DEUXIÈME PARTIE
Ensuite , pulvériser ressemble plus qu'atténuer à piler , broyer , triturer : l'effet qu'il marque est dû quelquefois à l'action d'un homme ; seulement , cet effet n'a pas été voulu comme bon en lui-même, et comme propre à mettre les choses à notre usage. « Quand on pulvérise les cubes de cet aimant, ils se décomposent en paillettes brillantes couleur de feu. » Buff. « Après avoir pulvérisé des pierres ollaires, des observateurs en ont tiré du fer par le moyen de l'aimant. » Id. Voltaire dit , au sujet du veau d'or qui , suivant la Bible , fut jeté au feu et réduit en poudre : « II est impossible de pulvériser l'or en le jetant au feu ; l'extrême violence du feu le liquéfie, mais ne le calcine point. »
2° Piler, broyer, triturer.
Piler et broyer signifient deux sortes d'actions différentes : on pile en frappant, on broie en pressant et en frottant. On pile du ciment, du verre ; on pile dans un mortier. « Ces pierres (argentifères) sont jetées dans des trous pour y être pilé es et réduites en limon, par le moyen de quantité de gros marteaux que l'on fait agir. » Regn. On broie sous une meule ou sous ses dents. « C'est Dieu qui nous a donné des mains pour prendre la nourriture , des dents pour la couper et la broyer , un estomac pour la digérer. » B.OLL. On broie des couleurs, et cela se fait au moyen d'une molette qu'on promène , en la pressant , sur une table très-dure où la substance à broyer se trouve placée.
Triturer, du latin tritura (tritor, broyeur) , du grec Tpïêeiv , broyer , est un terme didactique ou savant, « Le docteur Sangrado disait que ces aliments étaient les plus convenables à l'estomac , comme étant les plus propres à la trituration, c'est-à-dire à être broyés plus aisément. » Les. a Le zinc est phosphorique ; sa chaux paraît lumineuse en la triturant. » Buff. Outre cela, la trituration suppose d'ordinaire plusieurs substances qu'on, cherche à mélanger en même temps qu'on les broie, a II faut triturer le mercure avec l'argent pour en faire l'amalgame. » Buff. « Le soufre se mêle au mercure à peu près comme les graisses lorsqu'on les triture ensemble.
ATTITUDE, POSTURE. Etat ou situation du corps, manière dont il est placé, manière dont les membres se trouvent les uns par rapport aux autres.
Attitude vient de l'italien attiiudine , qui a été formé du latin aptitudo, aptitude , disposition à. En conséquence de cette origine italienne , attitude , à la rigueur , ne devrait être employé et ne l'a été d'abord qu'en termes d'art , c'est-à-dire de peinture et de sculpture surtout , et quelquefois de danse, ou en parlant des pantomimes. Ce mot n'a jamais été mis hors de ces limites par les grands écrivains du siècle de Louis XIV , tels que Mme de Sévigné, Labruyère, Molière et Fénelon; et c'est dans ce cas seulement que nos anciens dictionnaires , même celui de Trévoux , permettent de s'en servir. Posture , au contraire , a toujours été du langage commun.
Cependant, attitude a fini aussi par être usité dans tous les styles. C'est alors qu'il est devenu
difficile , ce semble , de le distinguer de posture.
V attitude est pittoresque et essentiellement relative au beau. Elle est belle, gracieuse, élégante, admirable. La posture, de son côté, est relative au bien , physiquement ou moralement , c'est-à-dire qu'elle est commode ou incommode , modeste ou indécente. Sans compter que attitude conserve toujours son caractère spécial par lequel il convient seul quand on considère les choses au point de vue de l'art. Un homme se plaindra d'être dans une posture forcée et contrainte , qui le met mal à l'aise ; la critique reprochera à un artiste d'avoir donné à ses personnages une attitude forcée et contrainte , c'est-à-dire maniérée, a La principale beauté de ce portrait de Verres consiste à peindre un préteur du peuple romain dans Y attitude où le représente Cicéron , appuyé nonchalamment sur une femme.... Verres paraissant en cette indigne posture semble braver la bienséance publique. » Roll.
