S'APPROPRIER, S'ARROGER, S'ATTRIBUER
S'APPLIQUER. Se donner une chose de son chef, s'en gratifier , ou seulement y prétendre.
On s'approprie quelque chose dont on fait sa propriété, quelque chose d'utile ou d'agréable dont on prend jouissance, un champ, un meuble, de l'argent, le bien d'autrui , des dépouilles. « On s'approprie toujours par la convoitise ce qui con-
vient â notre bonheur. » J. J. « Un pauvre avait trouvé deux cents pièces d'or , et cette somme , en se l'appropriant, pouvait lui tenir lieu d'une ample fortune, j> Bourd. « Flaccus était d'une avarice insatiable qui allait jusqu'à s'approprier, autant qu'il lui était possible , tout le butin. »
ROLL
On s'arroge, non pas un objet, mais quelque chose d'abstrait ou d'idéal, un droit (Bourd., Volt.), une autorité (Bourd., Cond.) , un titre (Volt.), quelque chose dont on fait sa prérogative. En latin , rogare était un terme de jurisprudence, ainsi que la plupart de ses dérivés. D'ordinaire , on blesse des intérêts en s' appropriant , et la justice en s arrogeant. S'approprier , c'est à peu près voler. « Si un homme a volé adroitement trois ou quatre cent mille pièces d'or , nous le respectons ; mais si une pauvre servante s'approprie maladroitement trois ou quatre pièces de cuivre , nous ne manquons pas de la tuer en place publique. » Volt. S'arroger, c'est à peu près usurper. « Au temps de saint Louis, les évêques de France s'arrogeaient la même autorité dans leurs diocèses que les papes usurpaient sur toute la chrétienté. » Cond. — « Pépin ne pouvait s'approprier ni donner à d'autres la province de Ravenne.... Aucun pape jusqu'alors ne s'était arroge le droit de donner une ville , un village , un château. » Volt.
S'attribuer , c'est s'adjuger , se donner en partage. Ce mot a cela de particulier, qu'il est relatif : il suppose des rivaux ou des contendants ; au lieu qu'on peut s'approprier et s'arroger des choses non disputées. Des rois se sont arrogé le droit d'altérer les monnaies; « redit par lequel Louis le Hutin s'était attribué à lui seul le droit de battre monnaie trouva beaucoup de résistance parmi les barons. » Cond. On s'attribue exclusivement. « Au moyen âge , chaque -évêque finit par s'attribuer toutes les affaires de son diocèse à l'exclusion des autres seigneurs. » Cond. On s'attribue la victoire (Acad.) ou la supériorité (Boss. , d'Al.). «Il paraît que les deux partis s'attribuèrent la victoire. » Roll. Sept villes se sont attribué l'honneur d'avoir donné naissance à Homère. Plusieurs villes d'Allemagne s'attribuent l'invention de l'imprimerie. Le lion de Lafontaine s'attribue l'une après l'autre les quatre parts du cerf pris dans les lacs de la chèvre.
S'appliquer, se faire l'application , c'est s'approprier ou s'attribuer une chose susceptible d'une fin, d'une destination. Nous nous appliquons un dépôt (Volt.) en l'empêchant d'aller à son but, en le tournant ou en l'affectant à notre propre usage , comme nous nous appliquons un discours en nous en faisant l'objet. « Les états de Suède ordonnèrent que les évêques ne s'appliqueraient plus les amendes ni les confiscations , qui étaient des droits de la couronne. » Vert. '
1° APPROUVER, GOÛTER, APPLAUDIR; — 2° CONSENTIR, ACQUIESCER, SOUSCRIRE, AC- CÉDER , — ADHÉRER , TOMBER D'ACCORD , — ENTENDRE À, DONNER LES MAINS , — PERMET- TRE , AUTORISER. Être pour quelqu'un ou pour quelque chose se décider ou se déclarer en sa faveur.
Approuver, goûter et applaudir forment une classe à part : ils marquent simplement l'estime et signifient trouver bon ; consentir et les autres expriment un concours de volonté et signifient vouloir bien. D'ordinaire on consent, parce qu'on approuve :
Vous pensez qu'approuvant vos desseins odieux,
Je vous laisse immoler votre fille à mes yeux?
Que ma foi, mon amour, mon honneur y consente? (Achille à Agamemnon.) Rac.
Mais on peut consentir sans approuver , par faiblesse ou affection ; c'est ainsi que Chrysale , dans les Femmes savantes , consent au renvoi de Martine :
Vous êtes satisfaite, et la voilà partie;
Mais je n'approuve point une telle sortie. Il arrive quelquefois que c'est par raison d'État qu'on consent à ce qu'on n' approuve pas :
Il approuve un hymen devenu nécessaire ;
Il y consent du moins : la première des lois ,
L'intérêt de l'État lui parle à haute voix. Volt. On peut , d'autre part, approuver, et néanmoins ne pas consentir ; on peut approuver, par exemple , un mariage qu'on juge convenable , et s'y opposer pourtant par haine ou par caprice. D'ailleurs, approuver se dit souvent , non pas relativement à une action à faire , mais relativement à une action faite ' , ou en matières purement théoriques.
1° Approuver, goûter, applaudir. Trouver bon.
Approuver a le sens le plus étendu en comparaison, non-seulement de goûter et- d'applaudir, mais aussi de tous les autres mots de cette famille , à la tête de laquelle il figure justement. Il est opposé à blâmer. Il désigne le résultat d'une appréciation sérieuse et réfléchie; c'est la raison qui approuve.
C'est de mon jugement avoir mauvaise estime ,
Que douter si ^'approuve un choix si légitime. Mol.
D'un salon qu'on élève il condamne la face ,
Approuve l'escalier tourné d'autre façon. Boil.
a On ne peut pas dire que ceux qui se servent de ces auteurs tels que Nostradamus, les approuvent, ou qu'ils aient pour eux une estime véritable. » Labr.
Mais ce qui goûte , c'est le goût , principe de discernement instinctif , variable et capricieux comme la sensibilité à laquelle il se rapporte. Nous ne pouvons nous empêcher de louer ce que nous approuvons ; ce que nous goûtons nous plaît. L'homme de l'art, qui juge selon les règles, approuve ; le simple amateur , qui juge suivant l'impression, goûte. Au reste, goûter se dit plus particulièrement en matières de goût, dans des matières où il s'agit d'estimer des qualités esthétiques , c'est-à-dire susceptibles d'être senties. a Pour goûter les vers ou la musique , il faut avoir l'esprit tranquille et du loisir. » Volt. « Ce qui fait qu'on goûte médiocrement les philosophes , est qu'ils ne nous parlent pas assez des choses que nous savons. » Vauv. « Je ne puis goûter les chœurs dans les tragédies. » Fén.
\. Il y a néanmoins des verbes spécialement et uniquement destinés à indiquer l'approbation de ce qui a été fait ou dit : ce sont confirmer, ratifier et sanctionner.
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