‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 405 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ses mauvaises et blâmables : on attribue une bonne ou une mauvaise action , des vertus comme des vices ; on impute une mauvaise action plutôt qu'une bonne , des vices plutôt que des vertus. C'est qu' imputer signifie primitivement mettre sur le compte , et , par conséquent , augmenter la dette ou la charge. « Nous ne pouvons juger des mœurs de J. C. que par la conduite qu'on lui attribue.... Ses évangélistes ne lui imputent d'autre action d'homme violent et emporté que celle d'avoir battu et chassé les marchands de bêtes de sacrifice. » Volt. « si parmi mes auditeurs , dit Socrate , il s'en trouve qui deviennent honnêtes gens ou malhonnêtes gens , il ne faut ni m'attribuer la vertu des uns, dont je ne suis point la cause, ni m'imputer les vices des autres, auxquels je n'ai point contribué. » Roll. ce On imputait ce défaut (défaut d'esprit des Béotiens) à la grossièreté de l'air du pays, comme aussi l'on attribuait la délicatesse du goût des Athéniens à la subtilité de l'air qu'ils respiraient. » Id.

4° On attribue plutôt avec raison; on impute plutôt à tort, d'un manière putative, ou au moins détournée et conjecturale. « Notre cœur (en pratiquant la piété) se sent déchiré entre ces efforts contraires. Mais il serait bien injuste à' imputer cette violence à Dieu , qui nous attire , au lieu de Y attribuer au monde, qui nous retient. » Pasc.

ATTRISTÉ , CONTRISTÉ ; — AFFLIGÉ , FÂCHÉ , MORTIFIÉ. Péniblement affecté.

Attristé et contristé diffèrent bien des trois mots suivants. Ils expriment un état général de langueur causé par des maux éloignés ou impersonnels, état dans lequel l'âme est seulement rendue mélancolique et peu expansive. Affligé, fâché et mortifié désignent , au contraire , un état accidentel de malheur ou de douleur produit par des maux présents, personnels, dont l'âme est frappée , qui la blessent , la tourmentent , la désolent. L'homme attristé ou contristé est sombre , pensif, absorbé en lui-même, songeant à des maux passés ou possibles ou qui ne le regardent qu'indirectement; l'homme affligé, fâché on mortifié vient de recevoir un coup très-sensible qui le fait souffrir , qui détruit sa satisfaction particulière et intérieure. On est attristé ou contristé par des souvenirs , par des idées , par des événements publics ou par des affaires auxquelles on veut bien prendre part ; on est affligé , fâché et mortifié par suite de revers ou de traitements qu'on éprouve soi-même actuellement et dont on ressent une vive peine.

Attristé et contristé, ayant même radical, ont été distingués l'un de l'autre dans la première partie, p. 135.

Affligé suppose un mal considérable qui abat et accable: fâché n'annonce qu'un déplaisir, un regret, un léger chagrin qui contrarie, qui pique; mortifié exprime un violent déplaisir , une grande amertume provenant , d'ordinaire , d'une atteinte portée à l'amour-propre.

Un homme bien affligé est navré, inconsolable; un homme bien fâché est dépité; un homme bien mortifié est dévoré intérieurement.

On est affligé de la perte de ce qu'on aime ,

d'une maladie dangereuse, d'un renversement de fortune, d'une grande disgrâce, d'un coup quelconque de l'adversité , des misères et de tous les grands malheurs qui peuvent arriver en cette vie. « Peut-on consoler les affligés où toutes les larmes sont essuyées?» Boss. «Condé fit sentir aux ennemis que la France pouvait être tout à la fois affligée et victorieuse , dans la désolation et en état de leur donner la loi. » Bourd. « M. de Larochefoucauld a perdu sa vraie mère , dont il est véritablement affligé ; je l'en ai vu pleurer avec une tendresse qui me le faisait adorer. » Sév. «Le comte de Brienne ayant perdu sa femme, en fut si affligé que son esprit s'aliéna. » Volt.

On est fâché d'une petite perte , d'un mal léger qu'on aurait pu empêcher ou prévenir, de tout ce qui ne fait pas plaisir, de tout ce dont on n'est pas bien aise, de tout ce qu'on fait à regret, d'un contre-temps, d'une indisposition. « Je suis fâché de l'indisposition de cette Ëminence : il faut espérer que ce ne sera rien. » Boss. « Je suis plus fâché que vous de ne pouvoir vous aller voir. » Id. « Il n'en fut ni aise ni fâché. » S. S- « Montrer toujours à ses élèves une contenance sévère et fâchée. » Volt.

