DEUXIÈME PARTIE
son exprime proprement une qualité. V ambiguïté des mots (P. R.); la prétendue ambiguïté des règles de la loi divine (Mass.)- Équivoque , au contraire, désigne un fait, un trait particulier; c'est pourquoi ce mot se dit surtout bien au pluriel et sert à former un verbe, équivoquer. « Cette déclaration (des protestants) est pleine d'équivoques. » Boss. «- Prévenir les chicanes et les équivoques. » Id. « Cette méthode (de tout définir) suffit seule pour bannir toutes sortes de difficultés et d'équivoques. » Pasg. — « Calvin blâme Yambiguïté de la confession de foi des Bohémiens.... Mais on avait tout de Bucer par des équivoques. » Boss. — On dirait bien l'ambiguïté de cette équivoque est causée par telle chose; ce discours ou ce livre est plein d'ambiguïté et plein d'équivoques. « Si on suivait exactement la prononciation , cela apporterait beaucoup plus de commodité aux étrangers pour apprendre notre langue , que l'ambiguïté de quelques équivoques ne donnerait d'incommodité à eux ou à nous. » Desg. « Il n'y a point d'esprit dans Y équivoque.... Vambiguïté, en quoi consiste son caractère, est moins un ornement du discours qu'un défaut. » Bouh.
Ensuite, ambiguïté et ambigu sont plus généraux que le substantif et que l'adjectif équivoque. Équivoque vient d'œqua vox, parole égale, et ne se dit à la rigueur que des paroles et de l'expression. Mais ambiguïté et ambigu s'appliquent aussi à d'autres choses ; un songe ambigu (Boss.) ; un gouvernement ambigu (Montesq.), c'est-àdire en partie aristocratique et en partie monarchique; des espèces ambiguës, des productions irrégulières, des êtres anomaux (Buff.). «L'ambiguïté de position dans le bec de cet oiseau (le bec-croisé) est encore accompagnée d'un autre défaut. » Id. « La robe du doue (espèce de singe) , variée de toutes couleurs , semble indiquer Y ambiguïté de sa nature. » Id. — « Lorsque les preuves sont équivoques , les titres ambigus , les indices douteux, le genre judiciaire est susceptible d'éloquence. » Marm. «En attaquant l'équivoque, je n'ai pas pris ce mot dans toute l'étroite rigueur de sa signification grammaticale , le mot d'équivoque en ce sens- là ne voulant dire qu'une ambiguïté de paroles; mais je l'ai pris comme le prend ordinairement le commun des hommes, pour toutes sortes d'ambiguïtés de sens , de pensées et d'expressions. » Boil.
Une troisième différence , et la plus considérable , consiste en ce qu'on peut donner à ce qui est ambigu toutes sortes de sens, au lieu que l'équivoque n'en admet que deux. A l'égard des choses ambiguës , on est dans l'ignorance , on ne sait que penser ; à l'égard des choses équivoques, on ne sait si c'est le sens qui se présente d'abord . ou bien si c'en est un autre qui est le véritable , on court risque de se méprendre. Par cela seul que des lois ont besoin de commentaires, elles sont ambiguës; des lois ne sont équivoques que quand elles offrent deux sens entre lesquels elles ne décident pas. Il faut éclaircir ou expliquer ce qui est ambigu , comme ce qui est obscur , énigmatique, mystérieux; il faut définir, marquer avec précision ce qui est équivoque. Une bonne exposition ne contient point d'ambiguïté; un bon
raisonnement ne souffre point d'équivoque. Parler sans ambiguïté, c'est parler nettement (Boss., Sév.), sans voile, sans ambages (latin ambages, d'où ambiguus et ambigu); parler sans équivoque, c'est parler distinctement (Mal., Dest.), tenir un discours qui ne soit pas égal , qui ne signifie pas également une chose et une autre. Il n'y a rien de clair dans ce qui est ambigu ; il y a un sens très-clair dans ce qui est équivoque , mais ce sens peut être trompeur.
