DEUXIÈME PARTIE
ordre. « En vain le Sauveur veut imposer silence à la multitude; malgré le commandement qu'il leur fait , et plusieurs ordres réitérés de sa part, ils élèvent la voix. » Bourd. « Le corps est remué et transporté d'un lieu à un autre au commandement de l'âme : les yeux et les oreilles se tournent où il lui plaît , les mains exécutent ce qu'elle ordonne.... » Boss. Le prince, qui commande à ses sujets, leur ordonne telles ou telles choses, dans tels ou tels cas. Dieu ou la loi commande certaines choses ; le médecin ordonne un remède à un malade. — On obéit au commandement , on exécute l'ordre : le commandement émane de l'autorité , de Dieu ou d'un souverain ; et l'ordre, du pouvoir, d'une puissance déléguée et subalterne, qui ordonne, arrange, dispose selon ses intentions. Celui qui gouverne commande, ses agents ordonnent. « J. C. devait paraître dans le temple , comme le fils de la maison , pour y ordonner ce que son père avait prescrit. » Boss. A la place de -prescrit , commandé conviendrait tout autant '. — Commandement est formel et a rapport à la manière ; ordre est matériel et relatif au fond des choses ; on commande rudement , on ordonne des cruautés. — Enfin , le commandement étant plus général est aussi plus vague. L'équité commande, la justice ordonne. On commande simplement ; on ordonne sous des peines. Ce qui commande l'admiration ne l'exige pas absolument, n'en fait pas un devoir, une loi.
Le précepte est d'un précepteur, d'un homme qui enseigne. Ce mot n'appartient pas , comme les deux précédents , au langage ordinaire , mais au style doctoral. Il signifie une maxime , une règle de conduite. On cède ou on résiste au commandement et à l'ordre , ils sont plus ou moins absolus ; on se laisse ou on ne se laisse pas guider par le précepte, il est plus ou moins sage. On est sous l'empire, sous la domination du maître qui commande ou ordonne; le précepte suppose un maître qui instruit et dirige. Les préceptes de la religion et de la philosophie nous apprennent à nous soumettre aux commandements et aux ordres de ceux dont nous dépendons.
L'injonction est un commandement ou un ordre exprès , auquel il faut indispensablement obéir, et qui s'éloigne le plus d'un simple conseil , d'une
\. Prescrire signifie commander ou ordonner avec précision, en décrivant ou en assignant le comment, les limites, le degré, oc Juger selon les formes prescrites. » Pasc. a La nature ne veut pas que les animaux passent les limites qu'elle leur a prescrites. » Id.
Scipion ne fait rien que Rome ne commande, Rien qui ne soit prescrit par nos communs traités.
Volt.
«Le plénipotentiaire a son fait digéré par la cour, les moindres avances qu'il fait lui sont prescrites. » Labr. Il faut faire docilement ce qui est commandé ou ordonné , et exactement, à la lettre, ce qui est prescrit. On suit un régime ordonné, et on le suit tel qu'il est présent: «Quand vous êtes malade, est-il un régime que vous ne suiviez tel qu'il vous est prescrit ? » Roukd. On peut commander ou ordonner, mais non pas prescrire, en laissant indécis ou indéterminé le lieu, le temps, la manière, les moyens, a Nous fîmes les libations ordonnées (par Circé) et les vœux prescrits pour les ombres. » FjLx.
simple invitation, « Dieuv ne conseille pas seulement au riche d'entretenir le pauvre , ne l'y exhorte pas seulement , mais le lui enjoint , et lui en fait un devoir rigoureux. » Bourd. « L'Église commande expressément aux enfants baptisés de garder inviolablement ces dispositions ; et elle enjoint , par un commandement indispensable , aux parrains d'instruire les enfants de toutes ces choses. t> Pasc. Au reste, injonction et enjoindre se disent surtout en termes de jurisprudence et d'administration, « Philippe de Valois enjoint, dans son ordonnance , aux officiers des monnaies de tromper les marchands de façon qu'ils ne s'aperçoivent pas qu'il y ait mutation de poids. 53 Volt. « Le 23 février 1771, six parlements nouveaux furent institués sous le titre de Conseils supérieurs , avec injonction de rendre gratis la justice. » Id. « Si j'avais été juge , j'aurais donné toute raison à Beaumarchais , mais j'aurais supprimé ses Mémoires avec injonction d'être plus circonspect. » Lah. « Saturnin fit rendre un décret par le peuple portant injonction aux consuls de faire publier qu'on interdisait le feu et l'eau à Métellus. » Roll.
