‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 367 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

net de physique et quelques achats de chevaux m'ont un peu épuisé. » Volt.

ACHEVER , TERMINER , FINIR. Faire en sorte qu'une chose soit faite et non plus à faire , ou bien à bout et non plus à moitié chemin, en train d'aller, de se développer.

1° Achever, terminer.

D'abord achever diffère considérablement de terminer. On achève un ouvrage, et cela en y mettant la dernière main, en y ajoutant un dernier trait ou le chef, la tête , le faîte , le comble , ce qui doit le parfaire. « Tant s'en faut que cela soit contre la gloire de J. C, que c'est le dernier trait qui Y achève. » Pasg. « Il fallait encore aux chrétiens ce dernier trait ( le dernier supplice ) pour achever en eux l'image de J. G. crucifié, » Boss. « Il ne vous manquait plus que d'être hypocrite pour vous achever de tout point , et voilà le comble des abominations. » Mol. « J'ai tout Calot, hormis une seule estampe , qui n'est pas , à la vérité, de ses bons ouvrages, au contraire, c'est une des moindres, mais qui achèverait Calot. » Labr. — On termine une chose qui a un cours ou est en mouvement, et cela en y mettant un terme, une borne , en l'arrêtant. « Les docteurs soulèvent entre eux mille questions nouvelles sur la religion : on les laisse disputer longtemps , et la guerre dure jusqu'à ce qu'une décision vienne la terminer. » Montesq.

Mon malheur est au comble ainsi que ma furie :

Terminez mes forfaits, mon désespoir, ma vie.

Volt.

Au moins, en terminant ma vie et mon supplice....

Rac .

0 toi qui veux ma mort, me voilà seule, frappe, Termine, juste ciel, ma vie et mon effroi. 1d. Vous achevez un tableau , un édifice , un repas ; vous terminez une course, un différend, une discussion, des peines. Dans la fable intitulée le Renard., les Mouches et le Hérisson, le renard étant dévoré par des mouches , le hérisson s'approche :

Je les vais de mes dards enfiler par centaines , Voisin renard, dit-il, et terminer tes peines. Garde-t-en bien, dit l'autre; ami ne le fais pas : Laisse-les, je te prie, achever leur repas. Laf.

La chose achevée est complète , consommée , a toutes ses parties; l'idée de ce mot est positive. La chose terminée ne continue plus à aller, est suspendue, cessée; l'idée de ce mot est négative. Achever ses jours ou une guerre , c'est en Mien remplir le cadre ou le plan , agir de façon que ce soit une œuvre complète , qu'il n'y manque rien ; les terminer , c'est les empêcher d'aller encore ou plus avant. Achever une histoire, c'est en faire le récit en entier, de manière qu'aucun trait n'y manque : terminer une histoire , c'est mettre un terme aux faits dont elle se compose , les faire finir ou cesser.

Là finit de Psyché le bonheur et la gloire :

Et là votre plaisir pourrait cesser aussi.

Ce n'est pas mon talent ^achever une histoire Qui se termine ainsi. Laf.

— On achève le cours en courant jusqu'au bout, en remplissant tout l'espace, toute la carrière ; on termine le cours en ne courant plus ou en faisant.

qu'on ne coure plus, ce Thaïes fixa l'année à 365 jours , et borna chaque mois à trente jours : à la fin de chaque douzaine de mois il ajoutait cinq jours pour achever le cours de l'année. » Fén. De tes difficultés termine donc le cours. Mol. — Qui achève votre bonheur y met le comble, le rend parfait ; qui le termine l'anéantit.

Finir a les deux sens. Il se dit d'un ouvrage , comme achever, et , comme terminer, de ce qui est en train , de ce qui vit , dure , se développe depuis plus ou moins longtemps.

2° Finir, achever.