Vous y serez , ma fille, dit Agamemnon à Iphigénie , en lui parlant du sacrifice qui se prépare. Parole équivoque , et non pas ambiguë , puisqu'elle présente tout d'abord un sens facile à saisir. — Ordinairement , on est plutôt ambigu , malgré soi , ou par négligence , et équivoque, parce qu'on le veut bien. «Que peut-on croire d'un livre dont l'auteur , après y avoir promis une entière précision , et un éloignement de toute équivoque , n'en a pu venir à bout et le remplit d'ambiguïtés? » Boss. «Ces réponses obscures ou équivoques des oracles , sous le voile desquelles les esprits de ténèbres cachaient leur ignorance , et par une ambiguïté étudiée se ménageaient une issue , quel que dût être l'événement. » Roll. Cependant il se peut qu'on recherche aussi volontairement Y ambiguïté; mais c'est pour esquiver , pour sortir d'embarras , en s'enveloppant, en ne disant rien, au lieu qu'on n'est équivoque que pour faire prendre le change , ou tromper en mettant en avant un sens très-clair qui n'est pas celui qu'on a dans l'esprit.
Sous un certain rapport, ambiguïté enchérit sur équivoque. On se fait au moins une idée de ce qui est équivoque, seulement cette idée peut être fausse; ou bien on s'en fait deux idées entre lesquelles on ne saurait choisir. On ne se fait aucune idée de ce qui est ambigu, a II y a de l'ambiguïté, lorsque le double- sens qui résulte de l'équivoque ou de l'amphibologie rend le discours fort obscur.» Cond. «Abuser de l'ambiguïté des mots.... Nous ne restreignons pas le mot d'ambiguïté aux seuls mots qui sont grossièrement équivoques, ce qui ne trompe presque jamais : mais nous comprenons par là tout ce qui peut faire changer de sens un mot , surtout lorsque les hommes no s'aperçoivent pas aisément de ce changement, parce que , diverses choses étant signifiées par le même son , ils les prennent pour la même chose... J'apporterai quelques exemples de cette ambiguïté qui trompe quelquefois d'habiles gens.» P. R. Le cochon a des caractères équivoques , des caractères ambigus , dont les uns sont apparents et les autres obscurs.... Il est en tout d'une nature équivoque, ambiguë (Buff.). « Réponses équivoques et ambiguës que les grands seuls savent si bien faire pour se dispenser d'accorder ce qu'ils ne peuvent refuser sans se déshonorer. » Vert.
Le double-sens ressemble beaucoup à l'équivoque, et diffère comme elle de Vambiguïté. Double-sens et équivoque désignent le même défaut , une sorte d'ambiguïté, celle des écrits ou des discours qui laissent ou font balancer l'esprit entre deux sens ou deux idées seulement. « Il règne par tout le livre des Maximes des saints un double-sens , une équivoque perpétuelle qui fait
SYNONYMES A RADICAUX DIVERS
flotter l'esprit entre deux écueils , entre deux hérésies. » Boss. « Dans la première lettre vous trouverez que M. de Cambrai reconnaît un double-sens dans son livre , qui , dit-il , est tellement soutenable l'un et l'autre , qu'à Rome même on s'est partagé là-dessus. C'est convenir clairement que l'équivoque règne dans tout l'ouvrage. » Id. a Lorsque par le sens le rapport est bien décidé , il n'y a plus d'équivoque , et c'est une critique minutieuse et de mauvaise foi. que de trouver un double-sens dans une phrase aussi nette que celle-ci : Scipion doit.... » Marm.
Mais si l'équivoque est le plus souvent volontaire , le double-sens l'est toujours ; c'est toujours un subterfuge auquel on a recours pour ne pas se compromettre , pour faire entendre une chose pendant qu'on en a une autre dans l'esprit. Les prêtres du paganisme usaient de double-sens quand ils faisaient prononcer aux oracles des réponses à double entente , qu'on pouvait suivant les circonstances interpréter dans un sens ou dans l'autre :
Aio te, JEacida , Romanos vincere posse.
Ce fut loi (l'Équivoque), qui partout fis parler les
oracles :
C'est par ton double-sens dans leur discours jeté Qu'ils surent, en mentant, dire la vérité, Et., sans crainte rendant leurs réponses normandes, Des peuples et des rois engloutir les offrandes. Boil. Tout oracle est douteux, et porte un double-sens. Laf.
