , n'en dit pas davantage. » Montesq.
Le compendium est un abrégé de philosophie. a II s'en faut bien que la philosophie des collèges mérite ce nom : elle ouvre par un compendium , qui est le rendez-vous d'une infinité de questions inutiles. » D'Al. ce Je voudrais savoir s'il y a quelqu'un (chez les jésuites) qui ait fait un compendium de toute la philosophie de l'école , car cela m'épargnerait le temps de lire leurs gros livres.» Desc.
La somme est un abrégé de théologie. « Ce livre de théologie morale est un abrégé de toutes les sommes de théologie. » Pasc. a Nous ne chargerons point cet abrégé de toutes les superstitions indiennes.... Nous ne prétendons point faire la somme de la théologie des Gangarides. » Volt. «La Somme de saint Thomas.» Acad.
ABRI (A 1'), A COUVERT. En sûreté contre quelque chose qui attaque.
On est à Vabri derrière une muraille ou une haie , à couvert sous une tente ou dans une maison. Des assiégés sont à l'abri du canon derrière les murs de la place, et à couvert du canon dans des casemates. Quand on est à Vabri, on a devant soi un rempart; quand on est à couvert, on a sur soi une couverture , un toit ou un vêtement qui enveloppe. Vous vous mettez à l'abri contre ce qui vient de côté et tend à vous renverser , à couvert contre ce qui tombe et tend à vous accabler ; à l'abri du vent , d'une inondation , à couvert de la pluie , de la grêle , de la foudre. Les vaisseaux sont à Vabri dans une rade , les poussins à couvert sous les ailes de leur mère. Les soldats de Porus se font tuer et le mettent à l'abri de leurs corps expirants (Rac); les tuiles d'une maison mettent à couvert le bois de la charpente (Fén.). On peut, à certaines heures, se promener au pied d'une colline à Vabri du soleil (J. J.) ; le pa-
rasol est un petit pavillon portatif qu'on étend au-dessus de la tête pour être à couvert du soleil (Acad.).
a Suis-je mieux nourri et plus lourdement vêtu . suis-je dans ma chambre à Vabri du nord?» Labr.
Tel , en un secret vallon , Sur le bord d'une onde pure , Croît a l'abri de l'aquilon , Un jeune lis, l'amour de la nature. Ru;.
ce Mettons notre vaisseau à Vabri des flots.» Fén. a Les montagnes mettent cette côte à Vabri des vents brûlants du midi. » Id. a C'est ainsi que Amsterdam s'est mise à Vabri de toutes les invasions. » Volt.— ce Un amant se mit à couvert de la pluie dans notre cabane.» Laf. a Quand on est à la campagne pendant un orage , et qu'on rencontre une caverne , on s'en sert comme d'une maison pour se mettre à couvert.» Fén.
Maître de ses États , il a pu se résoudre
A se mettre avec eux a couvert de la foudre. Rac. a Les soldats n'en peuvent pas beaucoup souffrir (de ce feu et de ces traits) , étant à couvert sous leurs tentes. » Roll. ce Je mets mes dernières fautes à couvert sous l'aile de votre charité. » J. J. a Dieu les met à couvert de toutes les insultes du dehors sous l'aile de sa protection. »
Au figuré, même différence. Nous sommes g Vabri de ce qui vient nous prendre en flanc pour nous jeter à terre ; à l'abri de la persécution , de la vexation, des objections, des coups qui nous sont portés pour nous terrasser ; mais nous sommes à couvert de ce qui pourrait tomber sur nous et nous écraser , à couvert de la vengeance divine , des traits de la satire , des soupçons , d'une nuée de coups de bâton, d'une grêle de pierres ou de balles.
Outre cela , à Vabri marque une sûreté moins grande qu'à couvert. Car ce qui met à l'abri pare , préserve d'un côté seulement (operit) , oppose une barrière ; au lieu que ce qui met à couvert , couvre [cooperit) , garantit de tous les côtés comme un couvercle. A Vabri des poursuites de ses créanciers se dit d'un homme fort du crédit d'un autre homme , qui est riche et qui répond pour lui ; on est à couvert des poursuites de ses créanciers, quand on s'est mis hors de leur atteinte en s'enfuyant , ou qu'on leur a fait l'abandon de tous ses biens. Les yeux placés au-dessous et en arrière des paupières y sont à l'abri; l'enfant , avant de naître , est à couvert dans le sein maternel comme les poissons au sein des eaux, et les oiseaux sous les plumes dont ils sont vêtus.
ABSORBER , ENGLOUTIR. Ces deux verbes expriment l'action de certaines, choses de s'ouvrir pour en recevoir ou en saisir d'autres et les faire disparaître.
Absorber , du latin ab , qui marque action de tirer de , et de sorbere , humer , avaler , représente une action successive , qui fait qu'une chose est consumée par parties et avec une sorte d'attraction, comme un liquide qu'on boit, ce II s'est produit dans ce temps des myriades de coquillages qui ont absorbé dans leur substance co-
quilleuse une immense quantité d'eau , et dont les détriments ont ensuite formé nos montagnes calcaires.» Buff. «Toutes ces nations absorbèrent peu à peu les richesses des Romains.» Montesq. a Les Romains soumirent ces peuples les uns après les autres sous différents prétextes. Ainsi la Grèce fut enfin absorbée dans l'empire romain , et en devint une province. » Roll.
