‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 396 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

a Les nations qui vivent sous un ciel tempéré goûtent moins que les peuples des pays chauds les métaphores dures et hardies. » Id. « La reine de Navarre avait goûté son esprit (de Montlue), poli naturellement et cultivé par les belleslettres. » Bo:s.

Applaudir est une manière à.' approuver dé- j monstrative , qui se témoigne par des battements de mains , des cris ou de toute autre façon . comme il arrive dans les assemblées ; aussi est-ce surtout en parlant d'une réunion d'hommes que ce mot s'emploie, quand même leur approbation ne s'exprime pas , n'éclate pas au dehors, a Toute l'assemblée des dieux applaudit aux paroles de Jupiter.» Fén. k Tout le synode de l'isle de France applaudit à ce beau projet. » Boss. « L'Académie ayant entendu avec admiration, le présent traité , elle a applaudi à tous ses articles. » Volt. — Applaudir est également propre à peindre V approbation empressée et tout extérieure des flatteurs et des courtisans. * Sire , n'avez-vous pas mieux aimé vous servir de certains hommes qui vous flattent , qui applaudissent à toutes vos fantaisies? y Fén. « Surrey ne cessait d'applaudir aux dissipations de Eenri VIII. » Gond. « Pour gagner les hommes , il faut applaudir à ce qu'ils font, v Mol. ce La crainte me réduit d'applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste. » (Sganarelle, valet de don Juan.) Mol. a Quand un homme est en faveur, toute la cour lui applaudit. » ACAD.

2° Consentir, acquiescer, souscrire, accéder, — adhérer, tomber d'accord, — entendre à, donner les mains , — permettre, autoriser. Vouloir bien.

Consentir est le terme général, celui qui exprime l'action de la manière la plus simple et partant la plus faible. On peut consentir sans plaisir , malgré soi , se bornant à ne pas empêctrer, parce qu'on n'en a pas le pouvoir.

Au sort qui m'entraînait il fallut consentir. Rac. « Quel juif ! mais j'ai besoin d'argent, et il faut bien que je consente à tout. » Mol. ce Quoique ce changement déplût fort au peuple , il y consentit à la fin , dans l'espérance de rétablir un jour la démocratie. » Roll. Le consentement est quelquefois forcé , arraché, extorqué. ♦

On acquiesce, au contraire, volontiers, avec un plein abandon, avec une sorte de soumission et de facilité toute spontanée. Celui qui consent peut être un homme vaincu et pressé par la nécessité , qui ne cède pas de bon cœur et sans protestation , ou bien qui obéit à des considérations supérieures d'intérêt. Celui qui acquiesce est un homme doux , pacifique, qui plie aisément à ce que veulent les autres , incapable de résistance , qui se laisse aller de lui-même à un consentement sans réserve. a Toute la vie de Marie a été une conformité continuelle aux ordres du ciel, un acquiescement universel aux vues et aux desseins de Dieu sur elle. » Mass. ce Ce n'est pas à moi à entendre cette parole. V acquiesce, ô mon Sauveur, et je ne recherche ce mystère que pour y trouver quelque instruction, s'il vous plaît de me la donner. » Boss. ce Henri VIII voulait que sa façon de penser en religion fût la règle de la nation.... Les parlements acquiesçaient aveuglément à cette doctrine

changeante. » Gond. « C'est donc la volonté seule qui juge en acquiesçant à ce que l'entendement lui représente , et en s'y reposant volontairement. » Mal. ce Je n'oublierai pas votre demande ni le plaisir que j'aurai d'y acquiescer. j> J. J.

Souscrire , écrire son nom au bas d'un acte pour l'approuver , indique un consentement donné à quelque chose d'exprimé soit par écrit soit de vive voix. On consent 1 on acquiesce à un vœu, à un désir , à un sentiment ; on souscrit à un livre (Pasc.) , à ce qui y est contenu (Buff. , Mal.) , à un arrêt (Bourd. , Fén.), à un décret (Volt.), à des décisions (Boss.) , à une confession de foi (Id.) , à des conditions (J. J.). « Je voudrais voir le livre italien , Délia opinione, regina del mondo, j'y souscris sans le connaître, sauf le mal, s'il y en a. » Pasc. « Je souscris aux savantes etymologies de cet auteur. » Mal.

On ne peut trop louer trois sortes de personnes :•

Les dieux, sa maîtresse, et son roi.

