‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 443 sur 881 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

qu'un homme ne fait point par raison. » Fén. « Ne doit-il pas se préparer tranquillement à la perte de son procès , loin d'en marquer d'avance un dépit d'enfant? » J. J. « Je n'ai plus ni humeur ni dépit contre les pagodes au milieu desquelles je vis. » Id. « Je me suis crue abandonnée , et , dans mon dépit , j'ai reçu la main du connétable que mon père m'a présentée. » Les. a Je fis des réflexions, sans toutefois mépriser moins les menaces de la colère du roi et du dépit de Mme de Maintenon. » S. S.

Ira , nom latin de la colère , nous a donné ire , autrefois usité dans les cas où nous employons à présent courroux. On a dit Vire comme la superbe , dans le grand , en parlant de Dieu et des souverains , par exemple : « Vierge sainte , apaisez sur les ennemis de l'Église Vire formidable de Dieu. » Boss.

Quand quelque Dieu, voyant ses bontés négligées, Nous fait sentir son ire, un autre n'y peut rien.

Laf.

Puis , passant d'un extrême à l'autre , comme il arrive presque toujours à l'égard des plus belles expressions qui tombent ainsi en désuétude , on ne s'est plus servi du mot ire que par forme de badinage dans la poésie familière ou héroï-comique. DansT^mour médecin de Molière, un marchand d'orviétan dit :

Admirez mes bontés, et le peu qu'on vous vend Ce trésor merveilleux que ma main vous dispense. Vous pouvez avec lui braver en assurance Tous les maux que sur nous Vire du ciel répand.

On lit dans la Pucelle de Voltaire :

Tels La Trimouille et le dur Tirconel

Se préparaient au terrible duel

Par ces propos pleins à1 ire et de menace.

La bile est proprement le symbole physiologique de la colère : elle ne se prend pour la colère même que dans le discours commun , et encore il est bon que le mot bile soit mis avec d'autres mots qui rappellent sa signification originaire : émouvoir la bile , décharger ou retenir sa bile.

COLLECTION, RECUEIL, COMPILATION (RAP- SODIE , RAMAS, RAMASSIS). Assemblage de choses qui sont ou qu'on donne pour être belles ou curieuses , propres à plaire ou à instruire.

Collection et recueil ne se disent pas proprement des mêmes choses. On fait collection d'objets, tableaux, armes, médailles, antiquités de toutes sortes , coquilles , minéraux , insectes , ou choses semblables, c'est-à-dire qui ne sont pas de nature à composer un tout. Mais on fait un recueil de pièces, d'écrits, d'actes, de discours, d'anecdotes , de chansons , de lettres , de contes ; choses qui peuvent être jointes ensemble de manière à former corps, « Collection se dit des choses qui continuent d'être autant de touts séparés , et qui ne sont réunies que parce qu'elles sont renfermées dans un seul lieu; recueil se dit de* choses qui sont plus faites pour se réunir en un seul tout. » Cond. La collection vous présente des objets étalés les uns à côté des autres dans des galeries, des cabinets, des rayons, des cases; le recueil vous présente réunies en un seul volume , en un seul cahier , différents fragments , morceaux, extraits ou opuscules de littérature

ou d'art. Une bibliothèque est une collection de livres ; un livre est un recueil de pensées.