D'autre part , double-sens est un mot tout français : on s'en sert pour exprimer des jeux d'esprit, des plaisanteries, des allusions, des tours d'adresse , quelque chose de fin , de spirituel ou d'enjoué. Le lendemain du jour où le Tartufe avait été joué pour la première fois , on allait le rejouer , et l'assemblée était très-nombreuse. Mais il arriva un ordre du premier président du parlement portant défense de jouer la pièce. Molière s'avançant alors vers les spectateurs , leur dit : ce Messieurs , nous allions vous donner le Tartufe , mais Monsieur le premier président ne veut pas qu'on le joue. » Voilà un doublesens. Mais Y équivoque est moins innocente; elle est ordinairement méchante , basse , odieuse ou obscène. Pascal reproche aux jésuites de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes de leurs adversaires par les malicieuses subtilités de leurs nouvelles équivoques; et Bossuet trouve que Molière a rempli tous les théâtres des équivoques les plus grossières. Des mots à double-sens n'ont pas la gravité des mots équivoques. ce Saint Jérôme obligeait la sainte vierge Eustochium à s'interdire certaines libertés dont on ne se fait point communément de scrupule : les rendez-vous dérobés, les visites fréquentes , les mots couverts et à double-sens , les lettres enjouées et mystérieuses , les démonstrations de tendresse et les privautés d'une amitié naissante. » Bourd.
Amphibologie venant du 'grec est un terme technique , un terme de grammaire , employé dans l'école seulement et presque inusité dans le langage commun , où il aurait une teinte pédantesque. «Voici un passage où vous trouverez à la fois amphibologie et solécisme. » Volt, Dans ses
sïn. franc.
commentaires sur Corneille . Voltaire , entre autres fautes de langage , reproche souvent à notre grand tragique des amphibologies. Laharpe s'en sert assez souvent aussi dans son Cours de littérature. Il y dit, par exemple : «Tel est, dans ces sortes de phrases , l'inconvénient de la particule de , que souvent elle est susceptible par ellemême du sens actif et passif, et que , pour éviter l'amphibologie , il faut avoir soin de déterminer l'un ou l'autre. » De son côté , d'Alembert appelle l'amphibologie une équivoque grammaticale, ce H n'y a point d'écrivain qui ne se soit permis quelquefois ces légères amphibologies que la nature de la langue française rend presque inévitables. J'aurais pu traduire pour éviter cette équivoque grammaticale: il rappela.... »
ÂME FAIBLE, COEUR FAIBLE, ESPRIT FAIBLE. Ces trois expressions marquent différentes sortes de faiblesse.
Vâme faible est sans ressort , sans vigueur, sans empire sur elle-même, et, relativement aux autres, susceptible de toutes les impressions, facile a ébranler , à entraîner.
Le cœur faible, suivant les deux acceptions figurées du mot cœur, est trop tendre , ou bien pusillanime , sans force dans le péril contre les difficultés et les obstacles.
L'esprit faible n'a pas la force de discuter ce qu'on lui propose à croire , embrasse les opinions sans examen.
La mollesse de la volonté fait l'âme faible; l'excès de sensibilité ou la lâcheté , le cœur faible; la crédulité, l'esprit faible.
Les âmes faibles se laissent trop aisément mener ou gouverner; les cœurs faibles, trop aisément toucher ou décourager; les esprits faibles trop aisément persuader.
Les hommes absolus voudraient bien avoir toujours affaire à des âmes faibles; les séducteurs et les poltrons à des cœurs faibles; les imposteurs à des esprits faibles.
« Des âmes faibles et susceptibles de toutes les impressions. » Bourd. ce Des âmes serviles et mercenaires (celles des domestiques) , des âmes faibles et sans éducation , faciles à tourner au mal.» Id. ce Des âmes faibles , toujours prêtes à recevoir les impressions d'une fureur étrangère.» Volt. — ce Lâches chrétiens, qui, par une faiblesse de cœur, par une crainte servile , lorsqu'ils devraient exercer leur zèle .pour Dieu, abandonnent indignement ses intérêts. » Bourd. ce Le courage manque, les vains prétextes viennent flatter un cœur faible et ébranlé. » Fén. — ce Saint Paul croyait, et ce n'était pas un esprit faible. » Bourd, ce Ils disent que tous ceux qui rejettent cette doctrine sont des ignorants et des esprits faibles. » Fén. ce Tant que Tertullien défendit la vérité , il montra du génie : dès qu'il écrivit pour l'erreur on ne vit plus en lui qu'un esprit faible , faux et crédule. » Cond.
AMOUR, — GALANTERIE, COQUETTERIE. Dans le sens de chacun de ces mots se trouve contenue l'idée du goût ou de l'attrait d'un sexe pour l'autre.
