‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 400 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

les choses jointes sont attachées les unes aux au- ; très , dépendantes les unes des autres , mais dis- i tinctes pourtant ; les choses unies sont tellement jointes qu'elles ne font plus qu'un, « La sub- j stance du mastic , qui joint le verre aux autres matières contiguës , est très-différente de celle de ces matières. Les ciments de nature sont , au contraire , ou de la même essence ou d'une essence analogue aux matières qu'ils unissent ; ils pénétrent ces matières dans leur intérieur, et s'y trouvent toujours intimement unis. » Buff. Les spiritualistes regardent l'âme comme accidentellement jointe au corps; les matérialistes la supposent si étroitement unie au corps, qu'elle périt avec lui. Un homme est joint d'intérêt ou d'intrigue (Pasc), et uni de cœur (Bourd.) avec un autre.

Ah ! que le ciel en tout à joint nos destinées !

Qu'il a pris soin à'imir nos âmes enchaînées l (Palmire à Séide dans le Fanatisme.) Volt. ce Après la mort de Ptolémée , il restait encore deux des capitaines d'Alexandre, Lysimaque et Séleucus, qui avaient été jusque-là toujours unis d'intérêt et d'amitié , et joints ensemble par des traités et des confédérations. » Roll. Que de personnes jointes par les liens du mariage ne sont pas pour cela unies par les sentiments ! Dans Mérope , Polyphonte dit à Mérope , qui va l'épouser, quoiqu'elle l'abhorre :

Le trône vous attend , et les autels sont prêts ;

'L'hymen qui va nous joindre unii nos intérêts.

Volt.

Joindre annonce un lien quelconque ; et union , une entière conformité , une même âme , en quelque sorte, a Sous les gouvernements despotiques de l'Asie , le laboureur , l'homme de guerre , le magistrat , ne sont joints que parce que les uns oppriment les autres sans résistance ; et si l'on y voit de l'union , ce ne sont pas des citoyens qui sont unis , mais des corps morts ensevelis les uns auprès des autres. » Montesq.

ASSEZ , SUFFISAMMENT. Autant qu'il faut.

Assez est absolu , suffisamment relatif.

Assez fait considérer la chose en soi; suffisamment la fait considérer par rapport à un but , à un emploi , ou sous quelque point de vue particulier. J'ai assez d'argent. « J'avais suffisamment d'argent pour faire commodément la route. » J. J. L'avare n'en a jamais assez; le prodigue jamais suffisamment. Un homme est assez vêtu, et suffisamment vêtu pour la saison. — En conséquence, assez dit plus que suffisamment : quand il y a assez d'une chose , ce qui serait de plus serait de trop ; mais quand il y en a suffisamment , il n'y en a assez que sous un §ertain rapport , pour une certaine fin, et ce qui serait de plus ferait abondance , sans être de trop. « Mme des Ursins laissa ce château à Aubigny , pas assez seigneur pour remplir le lieu , mais suffisamment riche pour y recevoir le voisinage et les passants. » S. S. Quand il est question d'une petite portion et d'un revenu médiocre , on dit en avoir suffisamment , c'est-à-dire non pas assez , absolument, mais assez, eu égard à sa position ou à ses désirs. On ne dit pas plus qu'assez , ce dernier mot exprimant au suprême degré l'idée dont il est le signe ;

mais on dit plus que suffisamment , par la raison contraire : « L'athéisme est plus que suffisamment confondu par la voix de toute la nature. » Bourd.

Mais c'est surtout à un agent et à sa manière d'agir que suffisamment, c'est-à-dire d'une manière suffisante , est relatif. Un enfant est assez laborieux , a assez d'ardeur , et il travaille suffisamment. Je suis souvent assez embarrassé pour exprimer certaines différences; quand j'y réussis, je crois avoir suffisamment rempli mon dessein. On ne sait pas assez parce qu'on n'étudie pas suffisamment. On est assez porté à croire (Mal.) , quand on sonde suffisamment l'homme (J. J.), que sa destinée naturelle ne peut s'accomplir ici-bas. Lorsque des mots ne sont pas assez précis, et qu'ils ne désignent pas suffisamment les objets (Fén.), on use de circonlocutions. Un orateur est assez sûr de lui-même , quand il est suffisamment instruit (J. J.) ou préparé (P. R.). — En un mot, assez regarde la quantité des choses ou le degré de leur qualité ; et suffisamment^ la manière plus ou moins satisfaisante dont on fait les choses ou dont on les présente. Si je me contentais de dire que plus de cent mille personnes ont été condamnées à mort sur une accusation de sorcellerie, je n'en dirais pas encore assez (Volt.) , et je ne m'expliquerais pas suffisamment (Bourd.). Le règne de Théodose fut assez glorieux ; mais cet empereur ne répara pas suffisamment le massacre des habitants de Thessalonique , en n'allant point à la messe pendant quelques mois (Volt.).

