DEUXIÈME PARTIE
cassation casss en dernier ressort et sans appel les arrêts ou jugements ; mais la cour d'appel infirme seulement les jugements du tribunal de première instance , c'est-à-dire qu'elle les désapprouve et les défait de telle façon que ses résolutions ne sont pas définitives. Infirmer, mot rare, du reste , presque inusité hors du palais et ailleurs que dans le langage de la jurisprudence , est si peu énergique , si peu péremptoire , qu'il se dit même de î'improbation d'un inférieur à l'égard d'un supérieur. « Innocent III excommunia en vain le père et le fils (Philippe Auguste et son fils Louis) ; les évêques de France déclarèrent nulle l'excommunication du père. Remarquons pourtant qu'ils n'osèrent infirmer celle de Louis.» Volt.
Annuler, rendre nul, frapper de nullité, est de tous ces verbes le plus relatif à l'effet. C'est d'ordinaire parce qu'un acte a été révoqué , cassé ou infirmé, qu'il se trouve annulé , réduit à être comme non avenu. Aussi annuler se met-il bien après les trois autres verbes pour déterminer précisément le résultat de l'action qu'ils signifient. « Je casse et j'annule ce décret du peuple. » Roll. — Au surplus, il se peut que Y annulation ne provienne d'aucune action proprement dite , volontaire, faite afin d'annuler, tandis que révoquer, casser et infirmer marquent des actions très-expresses. Si un serment est criminel , c'en est assez pour Y annuler (J. J.). a La conservation du codicille (de Louis XIV) eût annulé par soimême tout ce que le duc d'Orléans venait d'obtenir. » S. S.
ABORDER, AVOIR ACCÈS, APPROCHER. Ces mots donnent l'idée d'un certain rapport de communication avec quelqu'un dont on ne reste point éloigné.
Mais aborder marque un fait ; avoir accès , une faculté; et approcher, une habitude.
Aborder quelqu'un, c'est, dans un cas particulier, le venir trouver, se présenter à lui : on aborde les personnes à qui l'on veut parler; on aborde hardiment ou avec crainte. ce Il faut étudier les moments favorables pour aborder les grands.» Mass. «Les nécessiteux ne se montrent que pour solliciter les largesses de ceux qu'ils abordent. » Id. « Les âmes que Dieu aborde sont étonnées de sa présence inespérée.» Boss. — Avoir accès auprès de quelqu'un , c'est être admis auprès de lui, pouvoir y venir sans obstacles , et , pour ainsi dire , avoir auprès de lui ses j entrées. On a accès là où on ne trouve point la j porte fermée. «Le riche ne peut point, par lui- ' même , avoir d'accès auprès de Dieu; la porte de la miséricorde divine semble lui être fermée.» Bourd. « Ce prêtre avait accès à la porte de Constantin. » Volt, ce II fallait être bon pour avoir accès auprès de lui; ses oreilles étaient fermées à la malignité des délations.» Mass.cc Je veux vous introduire auprès du frère et de la sœur, et vous m'en serez d'autant plus redevable qu'il n'est pas facile d'avoir accès auprès d'eux.» Dest. Nous n'avons accès auprès de Dieu que par J. C. notre médiateur(Boss., Mass.).— .Approcher quelqu'un, c'est d'abord le voir habituellement , et par suite , avoir habitude avec lui , être son familier, lui
toucher de près, c'est, en quelque sorte, être plus particulièrement son prochain : Ceux qui approchent les rois et les grands sont appelés leurs courtisans ou leurs favoris.ee Ces esprits pernicieux semblent n'approcher les grands et n'avoir part à leurs faveurs que pour les corrompre.» Bourd. «Ceux qui par leur rang ou par leurs devoirs avaient l'honneur d'approcher la reine étaient touchés de ces bons exemples.» Fléch. ce L'éclat qui rejaillit de la couronne doit se répandre sur ceux qui approchent le prince, sur ceux qui touchent de plus près à sa personne. » Boss. ce Vous savez quel crédit avaient auprès des empereurs les domestiques qui les approchaient. » Id. L'enfant s'aime d'abord , puis il aime ceux qui Y approchent , sa nourrice, sa gouvernante (J. J.).
L'abord se qualifie en raison de la manière dont on accueille ou dont on est accueilli : il est rude ou gracieux. L'accès est facile ou difficile. Le mot approche ne se prend pas dans l'acception présente du verbe approcher.
Il faut aborder avec civilité ou avec respect les personnes auxquelles on a affaire. Il faut se servir de ses connaissances ou chercher des introducteurs pour avoir accès. Il faut avoir un esprit souple pour approcher les gens , afin d'entrer dans leur intimité et de s'insinuer dans leurs bonnes grâces.
