‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 437 sur 881 · CHANGER, ÉCHANGER, TROQUER, PERMUTER · texte numérisé non relu

CHANGER, ÉCHANGER, TROQUER, PERMUTER

Donner ou laisser une chose pour une autre , sans qu'aucune des deux soit de l'argent.

Changer est d'abord bien distinct des trois autres verbes. Il est le seul qui signifie quelquefois une action involontaire : au sortir d'un bal, il peut arriver qu'on change son chapeau sans s'en apercevoir; à la place de mon parapluie qu'on m'a pris, j'en trouve un autre qui vaut mieux, je ne perds pas au change. Il est le seul qui soit absolu : il ne marque pas nécessairement réciprocité d'action entre deux personnes dont chacune donne et reçoit : je trouve mon vêtement trop chaud pour la saison , je le change. Enfin changer est de ces quatre mots le plus général et le seul qui soit de tous les styles.

. Échanger appartient au style noble, et il se dit particulièrement à l'égard du haut commerce, du commerce portant sur des objets considérables, ou du commerce envisagé théoriquement, au point de vue de l'économie politique. On échange une propriété contre une autre ; les métaux précieux servent de gages d'échange (Volt.); question du libre échange. Du reste, l'application de ce mot s'étend au delà des choses commerciales, mais c'est presque toujours en parlant de choses considérables qu'on s'en sert : échanger des prisonniers, des notes diplomatiques, des provinces, les ratifications d'un traité , etc. Voy. Changer, échanger, p. 128.

Troquer, au contraire, n'est d'usage qu'en parlant de l'échange des denrées ou des valeurs, et encore de celles qui sont petites ou de médiocre importance , de celles dont on trafique. Troquer est un terme vulgaire et souvent familier. « La femme du patron de la barque de Stockolm était allée à une foire pour troquer du sel et de la farine contre des peaux de rhennes et de petitsgris ; car tout le commerce de ce pays se fait ordinairement en troc. » Regn. « Les Samoyèdes venaient apporter au marché des martres et des

SÏN. FRANC.

renards noirs , qu'ils troquaient pour des clous et des morceaux de verre. » Volt, ce Au siège de Paris par Henri IV, plusieurs officiers des assiégeants troquaient un aloyau pour une fille. » Id. « Cet enfant troque avec joie un cornet de bonbons contre un livre. » Lah. «J'aurais volontiers, dit Sancho, troqué cette massue contre un morceau de fromage.» Les. «Faisons un troc, Frontin; cède- moi cette fille-là, et je t'abandonne ma vieille comtesse. » Id.

Quant à permuter , latin permutare , sa signification est encore plus restreinte et plus spéciales autrefois on le disait uniquement des bénéfices ecclésiastiques; c'est à présent un terme d'administration dont on se sert dans le seul cas où il est question d'un échange d'emplui.

CHARGE , — FARDEAU , FAIX. Ce qu'on porte.

La différence est assez grande entre charge d'une part, fardeau et faix de l'autre.

Charge est abstrait ; fardeau et faix sont concrets. La charge d'un homme ou d'un animal est ce qu'il porte d'ordinaire ou ce qu'il est capable de porter ou ce qu'il doit porter ; le fardeau ou le faix d'un homme ou d'un animal est ce qu'il porte effectivement et actuellement. « La charge ordinaire des lamas est de 150 livres. » Buff. « C'est une chose étonnante de voir quelle était la charge des soldats romains dans la marche. » Roll. ce Porter à quelqu'un des lettres la charge d'un âne. » Les. ce Y a-t~il quelque crime dont Jésus ne soit point chargé? Tout y est, la charge est complète. Que chacun vienne reconnaître la part qu'il a dans ce fardeau. » Boss. Charge signifie une qualité idéale ; fardeau et faix représentent des objets matériels; aussi dit-on trèsbien la charge d'un fardeau , comme la charge d'un poids (Buff.), d'un joug (Mal.). Boileau dit à Louis XIV :

Mais je sais peu louer, et ma muse tremblante

Fuit d'un si grand fardeau la charge trop pesante. Au figuré , charge exprime quelque chose à faire, une obligation, un office , une dépense , et non comme une masse qui pèse sur quelqu'un.

D'ailleurs , la charge ne se rapporte pas , comme le fardeau et le faix , à l'état pénible de celui qui est dessous. C'est pourquoi on donne bien une charge à des choses inanimées, à un mur, à un vaisseau. « Les planètes composent une roue d'un vaste diamètre dont l'essieu (le soleil) porte toute la charge. » Buff. ce On peut supposer que la tharge ordinaire de ces vaisseaux était de .''.00 hommes. » Roll. Le fardeau et le faix sont des charges qui font impression sur celui qui les porte, des charges pesantes sous lesquelles on plie. — Charge exprime aussi bien quelque chose de léger que quelque chose de lourd, ce Le cheval s'est blessé, il ne saurait porter la moindre charge. » Les. « Cet état brillant est un engagement au travail , est une charge , est un fardeau , et un fardeau très-pesant. » BoaaD. Du reste, la charge peut se considérer sous d'autres rapports que celui de la pesanteur : une belle charge (Volt. , Les.).

Deux mulets cheminaient, l'un d'avoine chargé, L'autre portant l'argent de la gabelle.

Celui-ci, glorieux d'une charge si belle,

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