ASSIÉGER, OBSÉDER. Être établi, campé devant, autour; entourer, environner, pour arriver à être maître.

Assiéger , mettre le siège , asseoir son camp , vers, auprès, contre, se dit bien au propre: assiéger une ville ou une forteresse. Obséder , pris immédiatement du latin obsidere, se tenir devant, faire obstacle , investir , s'emploie au figuré seulement.

Or, assiéger ayant aussi l'acception figurée, c'est dans ce sens ou dans ce cas que les deux mots semblent synonymes et qu'il est besoin de les distinguer l'un de l'autre.

En premier lieu , l'action d'assiéger peut avoir une chose pour sujet et une chose pour objet. Mille fléaux nous assiègent en cette vie; des gens intéressés assiègent les portes des palais ; des discours flatteurs assiègent les trônes des rois. Mais l'action d'obséder est plutôt faite par des personnes et dirigée contre des personnes. De tout temps les rois ont été obsédés par des courtisans; des parents , des créanciers , des importuns , des charlatans , des espions vous obsèdent.

En second lieu , quand les deux actions partent de personnes pour aboutir à des personnes, une dernière différence subsiste , qui empêche de confondre les deux verbes. Une idée de force est attachée à assiéger , et à obséder une idée de continuité ou de constance. On assiège pour prendre d'assaut, vivement; on obsède comme on bloque, assidûment, sans bouger de là, de manière à s'opposer à toute communication et à l'approche de toute autre personne. Un solliciteur assiège un ministre à qui il veut arracher une grâce

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

(S. S.) ; un ministre ou un favori obsède le prince qu'il veut gouverner (Fén.) ..Un amant assiège la femme auprès de laquelle il devient pressant , à qui il donne toutes les marques d'une passion violente (Les.) ; on ne peut approcher d'une femme incessamment obsédée d'une duègne vigilante ou d'un mari jaloux (Id.). Vous assiéger, c'est faire auprès de vous de grandes instances , chercher à vous forcer; vous obséder, c'est ne vous pas quitter, être sans cesse autour de vous, pour disposer seul de vous.

On assiège pour emporter, en faisant soutenir un siège. «■ Le duc d'Orléans se trouva assiégé de gens qui voulaient être de ses conseils.» S. S. a Dubois et Law assiégèrent le duc d'Orléans (pour obtenir la mort du comte Horn) et le retournèrent si bien , que la première nouvelle que j'appris à la Ferté fut que le comte Horn avait été roué en Grève. » Id. a Elle ne put pénétrer jusqu'à Néron , mais V assiégeait dès qu'il sortait, et lui criait d'écouter l'innocence. » D'Al. On obsède pour posséder , pour demeurer maître , et de manière à écarter les autres, à leur faire obstacle. « Albéroni persuada à la reine de suivre les traces de Mme des Ursins pour posséder le roi , qui fut de l'enfermer, de Vobséder jour et nuit sans aucun moment d'intervalle, d'empêcher personne d'en approcher. » S. S. Idoménée, dans le Télémaque , dit au sujet de deux de ses courtisans : « Tant d'années d'habitude étaient des chaînes de fer qui me liaient à ces deux hommes , et ils m'obsédaient à toute heure. » Fén. « Les gens intéressés qui obsèdent les princes sont ravis de les voir inaccessibles. » Id.

ASSIETTE , SITUATION , POSITION. Manière d'être locale, manière d'être d'une chose par rapport au lieu qu'elle occupe , où elle est mise , où elle se trouve.