Il est inutile d'ajouter à ces mots , comme l'a fait Girard , celui de jussion , qui n'est plus usité aujourd'hui et dont les dictionnaires donnent une définition qui ne laisse rien à désirer.
1° COMMENCEMENT , NAISSANCE ; — 2° ORI- GINE, SOURCE. Ces mots se disent des choses en tant qu'elles viennent à être, et en marquent le point initial ou le point de départ.
Mais commencement et naissance représentent les choses elles-mêmes arrivant à l'existence, commençant ou naissant; tandis que origine et source indiquent d'où elles viennent, d'où elles sortent , d'où elles découlent. Le commencement de la guerre est un acte d'hostilité par lequel elle débute; son origine, c'est quelque chose d'antérieur qui l'a amenée. Le commencement de nos maux en est la première partie ; leur source est ce d'où ils émanent. La naissance d'une personne donne l'idée de cette personne elle-même venant au monde ; son origine fait concevoir le lieu d'où elle est issue. Et , dans le sens d'extraction , la naissance d'une personne exprime la noblesse de la famille où elle est née ; son origine fait connaître l'antiquité de sa race. L'homme né à Paris y a vu le jour pour la première fois 5 celui qui est originaire de Paris descend d'ancêtres qui étaient Parisiens. Nous tenons à nos parents par la naisssance , à Adam et à Dieu par notre origine, « Comme le sang des rois fait passer avec lui dans leurs enfants le courage et la magnanimité de leurs ancêtres et des sentiments dignes de leur naissance, on voudrait que le sang de J. C. , en coulant dans vos veines au pied de l'autel, vous rendît les images vivantes de J. C. et vous inspirât des sentiments dignes d'une si haute origine. » Mass. — Une chose prend commencement ou naissance comme elle prend fin ; une chose tire son origine ou sa source de plus ou moins haut ou loin.
1° Commencement, naissance. Première partie ou première apparition, premier acte de présence des choses qui viennent à être.
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
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Commencement est général; naissance ne se dit que des animaux : le commencement d'une maladie , la naissance d'un enfant. Le commencement est opposé à la fin , la naissance à la mort.
Lorsque naissance se prend au figuré , il diffère moins , mais il diffère toujours de son synonyme. Il ne convient qu'en parlant des choses qui peuvent être considérées comme ayant une sorte de vie et comme étant susceptibles , non pas seulement de durée et d'extension, mais d'accroissement : la naissance d'un État (Acad.), de l'Eglise (Pasc), d'une sédition (Acad.), d'un incendie (Bourd.), du luthéranisme (Id.). On dit le commencement et non la naissance d'une page. — D'ailleurs, au lieu que commencement est un terme abstrait, qui signifie, et n'exprime pas, naissance est un mot concret, qui dépeint un événement, qui parle à l'imagination. Commencement du monde ou du printemps désigne une époque : naissance du monde ou du printemps fait assister en esprit au débrouillement du chaos et aux premières circonstances, aux premières scènes, par lesquelles la nature ouvre la belle saison. On fait un voyage au commencement du printemps ; un poète décrit la naissance du printemps.
2° Origine, source. Ces mots servent à faire connaître d'où procèdent les choses qui viennent à être.
