‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 399 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

pour marquer la longue habitude qu'on en a : cet officier a vieilli dans le métier; consultez-le sur votre tragédie , il est du métier.

Profession, de profiteri, déclarer, est le mot qui exprime la classe à laquelle on appartient par ses occupations. Celui qui a telle profession se donne et est connu du public et des magistrats pour se livrer à telle sorte de travail. La profession est comme une enseigne qui indique la corporation, pour ainsi dire, dont on fait partie dans le corps de la cité ou de l'État. Molière a mis sur le théâtre les diverses professions des hommes (Mol.). «Le point d'honneur est proprement le caractère de chaque profession; mais il est plus marqué chez les gens de guerre. » Montesq. « Tous les habitants de cette côte sont fort adonnés à la piraterie , et n'attachent à cette profession aucune idée d'injustice ou d'infamie. » Barth. « Ascagne est statuaire, Hégion fondeur, Eschine foulon, et Cydias bel esprit, c'est sa profession. Il a une enseigne , un atelier , des ouvrages de commande. » Labr. « Les professions les plus élevées sont les plus dépendantes; et dans le temps même qu'elles tiennent tous les* autres états soumis à leur autorité, elles éprouvent à leur tour cette sujétion nécessaire , à laquelle l'ordre de la société a réduit toutes les conditions. » D'Ag.

Parti, dans cette acception, n'est d'usage que pour exprimer une profession qu'on embrasse , et seulement au moment qu'on l'embrasse , après avoir délibéré , après avoir balancé divers partis, divers motifs de détermination. « Mon mari me fit tant d'instances pour prendre le parti du théâtre , qu'il vint à bout de m'y déterminer. » Les. a En France l'ancienne noblesse a souvent pris le parti de la robe. Presque tous les autres Etats ignorent qu'il y ait de la grandeur dans cette profession. » Volt. «Cra'tès se trouva un jour à une tragédie , où il remarqua que Téléphus quitta toutes ses richesses pour se faire cynique : cela le toucha ; il résolut aussitôt d'embrasser le même parti. » Fén.

ASILE , REFUGE. Lieu de sûreté.

Asile , latin asylum , est le grec obu/.ov , formé de l'adjectif âanjAoç, intact, inviolable, qui n'a rien à craindre-, de à privatif, et de au/àco, dépouiller , piller , ôter , arracher : chez les Grecs et chez les Romains , la loi ne permettait pas de toucher à ceux qui étaient dans un asile; leur personne était inviolable.

Laissez-moi ce refuge,- il est inviolable; N'enviez pas, ma mère, un asile au coupable. Volt. Refuge, refugium , vient de refugere , fuir à toutes jambes, se sauver, se réfugier, ails s'enfuirent épouvantés, et l'Afrique fut leur refuge. » Marm.

1° L'idée essentielle de Yasile, c'est qu'on y est à l'abri , hors d'atteinte ; celle du refuge , c'est qu'on s'y retire ou qu'on s'y jette. On est en sûreté dans Yasile; on se met en sûreté dans le refuge. Trouver un asile contre quelque chose, c'est en être préservé par sa position , et sans chercher à y échapper : « Les morts mêmes dans le tombeau ne trouvent pas un asile contre la mauvaise langue du médisant. » Labr. Trouver

un refuge contre quelque chose , c'est au contraire parvenir à s'y soustraire par effort ou par adresse :

N'en riez pas , Félix , Dieu sera votre juge ;

Vous ne trouverez point devant lui de refuge. Corn.

Asile, substantif pur , marque un état; refuge, substantif verbal, désigne un état où on s'est mis par une action volontaire , celle de fuir. C'est une différence considérable, a Cruels et lâches persécuteurs, faut-il donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies! » Pasc. Dans cette phrase refuge serait très-impropre , parce que les religieuses de Port-Royal n'étaient pas entrées dans ces cloîtres pour échapper aux calomnies des jésuites.

2° Asile, substantif pur, exprime comme essentielle l'idée que refuge , substantif verbal , ne signifie que comme accidentelle. Vasile est fait ou disposé pour nous mettre à l'abri; c'est notre sauvegarde , notre rempart ; il arrive au refuge de nous mettre à couvert; c'est notre retraite. Dans Yasile, on est hors de danger, on n'a rien à craindre ; dans le refuge , on échappe à la poursuite , ce mot n'en dit pas davantage.

