‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 449 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

données ont été fausses elles-mêmes ou mal combinées, ou quand on en a négligé quelqu'une. — Un mauvais compte est inexact, non véritable, non conforme à ce qui est ; un mauvais calcul est erroné ; une mauvaise supputation est faite sans soin , avec des données incertaines , insuffisantes ou mal employées.

On ne peut compter certaines choses , faute de loisir, parce qu'elles sont trop nombreuses ou qu'elles ne se montrent pas toutes. On ne peut calculer, faute de science ou de méthode. On ne peut supputer faute de données, de renseignements, ou parce qu'on ne sait pas interpréter ceux qu'on a , c'est-à-dire les rapprocher de manière à en faire sortir ce qui naturellement doit en résulter.

CONCERNER, REGARDER, TOUCHER. Se rapporter à.

Concerner se distingue des deux autres mots en ce qu'il marque un rapport plus éloigné , plus général, plus vague et plus faible. Ce qui concerne un art n'est pas de son £ ressort aussi strictement que ce qui le regarde ou le touche. Ce qui concerne tel vice ou tel ridicule dans une satire ordinaire ne peut offenser qui que soit; ce qui regarde ou touche le vice ou le ridicule d'un homme désigné par son nom dans une satire personnelle le blesse justement. Ce qui vous concerne a simplement trait à vous : il y a dans cette lettre, quelque chose qui vous concerne (Laf.). Ce qui vous regarde ou vous touche vous intéresse : je prends part à tout ce qui vous regarde ou vous touche (Laf., Sév., Regn., Les.); on ne dirait pas à tout ce qui vous concerne. Concerner ne conviendrait pas non plus dans cette phrase de Nicole : ce Pourquoi cette personne n'a-t-elle aucune application à ce qui me touche, puisque je m'applique avec tant de soin à ce qui peut la regarder? » Tel règlement ou tel article de règlement concerne telle classe d'hommes, c'est à eux qu'il s'applique; telle affaire regarde ou touche certains hommes , elle importe à leur fortune ou à leur honneur. Ce qui nous concerne ne nous est pas étranger, s'adresse à nous ; ce qui nous regarde ou nous touche ne nous est pas indifférent. Nous jugeons bien de ce qui concerne le prochain; mais l'amour-propre nous empêche de penser aussi sainement de ce qui nous regarde ou nous touche (Bourd.). Dans une de ses lettres , Mme Dudeffand , ayant parlé de choses communes , de bruits publics , ajoute : « Pour ce qui concerne ce qui nous regarde...,» c'est-à-dire relativement à nos affaires propres, personnelles , et dont nous devons spécialement nous soucier....

Regarder et toucher diffèrent aussi. Il y va de nos intérêts dans ce qui nous regarde , et de nos intérêts les plus chers dans ce qui nous touche. L'un de ces verbes indique une affaire ordinaire, l'autre une affaire de cœur ou d'honneur. Un plaideur parle volontiers de tout ce qui le regarde; un amant ou un homme susceptible, de tout ce qui le touche. Quand nous aimons bien les gens , tout ce qui les regarde nous touche ; ce qui regarde Dieu devrait nous toucher (Mass.). — D'ailleurs, regarder, à la différence de tou-

cher, annonce souvent quelque chose à faire,

une conduite à tenir : un soin nous regarde; il

ne nous touche pas proprement :

Mais à qui de Joas confiez- yous la garde?

Est-ce Obed, est-ce Ammon que cet honneur regarde ?

Rac.

Cela me regarde , c'est-à-dire c'est moi qui dois m'en mêler, m'en occuper, y pourvoir. Ne négligeons pas ce qui nous regarde; soyons sensibles à ce qui nous touche.

Ainsi, pour ne parler que de l'essentiel, il y a gradation de l'un à l'autre de ces mots : ils expriment un rapport de plus en plus précis et prochain. L'étymologie le dit assez : ce qui nous concerne (cernere cum , voir avec , entre autres) , nous voit , nous a en vue , mais de loin et peu distinctement; ce qui nous regarde nous voit d'une manière attentive, directe, spéciale; la chose qui nous touche est aussi près de nous que possible , puisqu'elle est en contact avec nous.

CONCLURE, INFÉRER, INDUIRE. Ces termes de philosophie indiquent l'action de tirer des conséquences , de faire sortir de certaines vérités d'autres vérités par le. raisonnement.