Assiette , manière d'être d'une personne assise ou semblable à celle d'une personne assise , exprime immobilité et sûreté. Une assiette assurée (J. J., Cond.); une assiette tranquille (Bourd. . Fén. , Volt. , Roll.). Heureux ceux qui sont sur ces fleuves ,. non pas plongés , non pas entraînés , mais immobilement affermis; non pas debout, mais assis dans une assiette basse et sûre ! » Pasc. « La république romaine ayant réuni sous elle les peuples et les royaumes, tout enfin a pris une assiette ferme et une consistance assurée. » Roll. V assiette est essentiellement forte : « Des lieux forts d'assiette. » Roll. — Elle est aussi stable, habituelle , durable ; c'est ce qu'indique la terminaison passive du mot assiette , tandis que situation et position, ayant une terminaison active, signifient quelque chose d'actuel , de momentané, de variable. V assiette du pied est plus grande dans l'homme que dans tous les animaux quadrupèdes; quand il marche, il se soutient, dans une situation droite et perpendiculaire (Buff.). L'homme moralement léger manque d'assiette (Vauv.) , et change souvent de situations ou de positions. On est plutôt naturellement dans telle assiette , et accidentellement dans telle situation ou dans telle position. Il n'y a pour chaque chose et pour chaque personne qu'une assiette, une manière d'être solide, assurée, inébranlable.

« Le corps de la girafe n'a point d'assiette , sa démarche est vacillante.» Buff. «Un visage enflammé, des yeux étincelants, un geste menaçant des cris : tous signes que le corps n'est pas dans, son assiette. » J. J. « Tant il est aisé de démonter un jugement de son assiette naturelle ! » Pasc. « La vraie assiette de l'âme est lorsqu'elle, est maîtresse des mouvements du cerveau. » Boss. « Il n'est pas aujourd'hui dans son assiette ordinaire. » Acad. Mais il peut y avoir pour chaque chose et pour chaque personne bien des situations et des positions.

Dans telle ou telle situation, au lieu d'être forte, ferme, inébranlable ou inébranlablement placée , une chose ou une personne se trouve avec ce qui l'entoure dans de tels rapports , qu'elle est bien ou mal , qu'elle éprouve ou qu'elle produit un effet agréable ou le contraire. Un château est dans une belle situation , quand il se trouve au milieu de sites pittoresques , ou que les alentours en sont charmants : ce Vous avez préféré à toute autre contrée les rives de l'Euphrate pour y élever un superbe édifice ; l'air y est sain et tempéré , la situation en est riante. » Labr. Un château remarquable par son assiette est un château fort; il repose sur une base solide et est inexpugnable : ce Ajoutez à ces avantages de la ville de Namur l'assiette merveilleuse de son château escarpé et fortifié de toutes parts, et estimé imprenable. » Rac. — Dans une bonne situation, notre âme reçoit de ce qui nous entoure des impressions qui la rendent heureuse; dans une bonne assiette, ou dans son assiette naturelle, elle est rassise ou tranquille.

La position se rapporte à un but. Aussi dit-on en position de faire une chose. Chercher, par l'avantage des positions , à diminuer l'inégalité des forces (Raynal). Position exprime le résultat de l'action de poser , action faite avec dessein ; au lieu que situation désigne une manière d'être, telle qu'est celle d'un pays sur la terre , c'est-àdire indépendante de toute intention , de toute tendance ou aptitude à agir. Un animal dort dans telle situation, et prend telle position pour dormir (Buff.). Le fœtus, dans le sein de la mère, peut à chaque instant changer de situation, et quelquefois le fœtus est dans une position désavantageuse pour l'accouchement (Id.). Un homme se trouve dans la pire des situations , dans une situation affreuse (Montesq.), et dans la pire position où on puisse se trouver pour être jugé équitablement (J. J.). Dans telle situation on est heureux ou malheureux ; dans telle position on est ou on n'est pas en état de faire telle ou telle chose. Quand on n'est pas dans une situation aisée , on n'est pas dans une position à faire du bien aux autres. En changeant de situation, un malade se trouve soulagé ; une armée change de position, afin d'être plus à portée de vaincre. Une ville est dans une vilaine situation (Acad.); la position de Chambéri, au milieu des Alpes , est très -favorable à la botanique (J. J.). ce La situation de Genève est très-agréable ; on voit d'un côté le lac , de l'autre le Rhône , aux environs une campagne riante, des coteaux.... Le port de Genève sur le lac , ses barques , ses marchés , et sa posi-

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