Origine est pris au propre , source au figuré. Origine se dit à l'égard de tout ce qui s'élève ou se produit, orilur , comme les astres s'élèvent en partant de l'Orient : l'origine d'un homme , d'une guerre; Y origine d'un mot, de la civilisation. Source , en conséquence de sa signification primitive , qui ne doit jamais être perdue de vue , peut être employé uniquement quand il est question, non pas de choses individuelles ou abstraites, insaisissables à l'imagination, mais de choses propres à être représentées comme se succédant ainsi que les eaux d'une fontaine , et comme ayant un cours. Une source de misères (J. J.). a La tradition est la vraie source de la vérité. » Pasc. « Il faut remonter jusqu'à cette origine de la guerre de la Hollande.... Cette guerre est la vraie source de tous les maux que la France souffre. » Fén. a Jésus-Christ montrait clairement , par les livres sacrés , que son origine remonte jusqu'à la source du genre humain. » Id. — De plus, Y origine a un caractère théorique : on cherche à la connaître, elle est plus ou moins obscure, plus ou moins difficile à découvrir. La source a un caractère pratique , on y puise , elle est plus ou moins abondante. L'historien doit s'enquérir des origines, et puiser dans les sources. On remonte kY origine, on recourt à la source, « La providence de Dieu , étant l'unique et véritable cause de nos maux , l'arbitre et la souveraine , il est indubitable qu'il faut recourir directement à la source et remonter jusqu'à Y origine, pour trouver un solide allégement. » Pasc. Origine , substitué à source dans la phrase suivante de Massillon , serait d'une impropriété sensible : « Si la justice et la piété dans les grands prennent la place des passions et de la licence , qu'elle source de bénédictions pour les peuples ! »
COMMERCE, NÉGOCE, TRAFIC. Ces trois mots expriment une sorte d'industrie qui consiste à procurer des denrées ou des valeurs pour d'autres ou pour de l'argent.
Commerce , commercium, est le seul traduit exactement d'un mot latin dont le sens reproduise l'idée commune. Il est formé de cum, avec, ensemble, et de merx, mer ces, marchandises: il signifie proprement échange de marchandises. Dans toutes ses acceptions figurées se retrouve cette idée d'échange, de communication réciproque : commerce d'idées, de sentiments, de lettres ; le commerce de la vie , le commerce du monde ; le commerce des savants , de deux amis , des époux. — Commerce est le terme général, le seul fréquemment usité , celui qui peut presque toujours remplacer les deux autres, et auquel souvent les deux autres ne peuvent être substitués. Il se dit seul d'une manière absolue en termes d'histoire, d'administration ou de législation pour représenter simplement et sans aucun accessoire, par rapport à l'humanité tout entière, ou aune nation, ou aux individus, ce développement de l'activité de l'homme qui fait passer et circuler les choses des uns aux autres par échange.
Négoce vient du latin negotium (nec otium, privation de loisir), occupation* affaire. Il ne désigne pas le fait de l'échange, mais les soins, les occupations , les démarches , les calculs , les combinaisons pour arriver à cette fin. Les acceptions dérivées de ce mot le témoignent comme son étymologie. Négocier, négociation , négociateur, marquent l'action de traiter, de manier, de conduire avec art , avec travail , des affaires publiques ou privées. On négocie un traité , une alliance , un mariage , un accommodement. — Au lieu que commerce exprime simplement le mode d'industrie en général ou en particulier , négoce fait concevoir la profession qu'on exerce avec plus ou moins de talent, et montre la pratique, le détail et le tracas des affaires commerciales. On s'enrichit par le commerce ; ce qui fait entendre uniquement que ce n'est pas par tel ou tel autre genre d'industrie; on quitte le soin de son négoce (Mol.); on est exercé dans un négoce (Mass.); on est engagé dans les soins d'un légitime négoce (Bourd.);. on voyage pour les affaires de son négoce (Fén.). « Après avoir acquis dans son commerce une fortune honnête, il quitta sur ses vieux jours le négoce et les affaires et mit un intervalle de repos et de jouissance entre les tracas de la vie et la mort. » J. J. « Colbert étant sans lettres , élevé dans le négoce, et chargé par Mazarin des détails d'affaires , ne pouvait avoir de goût pour les beaux-arts ; ses grandes vues pour la finance et pour le commerce ne s'étendirent pas d'abord jusqu'aux arts aimables. » Volt. « Comme, en Suisse, les sujets en général ont très-peu de commerce , le négoce n'est assujetti à aucune charge, excepté de petits droits d'entrepôt. » Montesq. « Les Phéniciens étaient nés avec un génie si heureux pour le négoce , qu'ils furent regardés comme les inventeurs du commerce de mer. » Roll. — Comme négoce signifie l'exercice du commerce t ceux qui sont voués par