1° ABRÉGÉ , SOMMAIRE , PRÉCIS , RÉSUMÉ , RACCOURCI, EXTRAIT, ANALYSE ; — 2° MANUEL, BRÉVIAIRE; — 3° ÉPITOME , COMPENDIUM, SOMME. Quelque chose d'écrit en peu de mots, d'une manière peu étendue , peu ou point détaillée.
1° Abrégé, sommaire, précis, résumé, raccourci, extrait, analyse.
Il y a d'abord une différence remarquable entre Yabrégé et le sommaire. L'un suppose des développements antérieurs , c'est la réduction d'un plus grand ouvrage ; l'autre, au contraire , suppose des développements qui peuvent ou doivent être donnés ultérieurement, c'est une espèce d'argument, d'en tête ou de préparatoire. — L'abrégé est un livre qui en reproduit un autre dans de moindres proportions , en le resserrant , en le faisant tenir dans un plus petit espace, ce Comme on ne jugea pas les logiques ordinaires assez courtes ni assez nettes, on eut la pensée d'en faire un petit abrégé. » P. R. « J'ai parlé de cet ouvrage plus étendu, dont le livre des Maximes des saints n'est que Yabrégé. » Fén. « L'Histoire des oracles de Fontenelle n'est qu'un abrégé très -sage et très-modéré de la grande histoire de Van-Dale.» VoLT.ce Le marchand libraire ordonne à l'écrivain un abrégé de Yhistoire de Rapin Thoyras, un abrégé de Yhistoire de l'Église....» Id. ce Le trésor latin de Robert Etienne, et le dictionnaire de Charles Etienne, qui est Yabrégé du trésor.» Roll. — Le sommaire n'est point un livre, mais l'indication préliminaire ou préalable des principales choses contenues dans un livre à la tête duquel il se place : sommaire vient de summum . le haut, le sommet, la tête, a De cette sagesse il faut ici avoir une briève et générale peinture, qui soit comme l'argument et le sommaire de
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
tout cet œuvre.» Chàrr. « Voici en peu de mots la peinture de sagesse et de folie humaine , et le sommaire de ce que je prétends traiter en cette œuvre.» ïd. «a l'égard des sommaires qui sont à la tête de chaque livre , les savants ne croient pas qu'on puisse les attribuer ni à Tite Live m à Florus.» Roll. «Il y avait dans le livre du Droit royal un chapitre dont le sommaire était proposé en ces termes....» Boss. « Je me suis enfoncée depuis deux mois dans la vie de Louis XIII par Le Vassor.... Comme il y a des sommaires marginaux qui m'avertissent de quoi il va être question , je passe tout ce qui ne m'intéresserait pas. » Dudeff. «Table des sommaires. » Acad.
Le précis se distingue par sa rigueur. Précis, àe prxcidere , couper, supprimer, signifie un abrégé dans lequel ne se trouve rien de superflu. Un abrégé d'histoire a l'avantage de n'être pas long ; un précis d'histoire ne contient que les faits importants. Le premier est commode; le second, substantiel. Dans l'abrégé tout est contracté ou resserré ; dans le précis ne figure que l'essentiel ou le principal. «Elle me demanda fort comment cela s'était fait . Je lui contai le précis et le plus nécessaire de ce que je viens de rapporter.» S. S. « Les bons livres sont l'essence des meilleurs esprits, le précis de leurs connaissances. » Vaut. « Faisons, pour notre usage particulier, un précis de cette vie (celle de Henri IV) qui fut trèscourte. » Volt, « Ma thèse , dit l'abbé de Prades , n'est que le précis d'un ouvrage que j'ai fait en faveur de la religion chrétienne. » Id. — Précis est propre à renchérir sur abrégé, à marquer quelque chose de plus court. «Voilà Y abrégé et le précis du concile de Trente. » Boss. « On fait Y abrégé d'un système en en exposant les principes et les conséquences; on en renferme le précis dans une seule proposition ou dans un petit nombre . » Cond.
Le résumé est un abrégé, non pas séparé de l'ouvrage plus étendu qu'il reproduit en petit, mais mis à la fin en guise de conclusion; c'est, pour la place , l'opposé du sommaire. Ou bien encore , c'est un abrégé qui reprend (resumit) ce qui a été pris déjà , qui rappelle ce qu'on sait , un abrégé destiné aux personnes qui n'ont besoin que de revoir, que de se ressouvenir.