Malherbe le disait : j'y souscris , quant à moi. Laf. Un jour, il m'en souvient, le sénat équitable Vous pressait (Néron) de souscrire à la mort d'un coupable. Rac.

Fn consentant et en acquiesçant , on veut avec un autre, au lieu de s'opposer à lui-, en souscrivant, on prononce, on s'exprime, on témoigne avec un autre , au lieu de le contredire , de s'inscrire en faux ou de mettre son veto. On consent et on acquiesce à toutes sortes de volontés , même à des volontés secrètes : on ne souscrit qu'à des volontés manifestées , à des demandes ou à des ordres. Consentir et acquiescer à un mariage, c'est vouloir avec d'autres qu'il ait lieu; y souscrire (Mol.), c'est le vouloir tel qu'il est présenté, avec les clauses énoncées , ou qu'on se propose d'énoncer dans l'acte.

Accéder, latin accedere , dont le sens primitif est s'approcher, s'ajouter, est un terme spécial de diplomatie, qui veut dire entrer accessoirement dans des engagements contractés déjà par d'autres , ou même simplement consentir aux dispositions d'un souverain, ce L'empereur d'Allemagne , Ferdinand II , déclare électeur palatin Maximilien, duc de Bavière. Les princes catholiques accédèrent tous à sa volonté. » Volt, ce Le pape donna les biens des Templiers aux hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem et le roi accède à cette donation. » In. ce Le traité fut conclu entre les Romains et les Ëtoliens. On y ajouta une clause par laquelle il était libre aux Ëléens, à Attale, etc., d'accéder au traité.» Roll. — Nos meilleurs écrivains ne se servent pas de ce mot quand il est question de négociations entre particuliers.

Adhérer, être adhérent, du latin adhœrere, s'attaoher, a un sens doctrinal , ainsi que tomber d'accord, ce Ils ont plus de rapport à ce qui se pense; les autres en ont davantage à ce qui se fait. » Cond.

Mais on adhère en consentant à une opinion d'une manière soudaine , et en l'embrassant d'une manièTe ferme. « Croire (dans le langage de 4a foi) , c'est adhérer à ce qu'on ne voit pas. » Bouud. « Tout ce que la loi de J. C. me

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

propose de dogmes à croire sont autant d'articles de foi auxquels je suis indispensablement obligé d'adhérer. » Id. « Fénelon dit qu'il adhérait de tout son cœur à la condamnation de son livre des Maximes des Saints. » S. S.

On tombe d'accord en consentant à une opinion qu'on a d'abord combattue , puis adoptée . mais à laquelle on ne tient pas beaucoup. « J'ai souvent des contestations sur votre sujet avec les jésuites. Ils tombent sans peine d'uccord de la grandeur de votre génie. » Lettre de Boileau à Antoine Arnault. « Quand elle eut fini de parler , Calliopée tomba d'accord de ce dernier point. » Laf.

On est le partisan zélé et quelquefois fanatique de ce à quoi on adhère ; aussi ce mot se prend-il volontiers en mauvaise part , comme celui d'adhérent. Adhérer aux erreurs de ses amis (Mass.) , à la doctrine de l'impiété (Id ), aux sectes et aux hérésies (Bourd.), à la médisance (Id.). On tombe d'accord, en finissant par se ranger à un avis, de guerre lasse quelquefois, et sans en être aucunement infatué.

Entendre à et donner les mains ont cela de -commun qu'ils sont familiers et relatifs à des affaires de peu d'importance. Mais on entend à une .proposition et on donne les mains à une entreprise. Entendre à désigne un consentement qui se borne à ne pas fermer l'oreille , à écouter. « Je savais bien que mon Hollandais (libraire qui s'était procuré V Anti - Machiavel du roi Prusse) n'entendrait à aucune proposition. » Volt. « César ne cessa de demander la paix ; Pompée , le -sénat , les consuls , n'y voulurent jamais entendre. » Marm. « On me proposait souvent des partis sortables. Mais l'espérance que j'avais toujours eue d'engager enfin don Carlos à m'aimer , m'avait empêchée d'y entendre. » Scarr. « Tandis que vos maux n'étaient pas encore tout à fait déclarés , aviez-vous voulu entendre à appeler le ministre de J.C.?»Mass. — Donner les mains , au -contraire , annonce un consentement qui engage 'beaucoup, qui souvent même implique complicité , commencement d'exécution. « Je lui ai donné l'émétique pour finir son agonie, mais le sort n'a point donné les mains à ce soin charitable. » Regn. Dans le Misanthrope , Alceste pardonne à Célimène ,

Mais pourvu que son cœur veuille donner les mains Au dessein qu'il a fait de fuir tous les humains. Mol. «La position de l'Angleterre la rend inaccessible à l'invasion étrangère , quand elle-même n'y donne pas les mains. » S. S.