Quelquefois cependant on se sert des deux mots en parlant des mêmes choses : collection ou recueil de plantes, de livres, d'estampes, de lois, de vaudevilles, des productions d'un auteur. Alors collection , en vertu de sa particule initiale cura (collectio, de cum légère, prendre ou rassembler avec, ensemble), marque tdultiplicité , grand nombre de choses ; il est collectif ou compréhensif. Par opposition , recueil exprime quelque chose de moins étendu ou de plus petit. On donne la collection des conciles , des pères , des canons, des classiques latins; et un recueil de poésies fugitives, ou de bons mots. On donne la collection du tout, et le recueil d'une partie. « Nous n'avons pas plus de temps qu'il ne nous en faut pour rassembler assez de portefeuilles et de papiers pour l'immense collection (de plantes) que nous allons faire.... J'ai été assez heureux pour pouvoir insérer dans le petit recueil (herbier) que j'ai eu l'honneur de vous envoyer quelques plantes curieuses. » J. J. « Cela se trouve dans une lettre que j'ai depuis insérée dans la collection de mes œuvres.... De là me vint le projet de faire cette ode que vous trouverez dans le recueil de mes poésies. » Marm. — La collection a pour qualités d'être grande, volumineuse, riche , complète. Les qualités du recueil se tirent de la nature des choses qui y sont contenues , ou , suivant la force de la particule initiale re , du soin qu'on a mis à les choisir. « Voilà ce que j'appelle les ruses du comte de La Blache. Mais cette consultation de l'adversaire ne mériteraitelle pas aussi de trouver place en ce recueil ingénu des ruses , puisqu'elle-même en est la plus ample collection?» Beaum. «Lorsque après la mort de Saint-Êvremond on rassembla dans une volumineuse collection tous ces fragments épars qui, séparément, avaient fait tant de fortune; ce recueil , qui montrait Saint-Évremond tout entier, le réduisit à sa juste valeur. » Lah. Voltaire dit au sujet d'une grande bibliothèque de deux cent mille volumes : « Dans cette immense collection de livres, il y en a environ cent quatre-vingt-dix neuf mille qu'on ne lira jamais , du moins de suite. » Et J. J. Rousseau, dépeignant les Neufchâtelois : a Les paysans mêmes sont instruits ; ils ont presque tous un petit recueil de livres choisis qu'ils appellent leur bibliothèque. » Pour faire de belles collections , il faut du temps , des moyens extérieurs de toute espèce, du savoir, de la patience ; pour faire un bon recueil , il faut d'ordinaire des lumières, du goût, de la critique, du discernement.

La compilation est une sorte de recueil littéraire. Mais, au lieu que dans le simple recueil se trouvent réunis des morceaux laissés tels quels, intacts , ceux qui entrent dans la compilation ont été employés et traités comme des matériaux, modifiés, abrégés, fondus ensemble, et il en est résulté, non pas un répertoire, mais un ouvrage. Un recueil est bon , si les pièces qu'il contient ont de la valeur et ont été bien choisies; une compilation est bonne , si elle est bien faite : a Vhistoire ancienne de Rollin est encore la

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

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meilleure compilation qu'on ait en aucune langue, parce que les compilateurs sont rarement éloquents, et que Rollin l'était. » Volt. « Le jugement que vous portez sur l'œuvre posthume d'Helvétius ne me surprend pas. Son ouvrage est plus capable de faire du tort que du bien à la philosophie; j'ai vu avec douleur que ce n'était que du fatras , un amas indigeste de vérités triviales et de faussetés reconnues. On trouve d'ailleurs dans cette compilation irrégulière beaucoup de petits diamants brillants semés çà et là. » Id.

Avec ces mots Leroy a comparé , suivant l'indication de Girard , rapsodie et ramas , auxquels Condillac a joint ramassis. Mais rapsodie, ramas et ramassis ont cela de particulier par rapport à collection , recueil et compilation , qu'ils se prennent toujours en mauvaise part. — Ensuite , pour ce qui regarde les différences à mettre entre eux, rapsodie est purement littéraire , comme compilation, et familier; sans compter que le défaut qu'il suppose provient plutôt de l'incohérence et de la bigarrure des matières que de leur nature ou de leurs qualités. Ramas et ramassis, ce qu'on a ramassé , pris par terre, dans la poussière ou dans la boue , se disent , au contraire , par mépris, et non pas familièrement et par badinage , d'une réunion de choses quelconques ou même de personnes , par elles-mêmes viles ou mauvaises. — Ramas et ramassis ont été distingués l'un de l'autre dans la Ire partie , p. f92.

COMMANDANT, CAPITAINE, GÉNÉRAL. Dans un sens très-étendu et sans relation au grade particulier , ces mots désignent des chefs militaires.

