DEUXIÈME PARTIE
aussi de ces quatre mots le seul qui ne s'emploie pas au pluriel.
1° CONCURRENT , COMPÉTITEUR , CONTEN- DANT ; — 2° ÉMULE , RIVAL. Des hommes animés d'une même ambition , qui agissent à l'envi l'un de l'autre ou les uns des autres , qui cherchent à l'emporter l'un sur l'autre ou les uns sur les autres, sont concurrents , compétiteurs , contendants , émules ou rivaux.
Mais concurrent, compétiteur et contendant annoncent un but particulier qu'on poursuit , au lieu qu'émule et rival ont rapport à toute la conduite, à tout un genre d'actions. Charles- Quint et François Ier, émules ou rivaux l'un de l'autre, devinrent concurrents, compétiteurs ou contendants , lorsque, à la mort de Maximilien, ils se disputèrent l'empire d'Allemagne. Le concurrent , le compétiteur ou le contendant se pro • pose d'obtenir , à l'exclusion de tout autre ou de tel ou tel a*itre , une certaine chose ; Yémule ou le rival travaille à être toujours l'égal ou le supérieur d'un autre. Deux hommes sont rivaux , quand ils aspirent à l'affection d'une même femme , affection supposée devoir être constante -, s'il s'agit du fait spécial de l'épouser, ils sont concurrents. « Peut-être que M. Damis se piquera , et perdra l'envie de se marier, lorsqu'il se verra pour concurrent un rival de la figure d'Êraste. » Les.
1° Concurrent , compétiteur, contendant. Qui prétend remporter sur un autre ou sur d'autres tel ou tel avantage déterminé.
Concurrent, de concurrere, courir ensemble, disputer le prix de la course , suppose une chose réservée au plus digne , à celui qui fera le mieux , qui surpassera ceux avec qui il lutte. « Je sors d'une nombreuse ordination, dont les examens m'ont tenu longtemps , et je tombe dans un concours très-pénible , où j'aurai plus de trente-six cures à donner , et plus de six-vingts concurrents. » Fén. « On disputa les prix des jeux : Amphiale fit admirer à ses concurrents mêmes sa grâce et sa légèreté à la danse. » Id. « Henriette attacha son affection au royaume où l'on ne craint point d'avoir des égaux, et où Ton voit sans jalousie ses concurrents, » Boss. «Il est généreux, il ne nuit à ses concurrents que par son mérite.» Mass. « Après avoir fait tirer au sort les petits concurrents , je les enverrais tous l'un après l'autre, jusqu'à ce que la bonne boîte fût trouvée. » J. J. a Aux enfers , Eschyle occupait le trône de la tragédie. Euripide veut s'en emparer; on va discuter leurs titres; les concurrents en viennent aux mains. » Barth.
Compétiteur , competitor , de cum petere, demander ensemble, ne se dit qu'en parlant de choses susceptibles d'être briguées , charges , emplois, dignités, trônes ou couronnes. «Les églises étant devenues pauvres , les rois abandonnèrent les élections aux évêchés , et les compétiteurs réclamèrent moins leur autorité. » Montesq. « Théodose vainquit avec les Goths son compétiteur Eugène. » Volt. « Le roi Isboseth, fils de Saùl, perdit courage quand son général Abner l'abandonna pour passer au service de son compétiteur David. » Id. «Aspirant à un sixième
consulat, Marius écarta Métellus, l'un de ses compétiteurs. » Roll. «Non content de s'être fait élire lui-même (décemvir), Appius travailla à faire tomber sur ses amis le choix du peuple pour les neuf autres places , et à donner exclusion aux plus distingués de ses compétiteurs. » Id. Vitellius fut le compétiteur d'Othon (J. J.), Stanislas celui d'Auguste, roi de Pologne (Volt.), l'archiduc Charles celui de Philippe^ d'Espagne (Id.} S. S.), etc.