Permettre et autoriser sont liés par une affinité , sinon plus grande , au moins plus sensible ; ils représentent sans contredit l'un et l'autre un consentement de supérieur à inférieur. Mais autoriser enchérit sur permettre : 'permettre , c'est simplement donner la liberté ; et autoriser, c'est donner le droit. Dieu permet le mal , il ne l'autorise pas. On permet ce qu'on laisse maître de faire -, on autorise ce qu'on présente à faire comme légitime. « On permet les épisodes, on les autorise même dans les poèmes épiques. » D'Al. On peut à son gré faire ou ne pas faire ce qui est permis par l'usage ; l'usage consacre , revêt d'un

caractère respectable de légalité ce qu'il autorise. On ne vous empêche pas de faire, en vous permettant ; on déclare juste ce que vous allez faire, on vous décharge de toute responsabilité , en vous autorisant. — Outre cela , autoriser est d'un usage plus rare ; il se dit principalement de choses, ordinairement importantes, qui sont du ressort de la justice. On permet d'aller, de venir, de s'absenter, de voir certaines personnes, le médecin permet tels ou tels aliments; mais on autorise à contracter , on autorise des poursuites contre un fonctionnaire, etc.

1° APPUI, AIDE; — 2° ASSISTANCE, SECOURS. Chacun de ces mots donne l'idée d'une intervention en faveur de quelqu'un dont on se fait l'auxiliaire. Donner ou demander appui, aide, assistance, secours; n'avoir que faire de l'appui , de l'aide, de l'assistance , du secours de quelqu'un ; un homme délaissé est sans appui , sans aide , sans assistance , sans secours.

Mais appui et aide vont ensemble, comme aussi . de leur côté , assistance et secours. En effet, l'appui et l'aide se donnent à la faiblesse; Y assistance et le secours , au besoin. La puissance appuie et aide; la charité assiste et secourt. Nous appuyons et nous aidons de tout notre pouvoir; nous assistons et nous secourons les indigents, les opprimés. Vappui et l'aide coopèrent et suppléent à l'insuffisance ; l'assistance et le secours font du bien et remédient à la détresse , à un état fâcheux. Vappui et l'aide importent à la production d'un effet, au succès; l'assistance et le secours importent au salut , au soulagement , au bien-être. Appui et aide se disent aussi des choses, parce qu'elles peuvent être considérées comme faibles : telle muraille , tel arbre ne peut rester sans appui; telle machine ne peut aller sans l'aide de la vapeur. Mais l'assistance et le secours ne se prêtent qu'aux personnes, elles seules pouvant se trouver dans une position malheureuse et digne d'intérêt.

1° Appui, aide.

Vappui est permanent; Y aide , accidentelle. L'homme qui est votre appui , vient -à votre aide, vous donne aide dans une circonstance particulière. Vappui est toujours là, en puissance pour ainsi dire, attendant l'occasion; l'aide est effective , présentement à l'œuvre , plus ou moins énergique , elle ne doit pas diminuer d'activité jusqu'à la fin. Vappui rend ou peut rendre service sans agir ; Vaide ne le peut qu'en agissant : un portefaix, qui plie sous le fardeau, cherche un appui pour se reposer ; pour se décharger, il a besoin qu'on l'aide.

De plus, appui, n'impliquant pas l'idée d'action, n'exprime souvent qu'une influence; aide, par la raison contraire, marque un concours, une jonction de forces. « Cicéron appuya Octave de tout son crédit. » Lah. Dans le Médecin malgré lui , Robert dit à Sganarelle : « Rossez , battez comme il faut votre femme; je vous aiderai, si vous voulez. » On appuie la demande de quelqu'un; on aide quelqu'un pour un certain travail.

Enfin, comme, au propre, l'appui a plus de solidité que l'objet auprès duquel on le place, de même , au figuré , l'appui vient plutôt de quel-

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