A l'égard d'achever, finir est subjectif : il se rapporte , non pas à l'ouvrage , mais au sujet et à son travail. On achève ce qu'on a commencé ; on finit comme on a commencé. Il arrive quelquefois que , par paresse ou par hâte , on finit son ouvrage sans l'achever. « C'est aujourd'hui le 19 de mai; et c'est le 22 d'avril qu'un vieux fou commença une tragédie finie hier. Vous sentez bien qu'elle est finie et qu'elle n'est pas faite. » Volt. — On achève une chose commencée , ébauchée , qu'on veut voir dans son entier, et , quand on a achevé, la chose est telle qu'elle doit être , entière , complète ; on finit après avoir commencé et continué, et quand on a fini une chose , on ne s'en occupe plus , on n'y travaille plus. « L'abbé de Guénégaud s'est mis ce matin à vous bégayer un compliment à un tel excès que je lui ai dit : M. l'abbé, finissez donc, si vous voulez qu'il soit achevé avant la cérémonie. » SÉv. En termes d'art , un ouvrage achevé est accompli , a tout ce qu'il faut , et un ouvrage fini est exécuté avec soin. 3° Finir, terminer.

A l'égard de terminer , finir marque une action moins brusque, ou plus douce, plus naturelle. En effet on termine en mettant un terme , en coupant court ; et on finit en allant à la fin ou en amenant la fin. « Tous les avis allèrent à demander au pape le concile œcuménique pour finir les affaires de la religion , faute de quoi on les terminerait en France par un concile national. » Boss. Il vaut souvent mieux terminer les procès à l'amiable (J. J.) , que de recourir à l'action lente et coûteuse des lois qui ont été faites pour les finir (Fléch.). Deux puissances terminent un différend par un combat , ou le finissent par des négociations1.

ACTEUR, COMÉDIEN. Qui joue des pièces ou dans des pièces de théâtre.

Mais on est acteur de fait , et comédien de profession. Dans la comédie bourgeoise , les acteurs, c'est-à-dire les personnes chargées de remplir Les différents rôles, ne sont pas des comédiens, obligés par état à amuser le public , mais des amateurs rassemblés pour s'amuser entre eux. Esther et Athalie furent représentées, non par des comédiens et des comédiennes , mais par des actrices, prises parmi les jeunes filles de Saint-Cyr. Voltaire s'étonne que , en France , on condamne

\. Conclure , du latin concludere , fermer ou clore ensemble, c'est finir une affaire non litigieuse, de concert, en s'arrangeant, en s'accordant "l'un avec l'autre, les uns avec les autres; ou bien, c'est, en parlant d'un discours , le finir de telle sorte , qu'on voie ce qui en résulte.

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

comme impie un spectacle représenté chez les religieux et dans les couvents, qu'on déshonore des jeux où de grands princes , tels que Louis XIV et Louis XV , ont été , non pas comédiens , mais acteurs.

Toutefois le mot d'acteurs s'applique aussi aux comédiens , aux hommes qui ont pour métier de se montrer sur la scène : c'est quand on les considère à l'œuvre , en tant qu'ils jouent , eu égard à la manière dont ils jouent , et par opposition aux spectateurs. Bon ou mauvais acteur; un acteur qui reçoit des applaudissements (J. J.) , accueilli et désiré du public (d'Al.) , que la critique épargne ou déchire (Dest.); comparer la déclamation de Y acteur avec celle de l'orateur (Marm.). « Dans nos théâtres modernes les acteurs paraissent sur la scène dans leurs proportions naturelles. » Marm. a II arrive à plusieurs acteurs, et principalement à des actrices , sur le théâtre , de verser effectivement des larmes. » Volt. Mais comédien est le seul mot propre , quand il n'est pas question du jeu ou de l'exercice de la profession. « La condition des comédiens était infâme chez les Romains , et honorable chez les Grecs. » Labr. «L'état de comédien est un état de licence et de mauvaises mœurs.» J. J. «L'Église condamne les comédiens, les lois civiles les ont toujours flétris. » Boss. « J'allai le trouver à l'hôtel des comédiens. » Les. — La fréquentation du théâtre peut amener , par son appareil et la parure des acteurs , le goût du luxe , qui peut être inspiré aussi par la fréquentation des comédiens (J. J.)-

Au figuré , acteur se dit de celui qui fait quelque chose , qui a une part active dans la conduite ou l'exécution d'une affaire, dans une partie de jeu ou de plaisir ; comédien , de celui qui a telle qualité , ou plutôt tel défaut essentiel aux comédiens , celui de feindre artificieusement des passions ou des sentiments qu'il n'a pas. — Au propre même , comédien est moins noble qu'acteur, qui n'exprime rien du personnage, sinon qu'il est sur la scène où il déploie son talent. « Faut-il mépriser tous les comédiens? Non; quand on se sent un vrai talent , qui peut résister à son attrait? Les grands acteurs portent avec eux leur excuse. » J. J. «On ne se douterait pas qu'un théâtre établi à Lausanne , des acteurs peut-être supérieurs aux comédiens de Paris, etc., m'ont empêché de vous écrire plus tôt. » Volt. Aussi le nom de comédiens ne se donne plus guère aujourd'hui à ceux qui jouent la tragédie.