Toutes les fois qu'en écrivant on veut représenter à l'imagination et faire comme un portrait ou un tableau , le mot attitude doit être préféré. « Son enjouement , sa douceur , sa figure agréable m'ont laissé de si fortes impressions que je vois encore son air, son regard, son attitude.» J. J. <c Elle brodait près d'une fenêtre. Stn attitude était gracieuse , sa tête un peu baissée laissait voir la blancheur de son cou -, ses cheveux , relevés avec élégance , étaient ornés de fleurs....» Id. «L'homme se soutient droit et élevé , son attitude est celle du commandement , sa tête regarde le Ciel et présente une face auguste sur laquelle est imprimé le caractère de sa dignité. » Buff. — Mais on se servira de posture quand il s'agira de déterminer si on est debout, assis, à genoux, appuyé sur un bâton , couché , et couché de telle ou telle manière bonne ou mauvaise , sans prétendre faire une image. Mme de Sévigné et Voltaire remarquent que la posture , qu'on est obligé de prendre pour écrire, « fait mal, tue la poitrine.» C'est ainsi qu'on doit parler. Mais on peut rendre par altitude cette manière de tenir le corps , dans le cas où on veut la peindre. « Un peintre arrive chez moi; il me trouve écrivant devant votre portrait ; il me peint dans cette attitude. » Volt. C'est très -improprement que J. J. Rousseau dit , dans une de ses lettres : « Toute autre attitude que celle de me tenir droit me suffoque. »
De plus , les personnages mis en spectacle par la peinture et la sculpture étant presque toujours montrés en action , ou plutôt comme allant faire quelque chose , cette nuance reste toujours à attitude ; d'autant plus qu'elle résulte aussi du sens étymologique de ce mot : aptitude signifie disposition à faire quelque chose. On dira donc Y attitude et non la posture d'un lutteur , d'un homme qui a le bras levé pour frapper ou les bras ouverts pour embrasser. « Charles XII, frappé à mort, avait eu la force de mettre la main sur la garde de son épée , et était encore dans cette attitude. A ce spectacle, etc. » Volt, a En disant ces mots, il se lève et s'avance dans Yattitude d'un homme qui allait se précipiter. » Id. a Les vainqueurs érigèrent à Philopémen une statue de bronze où
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ils le représentaient dans la même attitude dans laquelle il avait tué le tyran.» Roll. — Mais posture se dit du corps tel qu'il est, simplement, et sans rapport à ce qu'il est sur le point de faire, ni aux passions qui l'animent. « Le corps demeure comme immobile et dans la même posture.» Mal. «Virgile prétend que Thésée est assis pour jamais sur une chaise , et que cette posture est son supplice. » Volt. « Il s'appuya le front sur son bâton et demeura plusieurs moments en cette posture. » S. S. «On place le cadavre dans la posture d'un homme qui est assis les mains appuyées sur les genoux. » Buff.
Enfin , autant sont relevés les arts qui ont d'abord adopté l'expression attitude , autant sont bas ceux qui font un fréquent usage des mots terminés en ure. C'est pourquoi Voltaire dit avec raison, à propos d'un vers de Corneille : « Le mot de posture n'est pas assez noble. » « Posture grotesque , bizarre , extravagante ; postures de bateleur, de baladin. » Acad. — « Les grues, naturellement assez disposées à la lutte, comme il paraît par les attitudes où elles se jouent, les mouvements qu'elles affectent, et à l'ordre des batailles , par celui même de leur vol et de leurs départs , se défendent vivement : mais les singes reviennent sans cesse au combat ; et comme par leurs stratagèmes , leurs mines et leurs postures , ils semblent imiter les actions humaines , ils paraissent être une troupe de petits hommes à des gens peu instruits. » Buff.
ATTRAPER, HAPPER, GRIPPER. Chacun de ces verbes contient l'idée de saisir et la modifie à sa manière.
Attraper, c'est prendre à une trappe, à un piège , simplement ; ou c'est mettre en trappe , dans le piège, un animal, après avoir couru après , ad. Happer se dit d'abord de l'action d'un chien, qui saisit prestement et avidement ce qu'on lui jette ou ce sur quoi il se jette. Gripper, jouer de la griffe, signifie uniquement, au propre , l'action du chat , de celui des animaux que Lafontaine, après Rabelais, appelle grippe-minaud , le minet ou le minaud qui grippe. Dans V Enéide travestie , Énée, ayant trouvé le rameau d'or :
Il l'arracha d'aussi bon cœur Qu'un chien ou qu'un chat pille ou grippe Un morceau de chair ou de tripe. Scarr. Et , pour en finir tout de suite avec gripper , ce verbe , au figuré , a pour caractère parfaitement distinctif son manque absolu de noblesse : c'est un terme populaire.