Contendant, de contendere, prétendre, se dit d'hommes qui ont les mêmes prétentions et qui les soutiennent par la dispute ou devant la justice. «Dans la dispute sur le mystère de la Trinité , les deux contendants , tous deux habiles , se fondaient également sur l'Écriture. » Boss. « Il en faudra donc venir à dire qu'on ne doit rien tenir pour jugé (entre les catholiques et les protestants) , jusqu'à ce que les contendants y donnent les mains. » Id. « Ne discutons pas ces propositions. Ce sont des sources intarissables de dispute. Les deux contendants tournent sans avancer, comme s'ils dansaient un menuet. »Volt. « Le barreau, la tribune sont une arène, où la première loi du combat entre les deux contendants est que les armes soient égales. » Marm. « César manda les contendants à Décize pour arbitrer leur différend. » Roll. « Le roi présida au conseil où cette importante dispute devait être décidée. Chacun des contendants plaida sa cause.» Id. « Dans le procès Kornmann , le public , trèsdésintéressé sur les deux parties contendantes , ne vit bientôt que le seul Beaumarchais. » Làh. « Il serait à souhaiter que ces questions fussent jugées à l'amiable par un comité de gens de lettres et de théâtre bien choisis, où tous les contendants expliqueraient les motifs de leurs prétentions. » Beaum.
2° Émule, rival. Qui prétend et s'attache à égaler ou à surpasser quelqu'un dans un genre quelconque. r
L'émulation n'a rien que de louable et peut être de la part de ceux qui marchent à la gloire par la même voie le principe des plus généreux efforts. Louvois était l'émulé de Colbert (S. S.) , Sophocle celui d'Euripide (Barth.) , le comte-duc Olivarès celui du cardinal de Richelieu (Volt.) , Thésée celui d'Hercule (Id.), le ministre Claude celui de Bossuet (Id.), Alexandre celui d'Achille (Barth.) et de Bacchus, le premier vainqueur de l'Inde (J. J.). J. J. Rousseau écrit à Condorcet : « Si j'avais à renaître , je tâcherais d'être votre disciple pour mériter d'être un jour votre émule et votre ami. » « L'auteur de Rhadamiste et d'Electre sait qu'il n'a fait naître en moi que de l'émulation et de l'amitié. » Volt.
La rivalité, au contraire , est odieuse ; elle tient de la jalousie et par conséquent de la haine. L'émule est un imitateur et comme un compagnon sur la route de la gloire.; le rival est un ennemi. Deux émules vont ensemble, deux rivaux l'un contre l'autre. L'émulation rapproche , la rivalité divise. Plein d'estime pour le personnage dont on est Yémule , on travaille par des moyens honnêtes à lui ressembler; plein de colère contre celui dont on est le rival, on n'épargne rien pour le supplan-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
ter ou le détruire. Il faut prendre garde que Y émulation ne dégénère en rivalité. «Ambitieux, nous ne pouvons souffrir que l'on rende justice à personne ; de nos proches mêmes et de nos amis nous nous faisons des rivaux et des ennemis secrets. » Bourd. « Mazarin fit mettre en prison le duc de Beaufort, qui n'avait d'autre crime que de lui disputer son autorité , et d'être à la cour son rival en crédit. » Volt. — «Aristide aida en toute occasion Thémistocle de ses conseils et de son crédit , quoiqu'il pût le regarder comme son rival , et même comme son ennemi. » Roll. « La haine mutuelle porta ces deux rivaux à quitter tout (dans le combat) pour s'acharner l'un sur l'autre. •» Id. « Dieu déclare qu'il est un Dieu jaloux , qui ne peut souffrir les superbes, qu'il rejette les orgueilleux de devant sa face , parce que les superbes sont ses rivaux. » Boss. « Le coq , s'il se présente un autre coq , accourt l'œil en feu , les plumes hérissées, se jette sur son rival, et lui livre un combat opiniâtre. » Buff.
Deux poètes , émules l'un de l'autfe , deviennent concurrents un jour qu'ils se disputent le prix de leur art , et chacun alors relève le mérite de ses pièces et déprime celles de son rival (Barth.).
CONDITION (DE) , DE QUALITÉ. Ces deux expressions , maintenant presque hors d'usage , servent à désigner les personnes qui n'appartiennent point à la classe du peuple , mais qui exercent ou dont la famille exerce un emploi noble , et non une profession lucrative.
L'une a rapport au rang , l'autre au titre. Avec un emploi important, dans la robe ou dans la finance , par exemple , on était homme de condition, quoique peut-être on appartînt à la bourgeoisie. A moins d'avoir une qualité, un titre, un nom , à moins d'être marquis , comte , duc ou prince, on ne pouvait être dit homme de qualité.