Si vous èiesfdché de cette préférence ,

Si mon petit menuet vous donne quelque ennui,

Que n'avez-vous appris à danser comme lui? Id. Hector.

Ah ! monsieur qu'elle est belle !

Et que j'ai de plaisir à vous voir raccroché ! Valère.

A te dire le vrai, je n'en suis pas fâché. Hector.

Comment! quelle froideur s'empare de votre âme!

On est mortifié d'une défaite , d'un manque d'égards , d'un refus d'honneur , d'un dédain , d'une ironie , d'un affront , des fautes qu'on a commises, en tant qu'elles décèlent l'imperfection, la faiblesse. « L'amour-propre mortifié. » Buff. « Ne reviendrait-il pas au même de renoncer à toute hauteur et à toute fierté , et de se traiter tous avec une mutuelle bonté , qui , avec l'avantage de n'être jamais mortifiés , nous procurerait un aussi grand bien que celui de ne mortifier personne ? » Labr. « On pouvait juger par l'orgueil des rois de Per^e , toujours vainement mortifiés par leurs défaites , qu'ils précipiteraient leur chute en donnant toujours des batailles. » Montesq. « Un prince aussi orgueilleux qu'Antiochus dut être bien mortifié, quand il vit sa prétendue grandeur humiliée , anéantie et couverte d'opprobre par ce traité. » Roll. « Je suis mortifié, en qualité de Français, d'homme, d'être pensant , de l'affront public qu'on vient de faire aux mœurs. » Volt. « Peut-être que les Iciliens auraient été mortifiés de voir cette souveraine dignité (de tribun militaire) entrer dans toute autre famille plébéienne, avant que la leur en eût été honorée. » Vert.

AUGMENTER, CROÎTRE. Devenir plus grand ou plus considérable, gagner en quantité , éprouver un changement en plus.

Ces mots diffèrent à peu près comme augmenter et accroître. Augmenter, latin augere , a pour racine aug ou auc, d'où vient aussi notre préposition avec 3 laquelle marque addition ou accès-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

sion. C'est là également le sens propre d'augmenter , et c'est pourquoi ce verbe , pris activement , est synonyme d'ajouter. Croître, quelle qu'en soit l'étymologie , s'est dit primitivement et se dit encore proprement des animaux et des plantes, qui grossissent et grandissent par la nutrition en s'étendant du dedans au dehors.

En conséquence, les choses augmentent par addition et croissent par développement. Une nouvelle quantité survient dans ce qui augmente; ce qui croît prend un nouveau degré d'extension, d'élévation ou de vigueur. Le nombre , la multitude, la foule, augmentent; le concours, l'affluence, la force, l'ardeur, la vitesse croissent. Les minéraux augmentent, et c'est par juxtaposition; les êtres organisés et vivants croissent, et c'est par intus-susception (Buff.).

« A mesure que la graisse augmente , la peau s'étend et croit.» Buff. Le tas d'un avare augmente (Cond.); l'ombre croît vers le soir (Laf.). « A mesure que les biens augmentent , l'ambition croît. ■» Gir. —

Avec son bien son train doit augmenter. Volt. a II sentait croître tous les jours son crédit et sa réputation. » Boss. — « Selon Epicure , parmi les choses , les unes diminuent , les autres augmentent des débris de celles qui sont diminuées. » Fén. « Les êtres pensants croissent en perfection lorsqu'ils sortent de quelque ignorance , ou qu'ils se tirent de quelque erreur. » Id.

On dit bien des mêmes choses qu'elles augmentent ou qu'elles croissent, suivant qu'on considère le changement qui s'opère en elles-mêmes comme causé par quelque chose d'extérieur , qui vient y ajouter, ou comme l'effet d'un principe intérieur de vie ou d'activité. La rivière augmente par l'arrivée d'une nouvelle quantité d'eau , à la suite d'un orage ou de la fonte des neiges ; elle croît quand elle grossit , ou qu'elle hausse comme d'elle-même , sans aucune cause extérieure apparente, a La sédition augmente , quand de nouveaux séditieux se joignent aux premiers; elle croît , lorsque les séditieux deviennent plus ardents. » Roub. De même, des difficultés, des maux , des bruits augmentent , en devenant plus nombreux , et croissent en devenant plus intenses et plus forts.