Mais d'abord Yamour est une affaire de sentiment , au lieu que le cœur n'est pour rien dans
la galanterie et la coquetterie. «Ce qui se trouve le moins dans la galanterie, c'est Y amour.-» Laroch. « Les femmes croient souvent aimer , encore qu'elles n'aiment pas... Elles se persuadent qu'elles ont de la passion, lorsqu'elles n'ont que de la coquetterie. » Id.
V amour est sérieux : il attache fortement , et suppose dans l'âme une impression profonde. La galanterie et la coquetterie sont enjouées et badines : on les regarde d'ordinaire comme des gentillesses (Boss.) ou des amusements. Tibulle soupire Y amour ; Ovide tient les propos de la galanterie et de la coquetterie. V amour vous dépeint ses tourments ; la galanterie et la coquetterie vous content des fleurettes. La tragédie admet
Y amour ; mais elle exclut la galanterie et la coquetterie comme indignes de ses personnages. On a reproché'à Racine d'avoir substitué dans ses pièces le langage de la galanterie, et quelquefois même de la coquetterie , à celui de
Y amour (Volt.). « Notre théâtre fut accusé d'être une école continuelle d'une galanterie et d'une coquetterie qui n'a rien de tragique.... Corneille a mis de petites coquetteries ridicules dans la bouche de Cléopâtre.... L'origine de cette langueur , de cette faiblesse monotone venait de ce petit esprit de galanterie , si cher alors aux courtisans et aux femmes. » Id. « Si l'on y prend garde , Y amour , dans beaucoup d'ouvrages dont la terreur et la pitié devraient être Fâme , est traité comme il doit l'être en effet dans le genre comique. La galanterie , les déclarations d'amour, la coquetterie, la naïveté, la familiarité, tout cela ne se trouve que trop chez nos héros et nos héroïnes de Rome et de la Grèce. » Id.
L'amour livre notre cœur sans réserve à une seule personne qui le remplit tout entier et le rend indiffèrent à toutes les autres beautés de l'univers. La galanterie et la coquetterie voltigent sans cesse , et jamais elles ne se fixent tellement sur un objet, qu'elles ne prennent aucun goût aux autres.
Enfin , Yamour est souvent le frein du vice et s'allie d'ordinaire avec les vertus. La galanterie et la coquettrie sont des vices , des désordres; car elles tendent à leur propre satisfaction par le mensonge, ce C'est de leurs vices (des femmes) et des nôtres , de la politesse des hommes et de la coquetterie des femmes , qu'est née cette galanterie des deux sexes qui les corrompt tour à tour. » Riv.
Galanterie , coquetterie.
La galanterie est un perpétuel mensonge de Yamour (Montesq.) : elle feint d'aimer une personne pour obtenir ou pour conserver ses faveurs. La coquetterie est un autre mensonge de l'amour : elle cherche à plaire, laissant espérer un bonheur qu'elle n'a pas dessein d'accorder. La galanterie a son fondement dans la sensualité ou dans un vice de complexion; la coquetterie a pour principe la vanité.
Une femme galante veut qu'on l'aime; il suffit à une coquette d'être trouvée aimable et de passer pour belle. La première va successivement d'un engagement à un autre ; la seconde , sans vouloir s'engager } et cherchant sans cesse à vous séduire ,
à vous asservir, a plusieurs amusements à la fois. La galanterie est voluptueuse : elle veut du plaisir , et parfois elle dégénère en libertinage ou en débauche. « Reprocher à une 'femme un commerce de galanterie. » Bourd. « Il faut de grandes villes , il faut de la galanterie et même de la débauche. » J. J. « Dans le palais de Caligula , il y avait beaucoup de galanterie et de rendez- vous. » Volt. Une entremetteuse est définie par Lesage : « une messagère de galanterie.» — La coquettem est cruellement égoïste : pourvu que- la coquette ait des adorateurs , que lui importent les déceptions qu'elle cause ? ce Une coquette excelle dans l'art d'amuser plusieurs soupirants. »J.J.cc Une femme coquette ne se rend point sur la passion de plaire et sur l'opinion qu'elle a de sa beauté. » Labr. «Les femmes voudront plaire au roi et aux ministres : leur coquetterie remplira la cour d'intrigues. » Cond. ce Une coquette était venue à Gnide : elle marchait entourée de tous les jeunes Gnidiens ; elle souriait à l'un , parlait à l'oreille à l'autre , soutenait son bras sur un troisième , criait à deux autres de la suivre. » Montesq. ce Une coquette est un tyran qui veut tout asservir pour le seul plaisir d'avoir des esclaves. D'elle-même idolâtre , tout le reste ne lui est rien : son orgueil se fait un jeu de notre faiblesse, et un triomphe de nos tourments. Ses regards mentent, sa bouche trompe , ses charmes sont autant de poisons. »
M ARM
Ainsi , la galanterie est plus avilissante , et la coquetterie plus odieuse.