Raccourci est un terme de peinture. Au figuré, il exprime l'abrégé d'un grand tableau. « L'Iliade et l'Odyssée sont deux grands tableaux, dont l'Enéide est le raccourci. » Roll.
L'extrait a pour caractère propre d'être partiel. C'est un morceau détaché ou une suite de morceaux détachés. « Si un homme éclairé rassemblait dans les livres de saint Augustin toutes les vérités sublimes que ce Père y a répandues, cet extrait fait avec choix.... » Fén. « J'avais voulu mettre dans ce recueil un extrait des plus beaux endroits (de Tacite) que j'ai tâché d'imiter; mais j'ai trouvé que cet extrait tiendrait presque autant de place que la tragédie (de Britannicus).» Rac. «Pour le détacher de sa vie oisive et vagabonde , il lui faisait faire des extraits de livres choisis. » J. J. «On pourra en seconde faire expliquer quelques extraits des Vies de Plutarque.» Roll. «Ce qui fait la partie la plus essentielle de l'éloquence
manque nécessairement à des extraits détachés du corps de l'ouvrage entier.» Id.1.
L'analyse est une exposition raisonnée. Au lieu de donner idée d'un écrit, comme Y extrait, par un échantillon ou un spécimen, elle le fait en décomposant l'écrit dans ses éléments , dans ses parties , en signalant son objet , son plan , son ordonnance , sa méthode , ses fins et ses moyens. L'extrait demande du goût ; Yanalyse, de k netteté et de la justesse d'esprit. L'extrait choisit et cite; Y analyse explique et rend compte. «Le défaut de méthode (de YEsprit des lois) n'est qu'apparent , et Yanalyse du livre , faite par d'Alembert , a prouvé qu'il ne manquait ni de plan ni de liaison. » Lah. « La plupart des gens de lettres qui ont parlé de YEsprit des lois , s'étant plus at» tachés à le critiquer qu'à en donner une juste idée, nous allons tâcher de suppléera ce qu'ils auraient dû faire , et d'en développer le plan , le caractère ut l'objet. Ceux qui en trouveront Yanalyse trop longue....» D'Al. «En philosophie, on accoutume les écoliers, après qu'on a vu avec eux quelques traités, à en faire Yanalyse; à réduire des raisonnements , souvent fort abstraits et fort étendus, à quelque chose de précis et de net; à mettre les difficultés et les objections dans tout leur jour, et à y joindre les solutions qu'on en apporte; comme, après qu'on a expliqué une harangue de Cicéron, on les oblige d'en rendre compte, d'en exposer toutes les parties, d'en distinguer les différentes preuves et d'en marquer le fort ou le faible. » Roll.
2° Manuel, bréviaire.
Le manuel et le bréviaire sont de courts traités qu'on lit ou qu'on doit lire continuellement. Ma' nuel , ce qu'on a toujours ou ce qu'on doit toujours avoir à la main, est l'expression ordinaire. Bréviaire , latin breviarium , signifie proprement le livre contenant l'office que les ecclésiastiques sont obligés de dire tous les jours. Dans le sens de manuel , c'est un terme figuré qu'on accompagne assez souvent d'un correctif. «Ces ordonnances générales et particulières doivent être comme le bréviaire d'un bon avocat général. » D'Ag. « Le Traité des délits et des peines de Beccaria mérite d'être , si je puis m'exprimer de la sorte , le bréviaire des souverains et des législateurs. » D'Al. — D'autre part, les manuels s'adressant à toutes sortes de gens , il y en a pour toutes les conditions , pour tous les arts et métiers; témoin les manuels Roret. Mais on n'emploie bréviaire qu'en parlant des professions les plus hautes et les plus nobles. «Horace est le bréviaire
\ . Au xvine siècle , on a donné le titre d' 'esprit et quelquefois celui de génie à un extrait dans lequel se trouve recueilli ou ramassé tout ce qu'un auteur a écrit de fin, de spirituel, d'ingénieux. «Ces morceaux (réunis par l'abbé d'Olivet) parurent sous le titre de Pensées de Cicéron.... C'est une espèce d' 'esprit de cet orateur philosophe ; esprit infiniment plus digne de ce nom que ces extraits informes et mal choisis de tant d'auteurs modernes , compilés aussi sous le nom d'esprit et quelquefois de génie. — On nous a donné le Génie de Montesquieu, le Génie de Hume, YEsprit de Voltaire , celui de Fontenelle , celui de Montaigne, etc., et jusqu'à celui de l'abbé Desfontaines et des journalistes de Trévoux. » D'Aï..