L'homme de condition ne doit point être confondu avec le reste des hommes; c'est un homme de distinction ou de marque. L'homme de qualité appartient à un ordre particulier dans l'État : il a des aïeux , un nom et des armes.
Le défaut ordinaire des gens de condition , surtout de ceux qui sont nouvellement parvenus , c'est le luxe et la hauteur des manières; celui des gens de qualité, c'est la morgue et l'opinion extravagante qu'ils se font du mérite de la naissance.
« Je me voyais au milieu d'une grande ville abondante en ressources, pleine de gens de condition dont mes talents ne pouvaient manquer de me faire accueillir. » J„ J. « Rahuel disait : Ce M. de Grignan, c'est un homme de grande condition : il est le premier de la Provence. » Sév. « On charge les carrosses d'un grand nombre de laquais pour exciter l'idée que c'est une personne de grande condition qui passe. » P. R. « Si un couvent est dans la ferveur et dans la régularité de son institut , une jeune fille de condition y croît dans une profonde ignorance du siècle. » Fén. Dans un de ses sermons, Bossuet appelle « personnes de condition » des personnes riches et haut placées de la bourgeoisie , de la
noblesse et de la cour associées pour une œuvre de charité.
« Les Suisses sont obligeants , hospitaliers , surtout pour les gens de qualité. On est toujours sûr d'être accueilli d'eux en se donnant pour marquis ou comte. » J. J. « Tu es la femme d'un prince; mais pour une dame de si grande qualité , je te trouve les frayeurs un peu roturiè- • res. » Id. « Se défaire des filles de qualité pour leur noblesse sans leur rien donner.» S. S. «Dans cet hôtel de la folie se trouve entre autres l'épouse superbe d'un corrégidor, à qui la rage d'avoir été appelée bourgeoise par une femme de qualité a fait perdre la raison. » Les. « Le corps des évèques, en France, est composé de gens de qualité qui pensent et qui agissent avec une noblesse digne de leur naissance. » Volt. Mme de Sotenville ne peut instruire George Bandin de la manière qu'il faut vivre parmi les personnes de qualité; et M. Jourdain, qui veut devenir noble, commence par se faire habiller comme les gens de qualité.
On est plutôt de condition médiocre , et de grande qualité. « Il n'y a rien de plus capable d'inspirer la modestie aux personnes de condition médiocre, que de voiries personnes de grande qualité dans une exacte modestie , soit pour les habits, soit pour les ajustements. » Nie.
CONSCIENCIEUX , SCRUPULEUX. Attentif à bien faire , à ne rien omettre de ce qu'il faut , à ne se rien permettre de mauvais ou de blâmable.
L'homme consciencieux est plein de conscience , a soin de consulter et de suivre sa conscience L'homme scrupuleux est plein de scrupule, c'està-dire plein de conscience jusque dans les moindres choses; il tient compte du plus léger poids, même d'un scrupule; le scrupule était chez les Romains la vingt-quatrième partie de l'once. Scrupuleux renchérit donc sur consciencieux. Aussi dit-on, pour signifier qu'un homme est très-consciencieux , qu'il l'est jusqu'au scrupule (Acad.). « On a représenté l'hypocrite (sous le nom de Tartufe) consciencieux jusqu'à la délicatesse et au scrupule sur des points moins importants, où toutefois il le faut être, pendant qu'il se portait d'ailleurs aux crimes les plus énormes.» Bourd. Le scrupuleux touche au minutieux. « Cette exactitude scrupuleuse et même minutieuse sur les mœurs , que les peuples corrompus appellent pédanterie , et dont les sages de l'antiquité faisaient tant de cas. » Cond.
Consciencieux exprime une qualité, celle d'être attaché et fidèle à ce que dicte la conscience; scrupuleux marque un degré, le plus haut ou le dernier dans le petit. Labruyère parle dans ses Caractères de gens qui se plaignent « d'un testament fait avec loisir, avec maturité, par un homme grave, habile, consciencieux. » Et, d'un autre côté ,• on dit payer ses dettes avec une scrupuleuse régularité (Boss.). « L'ambition d'acquérir de nouvelles connaissances ne prit jamais rien dans saint Thomas d'Aquin sur la régularité la plus scrupuleuse à tous les exercices de son état. » Mass.
Consciencieux ne se prend jamais qu'en bonne part. Scrupuleux , comme minutieux auquel il res-