ACCUSATEUR , DÉNONCIATEUR , DÉLATEUR
Celui qui signale quelqu'un à l'autorité comme ayant commis une action coupable.
En latin , accusator, denuntiator et delator.
Mais accusator seul était usité dans l'âge d'or de
la littérature latine, au temps d'Auguste et auparavant. C'est aujourd'hui le nom de l'officier préposé dans chaque tribunal pour poursuivre les crimes. L 'accusateur s'adresse à la justice, à l'autorité judiciaire , aux magistrats; il le fait ouvertement et donne la preuve de ce qu'il avance , il exerce un ministère , celui de la vindicte publique. «En Egypte aussitôt qu'un homme était mort , on l'amenait en jugement. L'accusateur public était écouté. S'il prouvait que la conduite du mort eût été mauvaise , on en condamnait la mémoire. » Boss. «Il arrive souvent dans les États populaires que les accusations sont publiques , et qu'il est permis à tout homme d'accuser qui il veut. A Athènes , M accusateur qui n'avait point pour lui la cinquième partie des suffrages payait une amende de mille drachmes. A Rome , l'injuste accusateur était noté d'infamie.» Montesq. « Pour m'attaquer personnellement, il faut un délit , un crime ; il faut que j'aie écrit un livre pernicieux , et que cela soit prouvé , comme un accusateur doit convaincre devant le juge l'accusé. » J. J.
Le dénonciateur est bien différent.— 1° Il peut ne pas s'adresser à un tribunal , mais à une autre autorité quelconque, à l'autorité ecclésiastique (Boss.) ou papale (Volt.), à un prince (Id.), à la postérité (Id.), à une assemblée (Montesq.), à l'opinion. — 2° Il n'est pas tenu à convaincre et à confondre le coupable ; il se borne à révéler , à avertir ( denuntiat ) , à mettre sur la trace ; c'est à ceux à qui il donne l'éveil de s'assurer de la chose. — 3° Il agit spontanément , de son propre mouvement , par zèle , pour remplir un devoir de conscience , et non par une obligation d'état; ce qui augmente le mérite de sa démarche. « Le pécheur n'attend pas qu'on l'accuse , il se rend dénonciateur de ses propres crimes. » Boss. Un esclave fut le dénonciateur de Cinna conspirant contre Auguste (Volt.) ; Cicéron fut celui de l'exécrable Catilina. « Quand Clément XI était le cardinal Albani , il avait fait imprimer un livre tout moliniste de son ami le cardinal Sfondrate, et M. de Noailles avait été le dénonciateur de ce livre. » Volt. — Fénelon ayant porté à Rome son affaire avec Bossuet, celui-ci dit qu'il n'est ni le dénonciateur ni l'accusateur de son adversaire ; car il n'est pas celui qui a informé le saint-siége des erreurs de Fénelon ni celui qui s'est chargé d'en établir et d'en soutenir la réalité devant le tribunal qui sera désigné pour décider entre les deux prélats.
Le délateur est odieux. C'est son caractère parfaitement distinctif. C'est sous Tibère que le nom de delator fut inventé : on le donna à tout homme qui en accusait un autre du crime de lèse-majesté , secrètement , calomnieusement , par haine ou par intérêt : « Alors , on vit paraître un genre d'hommes funestes, une troupe de délateurs; quiconque avait bien des vices et bien des talents, une âme bien basse et un esprit ambitieux , cherchait un criminel dont la condamnation pût plaire au prince. » Montesq. Le délateur est un méchant, ou un espion, un traître, qui sacrifie la vérité et tout sentiment d'honneur pour satisfaire sa cupidité ou ses passions les plus basses. Aussi
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
dit-on le métier (Montesq. , Sév.), le métier infâme (Volt.) de délateur; un tas de fourbes et de délateurs ( J. J. ); des délateurs infâmes (iD.).de vils délateurs (Id.) , de lâches délateurs (Regn.), un délateur misérable ( S. S.).
Il fit parler la noire calomnie.
0 délateurs/ monstres de ma patrie , Nés de l'enfer, hélas! rentrez-y tous! Volt.
« Le tribunal de l'inquisition , dans la monarchie , ne peut faire que des délateurs et des traîtres. » Montesq. « Le métier des espions est de vendre le secret de leurs amis : ils subsistent de délations et souvent même de calomnies. » Volt. Les tyrans encouragent et soudoient les délateurs.
ACCUSER, INCULPER. Présenter ou signaler quelqu'un comme étant coupable de quelque chose.
L'action d'accuser revient ou ressemble à celle du ministère public devant nos tribunaux; elle se fait hautement, directement, formellement, d'une manière positive , et étant ou croyant être certain des faits. L'action d'inculper, de mettre en faute [in culpa), de supposer une faute, est. au contraire , conjecturale , arbitraire , fondée sur de vagues présomptions , mal assurée.