Asile enchérit donc sur refuge; il annonce plus de sûreté ou une sûreté plus durable, plus entière. « Cette princesse sera la mère des pauvres, le refuge et Yasile des malheureux. » Bourd. « La cour de Ptolémée Soter était le refuge et Yasile de tous les malheureux. » Roll. « Plus d'asile, plus de refuge assuré pour lui. » Marm.

3° Refuge suppose des maux devant lesquels on fuit , et encore à pas redoublés , des maux présents et pressants ; asile suppose des maux quelconques, et, par exemple, des maux seulement possibles , ou de faibles maux , des troubles , des inconvénients , de simples incommodités.

Le danger qu'on craint fait chercher un asile. « Je balançai si je ne chercherais pas moi-même un asile hors du royaume , avant les troubles qui semblaient le menacer. » J. J. «Le lapin se donne la peine de fouiller la terre et de s'y pratiquer un asile. » Buff. Le péril qui assaille fait chercher un refuge. Les Suédois ayant incendié Altena" pendant la nuit et au milieu d'un hiver rigoureux , les Altenois vinrent à Hambourg demander un refuge (Volt.). « Les bois et les montagnes servirent de refuge à tout ce qui (des combattants) put s'échapper. » Marm.

C'est plutôt repos qu'on trouve dans Yasile , et salut dans le refuge. « Il faut un asile pour le besoin; dans la nécessité, un refuge. Un port est en tout temps un asile; dans la tempête, c'est un refuge. Le voyageur égaré cherche un asile; et, poursuivi, un refuge. » Roub.

4° Enfin , comme asile indique primitivement un lieu sacré , où on est inviolable , Yasile ne se prend que pour une retraite honnête. La solitude est un asile pour le philosophe. Marmontel dit en parlant de l'Elysée : « Le calme et l'innocence habitèrent Yasile des ombres heureuses. » Refuge, au contraire , s'emploie bien en mauvaise part pour exprimer une retraite de brigands , de joueurs, de vagabonds. « Votre maison est le refuge ordinaire de tous les fainéants de la cour. » Mol. «Les cafés et autres refuges des fainéants

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

et fripons du pays. » J. J. a On renouvelle souvent cette accusation cruelle d'irréligion , parce que c'est le dernier refuge des calomniateurs. » Volt.

Ils étaient en chemin, près d'un bois qui ser\ait Souvent aux voleurs de refuge. Laf.

En général, le mot asile annonce quelque ehose de plus grand et de plus noble, a Voilà ce qui faisait la gloire du peuple et du sénat de Rome , qui était le refuge des rois et des peuples. L'ambition des magistrats et des généraux d'armée était de se rendre les défenseurs des provinces et des alliés. Aussi l'empire romain était-il regardé comme le port et V asile de tout l'univers, où les nations opprimées étaient sûres de trouver une prompte et puissante protection. » Roll.

ASPIRER , PRÉTENDRE. Vouloir avoir et poursuivre certaines choses , une place , un emploi , la gloire , les honneurs.

a Le premier n'exprime que le désir, le second joint à cette idée une confiance fondée sur des titres vrais ou chimériques. » Gond. Vous aspirez à la place à laquelle vous voudriez bien arriver ; vous prétendez à la place que vous vous jugez digne d'obtenir. Aspirer à une chose est plus près de soupirer et de respirer après un chose (voy. première partie, p. 156), c'est-à-dire en faire l'objet de ses vœux; prétendre à une chose est plus près de prétendre une chose (voy. première partie, p. 54) , c'est-à-dire l'exiger comme un droit. L'ambitieux que rien ne contente, à qui tout fait envie, aspire à tout; le présomptueux, qui croit que tout est dû à sa naissance , à son mérite , à ses services , à sa capacité , prétend à tout. On aspire à la faveur, on prétend à ce dont on se juge digne. « Pour faire mieux comprendre l'état de la cour après la mort du cardinal Mazarin, il faut dépeindre les personnes de la maison royale, les ministres qui pouvaient prétendre au gouvernement de l'État , et les dames qui pouvaient aspirer aux bonnes grâces du roi. » Delaf.