Conclure est incomparablement plus usité que les deux autres mots ; il exprime d'ailleurs une manière de raisonner plus conciliante , plus démonstrative , plus achevée. La conclusion met fin au discours , ne laisse plus rien à dire. — Conclure se met bien après inférer et induire , comme ajoutant à l'idée de l'un et de l'autre. « Dans ce moment où les autres meurent , le sot commence à vivre : son âme alors pense, raisonne , infère , conclut. » Labr. ce On ne doit donc rien inférer, rien conclure de la formation de ces granits secondaires. » Buff.

Inférer, latin inferre, porter dans ou vers, transporter d'une proposition à une autre, annonce une conséquence lointaine , un corollaire très-distant du principe, ce Dans ce chapitre, saint Augustin , après avoir établi que les plus grands biens sont uniquement la vertu , conclut que ce dernier genre de bien est d'autant plus de Dieu, qu'il est le plus excellent de tous; d'où il infère encore , comme un corollaire d'une si belle doctrine , qu'il ne peut se présenter aucun bien qui ne nous vienne de Dieu. » Boss. ce L'Homme-Dieu est ressuscité pour ne plus mourir.... Or qu'est-ce que saint Paul inférait de là ? Ah ! chrétiens , ce que nous n'aurions jamais attendu, mais ce que l'esprit de Dieu lui faisait conclure pour nous. » Bourd.

Induire, indue er e , conduire en ou vers, ne marque pas comme inférer qu'on mène brusquement loin du principe, à l'une de ses conséquences les moins prochaines , les moins immédiates. Ce qui fait la faiblesse de l'induction , son infériorité à l'égard de la conclusion, ce n'est pas l'éloignement qui s'y trouve entre la conséquence et le principe, c'est qu'on s'y fonde sur un principe incertain, sur des faits, sur des indices, sur des analogies ou des hypothèses, d'où ne peuvent résulter que des conjectures, ce Pour exclure tant d'actes commandés de Dieu, on se sert encore du mot de silence et d'anéantissement , dont on abuse pour induire la sup-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

pression de toute action et opération qu!on peut exciter avec la prévention de la grâce. » Boss. « Quand vous attribuez à saint Clément la désappropriation des mystiques , pour induire cette impuissance de faire des actes , vous lui donnez votre langage , et non pas le sien. » Id. « Il ne s'ensuit pas de ce qu'il a trouvé cet oiseau au fond d'un terrier, que ce soit l'oiseau qui l'a creusé ; et ce qu'on en peut seulement induire , c'est qu'il est du même naturel que nos chevêches d'Europe qui.... » Buff. ce II est impossible de ne pas reconnaître, dans l'animal comme dans l'homme , un principe d'intelligence et de sensibilité ; d'où l'on induit que d'espèce en espèce la même faculté ne fait que diminuer et s'affaiblir. » Ma rm.

CONCUPISCENCE , CONVOITISE , CUPIDITÉ , AVIDITÉ. Affections de l'âme qui la poussent vers les plaisirs ou les biens sensibles en dépit de la loi divine ou de la raison.

Concupiscence et convoitise sont des termes de piété , le premier surtout : ils signifient une tendance de l'àme vers les choses défendues par l'Ecriture ou par la morale évangélique.

Concupiscence est le terme général : il exprime, non pas un désir spécial, comme chacun des trois autres , mais le goût de toutes les jouissances charnelles , l'amour des plaisirs , lequel forme comme le fond de notre nature depuis le péebé originel. Le Traité de la concupiscence, par Bossuet , ne pourrait être appelé Traité de la convoitise, de la cupidité ou de l'avidité, parce que ces trois derniers mots ont des significations trop particulières, ce Être maîtrisé par une aveugle concupiscence et dominé par les sens. » Bourd. ce Maîtriser les passions de son cœur, résister aux attaques de la concupiscence.-» Id. a Si des âmes idolâtres de leur corps ne se laissaient pas entraîner par la concupiscence, ce serait un des p]us grands miracles. » Id. ce Aujourd'hui ce n'est ni la grâce, ni la raison, ni la nature même qui nous gouverne , c'est la passion. C'est cette concupiscence dont parle l'Ecriture , qui infecte tout le corps de nos actions. » Id. ce Saint Augustin montre que tous les anciens ont reconnu le péché originel, parce qu'ils ont reconnu la concupiscence. » Boss. ce La concupiscence consiste dans cette pente -violente au mal que nous apportons en naissant; c'est cette indigence d'où naissent nos faiblesses et nos mauvais désirs. » Id.