1° AMOUR, TENDRESSE, INCLINATION; — 2° AMITIÉ , AFFECTION , ATTACHEMENT. Dispositions ou mouvements de l'âme vers les personnes ou les choses qui lui plaisent.
L'amour, la tendresse et Yinclination dépendent davantage de la, sensibilité, ils sont plus spontanés, plus involontaires, ils naissent et meurent sans raison, d'une manière brusque et capricieuse. L'amitié, Y affection et Y attachement tiennent moins au tempérament, à la constitution : ils supposent la réflexion , l'estime , la préférence ; ils naissent et croissent peu à peu , et comme il est en notre pouvoir de vouer à quelqu'un, non pas de Yamour, de la tendresse ou de Yinclination, choses dont la nature seule décide, mais de Y amitié , de Y affection ou de Y attachement , il est aussi en notre pouvoir de les lui retirer, ce L'amour naît brusquement , sans autre réflexion, par tempérament ou par faiblesse; Y amitié , au contraire , se forme peu à peu , avec le temps, par la pratique, par un long commerce. » Labr. «Dans Y amitié , c'est l'esprit qui est Forgane du sentiment ; dans Yamour, ce sont les sens. » Vauv. ce Les années du prince s'arancent, et la tendresee du roi se change en amitié: ce fils si cher devient un ami fidèle. Monseigneur est associé aux secrets du gouvernement....» Mass. « Jamais ministre n'a été si avant que Chamillart, non dans l'esprit du roi par l'estime de sa capacité , mais dans son cœur par un goût qu'il avait pris pour lui.... Mme de Maintenon n'avait pas moins de tendresse pour lui , car c'est de ce nom que cette affection se doit appeler. » S. S.
1° Amour \ tendresse , inclination.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
L'amour a d'abord un caractère de très-grande généralité. Il se dit de toutes les choses qu'on aime, vers lesquelles on se sent porté. Il y a l'amour du vin , des fruits , des richesses , du jeu , de la gloire , de la patrie , de la nouveauté , de la faveur, de la liberté, du repos; il y a Y amour paternel, filial, conjugal, Y amour de Dieu, l'amour du bien, etc. Mais, soit qu'on le considère par rapport à des personnes ou à des choses , ou même qu'on le restreigne à exprimer ce qu'un sexe éprouve pour l'autre, le mot sera toujours facile à distinguer de ses synonymes à l'ardeur, à la véhémence qu'il implique : Vamour est toujours une passion; la tendresse et Y inclination sont plutôt des sentiments.
La tendresse est quelque chose de doux , de féminin, de flatteur, de gracieux, mais de peu héroïque; elle se rencontre rarement avec le courage. Elle est sans force; elle ne sait qu'aimer, elle fait qu'on se donne , qu'on se livre tout entier à celui qui en est l'objet, qu'on s'absorbe en lui. Elle consiste toujours en une douce et inactive émotion; la joie, les larmes en sont des suites assez fréquentes : verser des larmes de tendresse (J. J.). La tendresse d'un père et d'une mère les rend faibles à l'égard de leur enfant, leur fait fermer les yeux sur ses défauts. « L'égalité du collège est une invention extrêmement bonne pour ôter aux jeunes gens la tendresse et les autres défauts qu'ils peuvent avoir acquis par la coutume d'être chéris dans les maisons de leurs parents.» Desg.
Cessez , lâches tendresses ,
De jeter dans mon cœur vos indignes faiblesses.
Corn.
a Mes entrailles paternelles s'émeuvent de tendresse à chacun de vos succès. » Volt. « La musique peut faire sentir à l'âme la douceur, la pitié , la tendresse , le doux plaisir. » Montesq.
