‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 438 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

N'eût voulu pour beaucoup en être soulagé. Laf. « Fallait-il traverser un torrent, je vous portais , et j'osais presser dans mes bras une si douce charge. » J. J.

Fardeau et faix diffèrent aussi.

Fardeau présente l'idée d'un objet unique : « Le précieux fardeau qu'elle portait dans son sein.» | Acad. ce C'est un pesant fardeau qu'une couronne. » Id. a Regarder la loi comme un fardeau insupportable. » Boss.

Pour mes tristes enfants quel affreux héritage ! Le crime d'une mère est un pesant fardeau.

{Phèdre.) Rac.

Voudrais-je delà terre, inutile fardeau , Attendre chez mon père une obscure vieillesse ?

(Achille.) Id.

C'est un poids bien pesant qu'un nom trop tôt fameux ! Valois ne soutint pas ce fardeau dangereux.

Faix , du latin fascis, faisceau , fagot , amas de choses jointes ensemble, signifie le résultat d'une accumulation , une multiplicité de choses réunies. Nous appelons faix ce qui s'amasse , se complique , s'accroît progressivement : le faix des années (Eoil., Laf.), des procès (Boil.). des dettes (S. S.), des affaires multipliées (Cond.). Succomber sous le faix des affaires ou des impôts (Acad.). « Les érudits plient sous le faix (des mots et des paroles) , leur mémoire en est accablée pendant que leur esprit demeure vide. » Labr.

Mon corps n'est point courbé sous le faix des années.

Boil, L'amour, dans les héros , interrompu , troublé , Sous le faix des lauriers est bientôt accablé. Rac. Un pauvre bûcheron , tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans Gémissant et courbé , marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée. Laf. Outre cela , le faix est plutôt une surcharge , une chose dont on a mis et dont on a mis encore jusqu'à faire fléchir, jusqu'à écraser. Si le fardeau est pesant, le faix est accablant; s'il arrive quelquelquefois déplier sous le fardeau , on succombe sous le faix. « Notre piqueur finit par me surcharger à tel point et de travail et de coups, que j'étais menacé de succomber bientôt sous le faix. » J. J. a Lorsqu'on excède les lamas de travail et qu'ils succombent une fois sous le faix, il n'y a nul moyen de les faire relever.» Buff. ce Le lama, qui, comme le chameau, passe sa vie sous le fardeau, a aussi des callosités.... Les callosités des babouins et des guenons ne proviennent pas de la contrainte des entraves ni du faix accablant d'un poids étranger. » Id.

CHARMER , ENCHANTER , RAVIR. Causer beaucoup de plaisir.

Charmer et enchanter, quoiqu'ils se ressemblent extrêmement , diffèrent en ce que ce qui charme est touchant , et ce qui enchante admirable. En effet , on dit charmer, et non pas enchanter, la douleur , la peine , l'ennui de quelqu'un ; et , d'un autre côté , ce qui arrive comme par enchantement, étonne ou surprend par la promptitude ou la facilité de l'exécution.

Nous trouvons délicieux ce qui nous charme. a Toutes les créatures soumettent l'homme par leur force ou le charment par leurs douceurs. »

Pasc. « L'âme touchée de Dieu éprouve un trouble qui traverse le repos qu'elle trouvait dans les choses qui faisaient ses délices. Elle ne peut plus goûter avec tranquillité les objets qui la charmaient. * Id. « Dieu change le cœur de l'homme par une douceur céleste qu'il y répand.... Trouvant sa plus grande joie dans le Dieu qui le charme , il s'y porte infailliblement de lui-même. » Id. ce Une fille surtout le charma par sa voix mélodieuse et par les grâces qui l'accompagnaient. » Volt. « Le moqueur (oiseau) charme , comme le rossignol , par les accents flatteurs de son ramage. » Buff.

Nous sommes émerveillés de ce qui nous enchante. Les hommes de génie nous enchantent par leurs chefs-d'œuvre, a En récitant aux Grecs les neuf livres de son histoire , Hérodote les enchanta par la nouveauté de cette entreprise, par le charme de sa diction , et surtout par les fables. » Volt. « Quand nous lûmes les ouvrages des Toscans , nous fûmes aussi enchantés que nous Tétions quand nous lisions les beaux morceaux de Milton, d'Addison, de Dryden et de Pope. » Id. ce Le monde moral est celui qui nous éblouit et nous enchante. » Boss. ce II fut surpris , ou plutôt enchanté de ma vue. » Les. ce Je découvre beaucoup de talent au travers des défauts de nos comédiennes. Je vous dirai même que je suis enchanté de l'actrice qui a fait la suivante dans les intermèdes. » Id.