La convoitise , la cupidité et l'avidité sont de ces mauvais désirs qui ont pour principe la concupiscence. Ils sont définis tous les trois de même par l'Académie : désirs immodérés. Ils ont pour but immédiat , non pas la jouissance , le plaisir, mais l'acquisition des choses qui les procurent ; ils marquent l'envie d'avoir : ce sont des modes de l'intérêt; ils se rapportent à l'ambition et à l'avarice. Regarder avec des yeux ou d'un œil de concupiscence exprime la sensualité de celui qui regarde et qui voudrait jouir. Regarder avec des yeux ou d'un œil de convoitise témoigne dans celui qui regarde l'envie d'avoir un objet de caprice peut-être plutôt que de jouissance.

La convoitise a d'ailleurs son idée propre. Outre qu'elle tient de plus près à la* concupiscence , dont elle désigne la manifestation dans les cas particuliers , c'est primitivement le désir du bien ou de la femme d'autrui, définition conforme aux termes d'un précepte du Décalogue, et par suite, en général, le désir do ce qui appartient aux autres. Elle mène à l'injustice, « La grâce établit le règne de la justice , au lieu de celui de la convoitise. » Boss. ce N'est-il pas honteux à un chrétien de se porter à toutes les injustices qu'inspire une avare et insatiable convoitise. » Bourd. « Avec la communauté des biens , chacun , emporté par sa convoitise , n'eût pensé qu'à se remplir aux dépens des autres. » Id. — La convoitise enfin est timide et secrète; elle regarde d'un œil d'envie ce qu'ont les autres.

Ce qui distingue la cupidité, c'est son ardeur, sa violence, ce Amortir le feu de la cupidité. » Bourd. ce La loi évangélique n'a pas encore éteint cette ardente cupidité qui me brûle. » Id. ce Affaiblir les mouvements de la cupidité. » Mass. ce Nous sentons en nous-mêmes un torrent de cupidités opposées qui nous entraînent et qui nous captivent. » Boss. « Nous naissons de la chair. De là cette profonde ignorance, de là ces cupidités effrénées qui font tout le trouble et toutes les tempêtes de la vie humaine. » Id. Irriter la cupidité (Id. , Roll.). « Ces motifs ne sont pas assez puissants pour donner un frein à la cupidité des hommes. » Yauv. Cupidité, comme le latin cupiditas , d'où il dérive, exprime une passion véritable, un mouvement violent de l'âme. Aussi la cupidité est-elle toute subjective. On ne dit pas la cupidité, comme on dit la convoitise et Y avidité des richesses ou des honneurs.

Si la cupidité se peut représenter sous l'image d'un feu qu'on ne peut éteindre, d'un torrent qu'on ne peut arrêter , l'avidité donne l'idée d'un vide qu'on ne peut remplir. Ce n'est pas par sa vivacité que l'avidité pèche , mais par la quantité des choses ou de la chose qu'elle cherche à embrasser, ce Elle deviendrait la proie et la victime de sa nombreuse famille, gens d'une avidité et d'une méchanceté sans bornes. » J. J. « Richesses immenses que l'avarice et l'avidité des grands avaient accumulées. » Vert, ce L'ovidite, croissant toujours avec la puissance, ne gardait plus de bornes ni de mesures.. » Roll. ce Ils trouvent des biens créés qui contentent quelque petite partie de cette avidité infinie. » Id. « Notre avidité trouble souvent l'ordre de nos intérêts en nous faisant courir à beaucoup de choses à la fois. » Laroch. Cette idée vient de ce que les gens avides, dans le sens propre, prennent des aliments en trop grande quantité et sans se pouvoir rassasier. C'est pourquoi aussi il y a dans l'avidité quelque chose de brutal. — Ensuite, ce l'avidité, remarque fort bien Condillac, n'est pas tant un désir que la vivacité avec laquelle on se satisfait au moment de la jouissance. » C'est une disposition de l'âme toute de circonstance; ce qui est prouvé du reste par l'existence de l'adverbe avidement. — Avidité est

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