Engloutir, in gulâ, dans l'œsophage ou la gueule, c'est avaler comme un glouton, avec avidité , tout d'un coup , en enveloppant la chose tout entière, a Je me plonge la tête baissée stupidement dans la mort comme dans une profondeur muette et obscure qui m'engloutit tout d'un coup et m'étouffe en un moment. » Montaig. « Il arrive des débordements d'eaux qui noient des provinces entières et des tremblements de terre qui les engloutissent.» Mal. «On apercevrait Pharaon avec les Égyptiens pleins de trouble et d'effroi à la vue des vagues qui se rassembleraient pour les engloutir. » Fén. «Il y a de fameuses coquettes qui dévorent et engloutissent en peu de temps les plus gros patrimoines.» Les,
Les choses successives ou composées de parties distinctes peuvent seules être dites absorbées. « Une multitude de survenants ont absorbé tout mon temps. » J. J. « La société humaine a été formée par de petites peuplades qui ont fini par être absorbées dans de grands empires. » Volt. Mais une chose dont les parties ne peuvent être séparées sans destruction et forment un véritable individu , tel qu'un homme , par exemple , ne peut être qu'engloutie, a En arrivant à Thèbes , Adraste paraissaissait englouti dans la terre , qui s'entrouvrait tout à coup pour l'abîmer. » Fén.
D'un autre côté , absorber , significatif d'une action partielle et successive, se dit de quelque chose de plus petit : l'éponge absorbe l'eau (Acad.). Engloutir, au contraire, annonce un gouffre , un abîme , une large ouverture qui dévore beaucoup à la fois : On suppose dans le fond de la mer des trous et des abîmes qui engloutissent continuellement les eaux (Buff.). Les frais du scellé ont absorbé la meilleure partie de la succession (Acad.) ; cet homme a englouti en peu de temps toute cette riche succession (Acad.). Rollin dit de Rome considérée par rapport aux conquêtes qu'elle a faites les unes après les autres , que c'est une puissance qui a absorbé tous les royaumes , et ailleurs , ayant égard à l'importance et à la vaste étendue de ces conquêtes , il dit que c'est une puissance qui a englouti même les plus grands royaumes. — «La Navarre est absorbée aujourd'hui dans la monarchie d'Espagne.» Volt, a Nous sommes enfin venus à ce grand empire qui a englouti tous les empires de ■ l'univers. » Boss.
ABSTENIR (S'), SE PRIVER. On s'abstient et on se prive de ce qu'on se refuse , de ce qu'on ne se permet pas , de ce dont on se passe.
On s'abstient d'une action ; on se prive d'une chose ou d'un objet. Le chrétien charitable s'abstient de la médisance ; un père ou une mère se prive de son enfant en le mariant en pays étranger.
On s'abstient de faire , en s'empêchant de faire , en s'interdisant une action, une habitude, un. usage ; un juge s'abstient quand il ne prend pas part au jugement. On se prive d'un bien , de quelque chose d'agréable ou d'avantageux , qu'on sacrifie , qu'on se retranche. Ceux qui s'abstiennent de communier , sous prétexte qu'ils en sont indignes, devraient d'abord se priver des joies du monde (BouRD.).Ons'absiient de questions (Volt.), c'est-à-dire d'en faire ; mais on se prive d'un droit (Id.) , c'est-à-dire de quelque chose dont on jouit. De même , vous vous abstenez de certaines visites, de certaines démarches, de certains péchés ou désordres , des débauches , de l'adultère , choses susceptibles d'être faites ou commises ; mais vous vous privez d'un plaisir , d'un secours , du fruit de vos travaux , de certaines commodités , de certaines douceurs, de la société d'une personne qui vous est chère , choses susceptibles d'être possédées et ôtées. Dans le doute , abstienstoi; la charité veut qu'on se prive d'une partie de ses richesses pour la donner aux pauvres. S'abstenir demande de l'empire sur soi-même; se priver du désintéressement, de l'abnégation. V abstinence nous retient ou nous contient ; la privation nous prive, nous dépouille, nous fait perdre quelque chose de bon.
S'abstenir de viandes ou d'autres mets se rapporte à l'action, à la conduite , au motif, au mérite ; s'en priver est tout relatif à la perte du plaisir attaché à la jouissance de la chose. Une personne qui s'abstient de vin pour telle ou telle raison est louable ou blâmable ; celle qui s'en prive est à plaindre. Les gens qui, pour obéir aux ordonnances de l'Eglise, s'abstiennent de chair pendant le carême , font une action assez peu méritoire , s'il leur est moins pénible de se priver de gras que de maigre.
On s'abstient , on se tient éloigné (selon Pétymologie à'abstinere) de ce qu'on n'a pas encore ou de ce qui est à un autre , de ce dont on n'a pas encore joui; on ne se prive guère que des choses qu'on possède ou au moins dont on connaît l'agrément. S'abstenir de vin donne simplement l'idée de ce qu'on ne fera pas et de ce qu'on n'a peut-être jamais fait ; se priver de vin marque le renoncement à une chose dont on a déjà usé et dont on regrette l'usage. Si nos premiers parents avaient su s'abstenir de manger du fruit défendu , ils ne se seraient pas privés de la félicité qu'ils goûtaient dans le paradis terrestre.