Charmer exprime une impression de douceur , qui affecte la sensibilité. Enchanter marque une impression de surprise , qui dépend d'une appréciation de la raison. Le plaisir causé par ce qui charme est un agrément ; le plaisir causé par ce qui enchante est plus sérieux et réfléchi. « Dès que parurent ces conversations de Bélisaire avec Justinien , tout Constantinople en fut charmé. La quinzième conversation surtout enchanta les esprits raisonnables.» Volt, ce J'étais charmé de la figure d'Alcime, enchanté de son langage, idolâtre de ses vertus. » Marm.

Entre charmer et enchanter, d'une part, et ravir de l'autre , la différence est celle de l'immobilité au mouvement. Ce qui charme ou enchante rend ébahi, interdit, stupéfait, conformément au sens propre de ces mots qui veulent dire assoupir, empêcher l'action d'une personne ou l'effet naturel d'une chose. Ce qui ravit, au contraire , fait agir , emporte , enlève , fait venir à soi. ce Le genre1 sublime ravit et transporte. » B.OLL. & Ravie de la perfection infinie de Dieu, l'âme se laisse entraîner par une telle beauté. » Boss. Ëpicure distingue deux sortes de plaisirs, les uns qui consistent dans le repos , et les autres qu'il appelle agités : aux premiers se rapportent charmer et enchanter , aux autres ravir. La littérature et les beaux-arts à l'envi charmaient et enchantaient les Athéniens ; les chants de Tyrtée ravissaient les Spartiates. Un spectacle charme ou enchante , il se borne à frapper ; un discours ravit , il excite les mouvements de l'âme et peut provoquer à l'action, ce II vivait entouré d'amis toujours charmés de le voir , et toujours ravis de l'entendre. » Montesq. On charme et on enchante les sens, capables seulement de modification;

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

mais on ravit l'âme ou le cœur , on les fait bondir, tressaillir, ou on les entraîne.

Je vous adore, et vous m'aimez, Mon cœur en est ravi, mes sens en sont charmés.

Mol.

Ce qui charme ou enchante est magique, merveilleux , fait impression ; ce qui ravit est fort.

CHEVAL, COURSIER, ROSSE. Animal qu'on emploie à porter et à tirer comme l'âne , mais qui est plus grand, qui a les oreilles plus petites, ^t qai hennit au lieu de braire.

Cheval vient du latin càballus , cheval de bagage ou de fatigue. C'est le nom commun de l'espèce, le mot de l'histoire naturelle, celui dont on se sert continuellement , et qui ne réveille aucune idée accessoire particulière.

Coursier, qui fait des courses , dont l'office est de courir , représente le même animal , non plus comme utile et comme prenant part à nos travaux pénibles , mais dans sa fonction la plus noble , comme emporté et brillant dans la carrière, comme partageant avec nous la gloire des joutes et des combats. Aussi coursier signifie-t-il un cheval grand, beau, superbe, et se trouve-t-il ordinairement accompagné d'épithètes qui ne peuvent convenir qu'au roi des animaux domestiques.

Sa main sur les chevaux laissait flotter les rênes : Ses superbes coursiers qu'on voyait autrefois, Pleins d'une ardeur si noble obéir à sa voix, L'œil morne maintenant....

{Phèdre, récit de Tbéramène.) Rac.