L'inclination est un commencement d'amour ou de tendresse , quelque chose de vague et d'indéterminé ; aussi ne dit-on pas donner des témoignages d'inclination , comme on dit en donner d'amour ou de tendresse. Entre l'amour et l'inclination il y a , sous le rapport de- la force , une opposition manifeste. «Je ne comprends pas qu'on puisse se marier sans amour, et sans amour violent; et, bien loin d'avoir eu de la passion, je n'ai même jamais eu d'inclination pour personne ; si je ne suis point mariée, c'est parce que je n'ai rien aimé. » Delaf. « Il ne faut pas s'étonner si quelquefois nous sentons pour les autres au premier abord de l'éloignement ou de l'inclination. » Gond.
2° Amitié , affection , attachement.
Il en est de l'amitié à l'égard de l'affection et de l'attachement comme de l'amour à l'égard de la tendresse et de l'inclination ; elle est plus vive et portée à un plus haut point. En outre, elle suppose d'ordinaire réciprocité. De là vient qu'elle ne saurait avoir que des personnes pour objet, et de là vient aussi qu'elle entraîne des devoirs , un échange mutuel de soins et de bons offices pour les personnes qui en contractent les liens. Elle doit sa naissance à une certaine conformité d'idées , de mœurs , de caractère ; c'est pourquoi
elle se trouve rarement entre gens à qui la diversité de leurs états et de leurs rangs ne permet d'avoir ni les mêmes pensées ni les mêmes goûts. C'est donc une communication intime et accompagnée de bienveillance entre deux êtres qui s'apprécient mutuellement, qui se complètent l'un par l'autre, qui ont confiance l'un en l'autre, et qui peuvent se traiter d'égal à égal.
L'affection naît d'une manière douce et tranquille , et comporte tous les degrés inférieurs de l'amitié. Elle se distingue par sa modération. « Lorsqu'on estime l'objet de son amour moins que soi, on n'a pour lui qu'une simple affection; lorsqu'on l'estime à l'égal de soi , cela se nomme amitié.... On peut avoir de Y affection pour une fleur, pour un oiseau, pour un cheval; mais on ne peut avoir de Y amitié que pour des hommes.» Desc. L'affection nous fait sympathiser avec les personnes que nous fréquentons ; elle nous porte à avoir pour elles de la bonté et de l'indulgence, et nous en rend la société agréable. C'est de tous les sentiments bienveillants et sociaux le plus général , celui qui sert à les représenter tous. On ne dit point nos amours sociales , comme on dit nos affections sociales, ce Toutes les relations de l'homme avec son espèce , toutes les affections de son âme naissent avec l'amour. » J. J. L'affection considérée généralement , et d'homme à homme , est le contraire de la haine; aussi oppose-t-on les passions affectueuses aux passions haineuses, ce Voilà comment les passions douces et affectueuses naissent de l'amour de soi, et comment les passions haineuses et irascibles naissent de l'amour-propre. » J. J.
ce II me semble , dit Condillac , que attachement ne signifie plus grand'chose ; c'est un mot dont on se sert quand on ne sent rien pour quelqu'un , qu'on ne sait trop dire ce qu'on sent et qu'on ne veut pas s'engager à prendre beaucoup d'intérêt à ce qui le regarde. Cela peut venir de l'abus qu'on en fait au bas des lettres.» Quoique cet arrêt soit d'une sévérité excessive, toujours est-il que l'attachement est un sentiment bien plus faible que l'amitié , et même que l'affection : il touche moins au cœur, il consiste presque uniquement à tenir d'une manière quelconque aux personnes ou aux choses, à n'y être point indifférent. « L'attachement ou l'indifférence que les philosophes avaient pour la vie n'était qu'un goût de leur amourpropre. » Laroch. a L'éléphant est susceptible d'aitache, d'affection, de reconnaissance.» Roll. ce Dans le zèle qui vous fait occuper de lui sans cesse , votre élève ne voit plus l'attachement d'un esclave , mais l'affection d'un ami. » J. J. — Parce que l'attachement est un sentiment peu prononcé ou peu profond , il a plutôt des choses pour objet; au lieu que , par la raison contraire , c'est à des personnes que se rapportent le plus souvent l'affection et toujours l'amitié, ce La reine d'Espagne faisait tout espérer de son attachement naturel au saint-siége et de son affection pour la personne du pape. » S. S.
ANALOGIE , RESSEMBLANCE , SIMILITUDE , CONFORMITÉ. Ces mots expriment entre les choses un grand rapport, des traits communs, des qualités identiques, qui les empêchent de