ADHÉRENT, ATTACHÉ, ANNEXÉ. Ces mots se disent d'une chose qui tient et en tant qu'elle tient à une autre.

Adhérent, comme l'indique sa terminaison, est un véritable adjectif : ce qui est adhérent tient en vertu d'une propriété. Attaché et annexé sont des participes : ce qui est attaché ou annexé tient en vertu d'une modification reçue. Adhérent marque une union naturelle ; attaché et annexé , une union qui est l'effet d'une action , factice par conséquent, établie. Ce qui est adhérent adhère; ce qui est attaché ou annexé a été attaché ou annexé. Le caractère propre et distinctif d'adhérent saute aux yeux : c'est un terme de physique ,

significatif d'une qualité originelle ou essentielle. « La couleur est une qualité adhérente au corps. » Charr. ce Le capuchon des mousses est d'abord adhérent à l'urne , mais ensuite il se détache et tombe quand elle approche de la maturité. » J. J. « La matière est physiquement divisible, c'est-àdire ses parties solides adhérentes les unes aux autres sont séparables.» Volt, ce On voit dans ces mines des fleurs de soufre adhérentes à leurs parois. » Buff. ce Les deux paupières des petits chiens nouveau - nés ne sont pas simplement collées, mais adhérentes par une membrane.» Id. te Dans l'homme et dans les animaux , l'épiderme est partout adhérent à la peau; il n'en est pas de même dans l'éléphant. » Id.

Entre attaché et annexé la différence est aussi facile à apercevoir. Attaché figure partout dans la langue commune, et il s'applique à tout ce qui se trouve joint à une chose , quelle que soit la cause de cette liaison, et dans quelque vue qu'elle ait été produite, ce H n'y a pas de firmament auquel les étoiles soient attachées. » Volt. ce L'esprit ne sait comment il est attaché à un corps. » Fén. ce II y a des malheurs attachés à la condition humaine. » Volt, ce Le bonheur du monde était attaché au sacrifice de Titus. » D'Al. — Annexé , latin annexus , à'adnectere , est , au contraire, un terme de choix dont on se sert dans le langage de l'Eglise, du droit, du droit politique particulièrement, et dans celui de la pratique, pour désigner une liaison abstraite et non pas physique , liaison qui résulte d'une institution humaine et quelquefois divine, ce Les grâces annexées au sacrement du baptême.» Boss ce Quelles magnifiques promesses sont annexées à la sainte enfance des chrétiens! » In. ce Le sacerdoce et ce qui lui est annexé (les bénéfices). » Sourd, ce C'est à ce jeune seigneur et aux enfants qu'il aura de ma fille que je prétends laisser tous mes biens , et les annexer au titre de comte d'Olivarès , auquel je joindrai la grandesse. » Les. ce Hircân et Aristobule entrèrent en guerre pour le sacerdoce , auquel la royauté était annexée. » Boss. ce Genève fut annexée par héritage à l'empire germanique. » D'Al. ce Ces établissements sont dus à des Français ou du moins à des habitants d'un pays annexé depuis à la France. » Volt, ce Je priai le greffier de représenter à Mme Goëzman la copie de la lettre qui a été annexée au procès. » Bëaum. ce Cette lettre a été annexée à la présente délibération. » Id. ce L'acte conciliatoire entre les auteurs et les comédiens , tel qu'il a été annexé à la minute de l'arrêt du conseil.» Id.

ADJECTIF, ÉPITHÈTE. Mot ajouté au nom pour en modifier l'idée.

Adjectif et épithète ont le même sens radical , ce qui est ajouté à. Mais l'un est originairement latin, adjectivum (nomen), d'adjicere; l'autre, grec , £7rî8£Tov , d'sTuuÔevou , équivalent d'adjicere.

Adjectif est un terme de grammaire.

La grammaire du verbe et du nominatif,

Comme de Vadj ectif avec le substantif,

Nous enseigne les lois. Mol.

« Notre langue n'ose jamais procéder que suivant

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