On accuse en attaquant ; Y accusation vous dénonce comme étant la cause d'un délit, ce Les pharisiens et les pontifes font que J. C. soit déféré au tribunal du grand prêtre , qu'il y soit accusé publiquement et juridiquement examiné.» Bourd. « Les Athéniens dénoncèrent Anaxagore devant les magistrats et Yaccusèrent publiquement, » Fén. ce Socrate ne fut point accusé de vouloir fonder une secte nouvelle. » Volt, a Si j'ai fait tort à quelqu'un , qu'il se présente et m'accuse hautement; je suis prêt à lui faire justice. » Beaum. « Dans les anciennes républiques, tous les citoyens exerçaient de droit une censure réciproque , et pouvaient être à tout moment accusateurs les uns des autres ; et les accusations ne tombaient pas seulement sur un fait ; mais sur la personne. » Lah.
On inculpe par insinuation , par des imputations hasardées; Yinculpation vous met seulement en cause , fait seulement planer sur vous des soupçons. « N'inculpons pas légèrement les hommes célèbres. » D'Al. « Soit négligence, soit misanthropie , Mézerai adopte trop légèrement les inculpations hasardées et les soupçons vagues. » Lah. « Les critiques ont toujours à la bouche des généralités vagues qui leur servent ou h inculper ou à louer à tort et à travers. » Id. « Un homme dont l'état est de juger les autres sur des formes établies ne devrait pas m'inculper aussi légèrement. » Beaum. « Vous n'avez jamais senti la conséquence d'avoir accordé à Lejay une lettre mendiée qui m'inculpait aussi gravement sur un fait que vous ignoriez , et qui se trouve faux aujourd'hui. » Id. a On peut soupçonner de l'exagération dans les circonstances des faits sans inculper la bonne foi de ceux qui les ont rapportés.» J. J. « Il m'a toujours paru absurde de vouloir inculper un pair du royaume , quand le roi , dans son conseil , a déclaré que ce pair n'a rien fait que par ses ordres , et a très-bien servi. » Volt.
On accuse quelqu'un de quelque chose , on in-
culpe qnelqu'un simplement, sans exprimer de quoi on le prétend coupable , tant le mot inculper comporte peu de précision. On accuse les actions, la conduite , choses sur lesquelles on peut être exactement instruit; oninculpe l'intention (J. J.}, chose secrète et à l'égard de laquelle les suppositions sont seules possibles.
Outre cela , accuser se dit en toutes matières , et inculper convient spécialement par rapport à celles qui ont peu de gravité , c'est-à-dire quand il est question de fautes ou de défauts . et non pas de crimes ou de vices.
ACHAT, EMPLETTE. Acquisition faite à prix d'argent.
Achat rappelle acheter et marque particulièrement l'action de ce verbe. « Les Anglais nous interdisaient insolemment Yachat du tabac dans le seul pays du monde où sa culture était en vigueur. » Beaum.
Nous pourrions, par un prompt achat de cette esclave, Empêcher qu'un rival vous prévienne et vous brave.
Mot.
ce Louis de Germanie se jette sur la France (876) , pour se venger d'avoir été prévenu par son frère dans Yachat de l'empire.» Volt. « Le baron de Goërtz négocia en Hollande Yachat de quelques vaisseaux. » Id. ce Cette métairie vaut le double de ce qu'elle valait au temps de Yachat. » Id.
Un fol allait criant par tous les carrefours
Qu'il vendait la sagesse, et les mortels crédules
De courir à Yachat. Laf.
— Emplette vient bien aussi d'un verbe, le latin emere, emptum, mais il n'y a plus de rapport sensible , et il exprime un objet , la chose achetée, plutôt que l'action de l'acheter , et c'est pour cela qu'on le trouve plus souvent au pluriel : une emplette utile, une emplette de goût. « H nous exhiba toutes ses emplettes. » Les. « Je vais vous montrer mes emplettes. » Acad.
De son côté , emplette fournit un autre élément de différence. Comme il a seul une terminaison diminutive , il s'applique seul aux petits objets , à ceux surtout que vendent les marchands, et qui sont d'un usage ordinaire, des petits meubles, des habits , des bijoux , des livres , etc. ce Cet autre aime les insectes , il en fait tous les jours de nouvelles emplettes. » Labr. « Levez-vous ; j'ai besoin de vous tout aujourd'hui : j'ai mille emplettes à faire , et je serais bien aise que ce soit avec vous.» Montesq. « Si vous pouvez faire donner à Mlle Levasseur l'argent de sa robe, vous lui ferez plaisir ; car elle a depetites emplettes à faire.» J. J. ce Faites-moi Yemplette d'une petite table qui puisse servir à la fois d'écran et d'écritoire. » Volt. « Cette jeune personne est allée à la ville faire des emplettes avec sa femme de chambre. » Id.— Achat , au contraire, est le mot propre pour les objets considérables , comme terres , maisons , vaisseaux , provinces. Le diamant le régent coûta plus de deux millions; le duc d'Orléans craignit d'abord d'être blâmé de faire un achat si considérable. » S. S. « Riperda fit remettre 150 000 livres àBeretti pour un achat de bronzes. » Id. A gros achat mon trésor ne suffit. Laf.
Faire achat d'un château (Id,). « Un grand cabi-