Commandant , celui qui commande , signifie dans une armée un officier considéré comme un supérieur , et non pas comme un guerrier , comme un homme qui exerce plus ou moins bien le métier des armes. Ce qui distingue nettement le commandant du capitaine et du général, c'est qu'on se le représente , abstraction faite de sa conduite sur le champ de bataille. « Ces troupes campées autour de la ville , se mirent en marche sous leurs commandants. » Fén. « Spartacus fit combattre trois cents prisonniers romains aux funérailles d'un des commandants de son armée. » Lah. « Ni la marche des troupes, ni le campement des armées , ni les quartiers d'hiver, ni le séjour des commandants dans une ville n'étaient à charge à personne. » Roll. a Cyrus le Jeune se mêlait avec le simple soldat, mais sans que la dignité de commandant en souffrît. » Id. « L'éclat des plus grandes victoires ne mettait point à couvert des recherches des tribuns le général qui n'avait pas assez ménagé la vie de ses soldats, ou qui, pendant la campagne , les avait traités avec trop de hauteur : il fallait qu'il sût allier la. dignité du commandant avec la modestie du citoyen. » Vert. — Que s'il y a quelque chose de remarquable dans le commandant, c'est la tête plutôt que la main, ce sont les qualités intellectuelles, et non pas les qualités d'exécution, a Ce n'est point de cent mille bras qui composent une armée que dépend la victoire , mais de la tète du commandant. »

Roll. « Le grand principe de Paul Emile était qu'un commandant , plus que tout autre , doit écouter les conseils. » Id. « Les chefs sentent dans le fils d'Ulysse je ne sais quelle autorité à laquelle il faut que tout cède : l'expérience des vieillards leur manque ; le conseil et la sagesse sont ôtés à tous les commandants.... Il fait le tour en diligence , et tous les capitaines les plus expérimentés le suivent. » Fén.

Le capitaine et le général sont des hommes d'action, des chefs qui dirigent dans les opérations de la guerre et surtout dans les combats. Ils diffèrent cependant l'un de l'autre de plusieurs façons.

1° Capitaine est qualificatif et attribue de la valeur comme guerrier-, au lieu que général marque plutôt un simple titre. Le général Merci était regardé comme un des plus grands capitaines (Volt.). « Louvois persuadait à Louis XIV qu'il était plus grand capitaine qu'aucun de ses généraux. » S. S. « Ce député (parvenu au Capitule) annonça la victoire de Camille, et il demanda, de la part de tous les Romains qui étaient dispersés, ce grand capitaine pour leur général. » Roll. — 2° Quand général se prend comme capitaine dans le sens qualificatif, il annonce du génie, quelque chose de naturel, et non pas, comme capitaine, quelque chose d'acquis , de l'expérience. « La plupart des grands capitaines sont devenus tels par degrés. Condé était né général; l'art de la guerre semblait en lui un instinct naturel.... Il n'y avait en Europe que lui et le Suédois Torstenson qui eussent à vingt ans ce génie qui peut se passer de l'expérience. » Volt. — 3° Capitaine dit moins que général sous tous les points de vue : il exprime une capacité moins haute ou moins vaste , un talent qui s'exerce sur une plus petite échelle , à la tête d'un corps et non de toute une armée, ou bien il s'applique à des hommes dont le nom a jeté un moindre éclat. « Les ministres de Louis XIV étaient alors les plus forts de l'Europe, ses généraux les plus grands, leurs seconds les meilleurs et qui sont devenus des capitaines enleur école. » S. S. a Scipion tenait le premier rang parmi les capitaines et les généraux de la république. » Vert. « C'est dans ces occasions qu'un simple capitaine pouvait quelquefois faire une plus grande fortune dans ces pays (de l'Inde) qu'aucun général parmi nous. » Volt. « Alors les pirates formèrent des armées; leurs capitaines devinrent des généraux. » Roll. «Ces deux capitaines, Annibal et Scipion, dignes d'être mis en parallèle avec ce qu'il y avait jamais eu de plus grands princes et de plus fameux généraux. » Id. « Ces historiens (Thucydide , Xénophon, Polybe ) étaient en même temps excellents capitaines.... Ils apprennent par l'exemple des plus grands généraux de l'antiquité, et par une sorte d'expérience anticipée, comment il faut faire la guerre. » Id.

COMMANDEMENT , ORDRE , ( PRESCRIPTION) , PRÉCEPTE , INJONCTION. Déclaration de volonté qui détermine ce qu'un autre doit faire.

Commandement est général ; ordre , particulier : celui qui a le commandement donne un

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