Quand on parle des sentiments et des passions , on dit plutôt qu'ils croissent , à cause de l'analogie qui existe entre l'âme et le corps , et parce que ce sont les développements du principe actif qui nous anime. Cependant on se sert d' augmenter lorsqu'on exprime la cause de ce redoublement , et que cette cause est extérieure . « L'amour augmente par les obstacles.» Cond. « On reçut si bien les sœurs de Psyché que leur déplaisir en augmenta de moitié. » Laf. ce Mon enthousiasme républicain augmenta par l'accueil que je reçus à Genève. » J. J.

D'autre part , l'idée d'augmenter est plus étendue et plus vague ; celle de croître, plus restreinte et plus précise. V augmentation peut consister dans une addition en poids , en valeur , en nombre, ou en toute autre quantité : c'est ce que le mot augmenter n'indique pas par lui-même , et ce qu'on est souvent obligé d'indiquer par d'au-

tres mots {augmenter de poids , de prix , de volume) , à moins que la nature des choses dont on parle ne montre suffisamment de quelle grandeur il est question: les denrées augmentent, c'est-à-dire de prix. Croître a toujours par luimême un sens déterminé et complet. On sait que la chose qui croît se développe comme les êtres vivants , suivant toutes les dimensions , et gagne en force et en solidité ; il n'est besoin de rien dire de plus pour se faire comprendre.

Enfin, augmenter n'exprime pas la manière dont se fait l'action qu'il signifie; mais croître annonce toujours un progrès lent et insensible. Le froid , la pluie , les vents augmentent et diminuent; l'ombre, la lune, les jours croissent et décroissent. « Votre richesse augmente tout d'un coup par un héritage; elle croît successivement par l'économie.» Roub. « L'amour qui croît peu à peu et par degrés ressemble beaucoup à l'amitié. » Labr.

1° AUGMENTER, ACCROÎTRE; — 2° AGRANDIR, ÉTENDRE ; — 3° GROSSIR , ENFLER. Ces verbes se rapportent tous à la quantité , et signifient y ajouter, la rendre plus considérable, opérer dans les choses un changement en plus.

Mais augmenter et accroître sont plus relatifs à la quantité arithmétique ; agrandir et étendre le sont uniquement à la quantité géométrique; grossir et enfler, à la quantité physique. On augmente ou on accroît ce qui a peu de parties ou de force et d'intensité ; on agrandit et on étend ce qui occupe peu d'espace ; on grossit et on enfle ce qui a peu de volume. On augmente ou on accroît un nombre , une somme , un traitelnent ; on agrandit ou on étend la sphère ou le cercle de ses connaissances; les pluies grossissent ou enflent une rivière, des remarques grossissent ou enflent un livre.

Augmenter et accroître ne réveillent par euxmêmes aucune idée sensible particulière; ce sont des termes généraux et abstraits : ce qu'on augmente ou accroît gagne numériquement en parties ou en degrés. Agrandir et étendre rappellent les dimensions de l'espace, et ce qu'on agrandit ou étend franchit les limites du lieu qu'il occupait, est porté au delà. Romulus et Tatius augmentèrent le nombre des patriciens, et agrandirent la ville désormais trop étroite (Roll.). « Rome s'appliqua à augmenter leurs revenus (des alliés) , et à étendre leur domaine.» Id. Un homme, ravi de son abondance, veut augmenter sa dépense , et agrandir ses greniers (Boss.)- Grossir et enfler font naître l'idée de quelque chose d'assez mince apparence à quoi on donne par accumulation une sorte d'abondance, de plénitude, de réplétion, de rotondité, et, comme on dit, du corps. Au lieu d'augmenter le trésor de la science, des savants ne font qu'en grossir le volume (Marm.).

1° Augmenter , accroître.

La première différence entre ces deux verbes , c'est que l'un marque addition et l'autre développement. Quand on augmente un objet , ce n'est pas lui qui augmente; on lui joint des objets du même genre avec lesquels il forme une plus grande somme , un tout plus complet. Quand on

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