Tantôt faire voler un char sur le rivage, Tantôt, savant dans l'art par Neptune inventé, Rendre docile au frein un coursier indompté. Id. » Louis XII fit son entrée dans Gênes , monté sur un coursier tout noir, armé de toutes pièces. » Boss. Dans cette pompe des Perses « venait d'abord un char consacré à Jupiter , traîné par des chevaux blancs, et suivi d'un coursier d'une grandeur extraordinaire qu'ils appelaient le cheval du soleil. » Roll. « Semblable à un coursier fougueux qui bondit dans les vastes prairies. » Fén. s Alors l'imagination s'échauffe , l'enthousiasme agit ; c'est un coursier qui s'emporte dans sa carrière. » Volt, a Déjà George, le Mars de l'Angleterre , était descendu du haut de l'empyrée , monté sur le coursier immortel devant qui les plus fiers chevaux du Limousin fuient.... » Id. Rosse a été pris de l'allemand Ross, qui, dans cette langue , a la signification de. notre mot coursier , mais que nous avons dégradé par une sorte de dérision. C'est ainsi que de Land, Ruch,Herr, Rappier, nobles en allemand , d'où nous les avons tirés, nous avons fait des mots qui expriment quelque chose de peu de prix ou quelque chose de risible : landes , oouquin , hère , rapière. Le fait est que rosse , dans la langue française , désigne un mauvais cheval, a Voudriez-vous qu'on tuât tous les chevaux d'une ville, parce qu'il y a quelques rosses qui ruent et qui servent mal? » Volt. « Il y a des peuples à qui l'on a crevé les deux yeux comme aux vieilles rosses à qui l'on fait tourner la meule. » Id. a En France les chevaux de poste ne sentent la gaule que sur les épaules du postillon.... En payant grassement les guides , je crus suppléer à la mine et au propos;

ce fut encore pis. Ils me prirent pour un piedj plat. Dès lors je n'eus plus que des rosses, et je | devins le jouet des postillons. » J. J. a On voit bien que vous avez été engendré de deux vieilles rosses : vous avez des salières sur les yeux à y fourrer le poing. »'R.egn.

Dans sa cinquième satire , Boileau a très-heureusement opposé coursier et rosse comme indiquant , l'un ce qu'il y a de plus relevé , l'autre ce qu'il y a de plus vil en fait de chevaux : Entre tant d'animaux qui sont ceux qu'on estime? On fait cas d'un coursier qui, fier et plein de cœur, Fait paraître en courant sa bouillante vigueur, Qui jamais ne se lasse, et qui dans la carrière S'est couvert mille fois d'une noble poussière. |? Mais la postérité d'Alfane et de Bayard , Quand ce n'est qu'une rosse, est vendue au hasard, Sans respect des aïeux dont elle est descendue , Et va porter la malle ou tirer la charrue. Coursier se dit particulièrement bien dans la poésie noble , tandis que rosse a sa place légitime dans le plaisant ou le comique.

CHOISIR , OPTER , ÉLIRE , PRÉFÉRER , AIMER MIEUX , ADOPTER , TRIER. Se déterminer en faveur d'une chose plutôt qu'en faveur de toute autre.

C'est l'idée purement et simplement exprimée par choisir; chacun des autres mots la présente modifiée d'une certaine façon.

Opter signifie choisir, étant contraint de se décider , étant placé dans une alternative où il faut nécessairement suivre tel parti ou tel autre. Aussi ce verbe se trouve presque toujours avec falloir. Dans le choix la liberté est entière ; dans l'option , elle est limitée , on vous offre à choisir eeci ou cela , prononcez-vous , il n'y a pas de milieu. Une jeune fille est tout à fait maîtresse d'elle-même quand on la laisse choisir un époux; c'est toute autre chose quand elle n'a que Yoption, elle est obligée de se donner à l'un des deux ou trois prétendants qu'on lui désigne. Un candidat à la députation choisit le département ou les départements dont il brigue les suffrages ; s'il est élu dans plusieurs, il faut qu'il opte. « Loth sur le point de se séparer d'Abraham et maître de choisir de la droite ou de la gauche , leva les yeux avant que d'opter , vit à l'entour une contrée fertile et laissa à Abraham celles qui lui parurent moins délicieuses. » Mass. Voilà le vrai sens d'opter, choisir entre la droite ou la gauche, entre le oui ou le non , entre telle chose ou telle autre , entre partir ou rester , etc. Quand on a à choisir, on hésite quelquefois; quand on a à opter, quelquefois on balance, « Faut-il opter (entre les grands et le peuple)? Je ne balance pas , je veux être peuple. » Labr. « Qu'on est à plaindre , quand on se trouve en certaines situations où il faut opter entre sa fortune et sa conscience ! Il est rare alors qu'on ne s'affaiblisse pas. » Mass. « Les Achéens se trouvaient dans une situation où ils ne pouvaient éviter un inconvénient que pour tomber dans un autre. Il n'y avait pas de milieu : il fallait avoir les Romains pour amis ou pour ennemis ; il fallait opter. L'alliance des Romains fut acceptée. » Cond. « On donnait aux Étoliens Y option , ou de s'abandonner à la discrétion du sénat , ou de payer au peuple romain

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