Pour ce qui regarde attraper et happer , mots appartenant au langage commun et moins restreints dans leur application , on attrape ce qu'on saisit adroitement ou en l'atteignant à la course , et on happe ce qu'on saisit brusquement , tout à coup, à l'improviste. Attraper implique ce que happer exclut, l'idée de temps, de préparation, d'embûches ou de poursuite : on parvient à attraper; on happe soudainement, à l'instant. Le renard attrape la proie qu'il guettait, et la gendarmerie des voleurs qu'elle poursuivait; mais l'hirondelle , dans son vol , quitte un insecte pour courir à un autre, et en happe, en passant, un
troisième (Buff.), et de même un age:,t de police happe un filou qu'il rencontre , qui lui tombe inopinément sous la main.
« Le lièvre eut beau ruser , les chiens Y attrapèrent. » Acad. « Un mariage ne lui coûte rien (à don Juan) à contracter-, il ne se sert point d'autres pièges pour attraper les belles. » Mol. « Les sauvages qui vont à la chasse de l'orignal poursuivent ces animaux , qui sont aussi légers que des cerfs , avec tant de vitesse qu'ils les lassent et les attrapent. » Buff. « Les grives mangent aussi des insectes , des vers ; et c'est pour attraper ceux qui sortent de terre après les pluies, qu'on les voit courir alors dans les champs et gratter la terre. »Id.
« Toutes les hirondelles vivent d'insectes qu'elles happent en volant. » Buff. « Le pélican mange de côté , et quand on lui jette un morceau , il le happe. » Id.
Au pied du lit se tapit le malin, Ouvrant la griffe ; et , lorsque l'ame échappe Du corps chétif , au passage il la happe. Volt. Comme un oiseau de couleur bleue , Que l'on appelle un martinet, Nage de l'aile à fleur de l'onde; Et puis tout à coup son fond sonde, Afin de prendre au dépourvu Un petit poisson qu'il a vu, Et puis , l'ayant happé , le croque. Scarr.
ATTRIBUER , IMPUTER. Rapporter une chose à une autre comme ayant été produite par elle.
1° Attribuer, attribuere, tribuere ad, donner à, assigner à , est le terme général : on attribue aux choses et aux personnes. Imputer, imputare, c'est-à-dire porter en compte, de putare ,' compter , calculer , apprécier , estimer, est particulier ; on vi impute guère qu'aux personnes, aux êtres qui sont comptables ou responsables , sur le compte desquelles on peut mettre les choses , aux agents libres. On attribue un phénomène à telle cause ; on impute une faute à quelqu'un. On attribue la cause d'un changement à ceci ou à cela (J. J.); on impute tel ou tel crime à un accusé (Marm.). On attribue un malheur au sort ou à Dieu , qui , bien que personnel et libre , n'a pas de compte à rendre; on impute un malheur à l'imprudence ou à l'incapacité d'un homme. «Les malheurs de Cépion furent attribués à la vengeance des dieux.... Les historiens imputent à sa témérité et à son arrogance la sanglante défaite des Romains par les Cimbres. » Roll.
2° Attribuer se prend bien aussi dans le sens propre à! imputer : on attribue, comme on impute, telle chose à une personne. Mais ce qu'on attribue est indifférent , n'est ni bon ni mauvais ; au lieu que ce qu'on impute est louable et plus souvent encore blâmable. On attribue .une chose à quelqu'un qu'on regarde comme en étant la cause ou l'auteur , un livre , par exemple ; on lui impute une chose dont on lui accorde le mérite ou dont on lui applique le démérite , et , par exemple , un libelle.
3° Quand attribuer est aussi relatif à la valeur des choses, il se prend en bonne aussi bien qu'en mauvaise part : « Attribuer tous les défauts d'Homère à son siècle et toutes ses beautés à lui seul. » Marm. Mais imputer se dit plutôt de cho-