On aspire , mais on ne prétend pas au repos , à la perfection, à vivre tranquillement, à l'affection d'une femme , parce qu'il n'est point ici question de choses qui se donnent à ceux qui les méritent et auxquelles on puisse avoir des droits proprement dits, mais de choses auxquelles on peut avoir le bonheur d'arriver. Suivant les docteurs, qui exagèrent l'action de la grâce , l'homme peut aspirer , mais non pas prétendre au salut.

Aspirer est plus particulièrement indicatif du but, et c'est pourquoi ce mot, à la différence de prétendre, s'emploie bien avec un autre verbe à l'infinitif : aspirer à régner , à devenir chrétien , à se connaître, à plaire. Prétendre est tout relatif à ce qui rend digne du bien auquel on se porte , qu'on demande ou qu'on réclame. « Vous prétendez au salut ; mais sur quel titre ? » Mass.

On aspire en secret, timidement, à un but éloigné ou élevé auquel on arrivera peut-être à la longue. « Tous , nous aspirons de loin à quelque repos. » Boss. « Le souverain bien , le salut , est la fin commune et la plus éloignée où nous devons tous aspirer. » Bourd. « Aspirons à ce qu'il Y a de plus haut (Boss.) , à ce qu'il y a de plus ex-

cellent dans les dons de Dieu. » Bourd. On aspire même à un but qu'on ignore. « Ce quelque chose où aspirait le réprouvé et qui lui manquait . il ne faisait pas attention que c'était Dieu. Il l'a connu trop tard. » Bourd. — On prétend ouvertement, en faisant des démarches publiques, en se mettant sur les rangs , en faisant valoir ses titres, à un avantage prochain et bien déterminé qu'on espère d'obtenir. « A Rome, il y avait des magistratures où les plébéiens pouvaient prétendre. » Montesq. « Lucrétius Ofella s'étant mis au nombre des aspirants au consulat, le dictateur lui défendit àeprétendre à cette charge. » Roll. — Par conséquent , prétendre enchérit sur aspirer : c'est aspirer , ayant droit ou croyant avoir droit d'obtenir, et se portant à faire valoir ce droit. « Cette paix... ; voilà à quoi nous aspirons. Mais il ne suffit pas d'y aspirer et d'y prétendre. » Bourd. Sostrate dit à Ériphile, dans les Amants magnifiques : « Tous les princes du monde seront trop peu de chose pour aspirer à vous ; les dieux seuls y pourront prétendre ; et vous ne souffrirez des hommes que l'encens et les sacrifices. » Mol.

On est affligé quand on n'arrive point au but auquel on aspire. On se croit victime d'une inustice quand on n'obtient pas ce à quoi on prétend.

Si on veut s'épargner bien des regrets, bien des désappointements ; il faut n'aspirer qu'aux choses auxquelles on peut prétendre.

ASSEMBLER, JOINDRE, UNIR. Opérer un rapprochement entre des objets.

Assembler des objets, c'est seulement les mettre les uns près des autres ; les joindre , c'est faire qu'ils se touchent , qu'ils soient contigus et adhérents: les unir, c'est les confondre, n'en faire qu'une seule et même chose.

Ce qui n'est qu'assemble se dissout de soi-même tôt ou tard; ce qui est joint peut être détaché avec plus ou moins d'effort; il en faut beaucoup pour rompre ce qui est uni.

Assembler marque le plus faible degré de rapprochement , celui qui consiste à mettre ensemble , dans le même lieu : on assemble des matériaux pour bâtir (Acad.) ; on assemble ses cheveux sur son front (Rag.) ; on assemble dans une diatribe beaucoup de termes injurieux (Pasc). Mais, du reste , entre les objets rendus ainsi voisins , il n'y a pas de rapport, ou au moins de cohérence : assemblage confus (Fén.); des atomes que le hasard a assemblés (Id.). Au contraire, joindre et unir , c'est lier , faire que les choses s'accordent , se correspondent , tiennent les unes aux autres : notre esprit est joint ou uni à notre corps; on ne dit pas assembler une chose ou qu'une chose est assemblée à une autre. Les choses assemblées ne sont plus éloignées; les choses jointes ou unies ne sont plus séparées. La colle sert , non pas à assembler, mais à joindre ou à unir ; et, d'autre part , le charpentier ne joint et n'untl pas encore les pièces de bois toutes taillées qu'il se contente de mettre en place , il les assemble. Des personnes assemblées se trouvent dans le même local; des personnes jointes ou unies forment une association.

D'un autre côté , unir renchérit sur joindre ;

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