‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 47 sur 881 · LIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LIV INTRODUCTION

de manière à porter dans les esprits la lumière et la conviction ; dernière partie de la tâche, qui a aussi son importance et ses difficultés. Deux méthodes y peuvent être suivies : l'une, dogmatique et succincte, cherche à frapper d'abord par une formule nette, tranchante, catégorique, où les mots sont mis dans une opposition aussi grande que possible, sauf à y ajouter des développements et des preuves ; l'autre, analytique et descriptive , ne donne le résultat qu'en forme de conclusion, et après avoir reproduit tout au long le travail qu'il a fallu pour y arriver. La première, dont Girard offre le modèle, est plus commode, plus satisfaisante pour le lecteur et plus propre à l'éclairer; mais elle donne lieu à de perpétuelles antithèses, qui peuvent dégénérer enjeux de mots. La seconde, qui est celle de Roubaud, a moins de charme : mais elle inspire plus de confiance, en faisant participer le lecteur à toutes les recherches, en ue l'amenant que pas à pas à admettre l'opinion de son guide. Cependant, tout bien considéré, cette dernière nous paraît inférieure , parce qu'elle a pour écueil ordinaire, presque inévitable, la diffusion, et que la diffusion engendre trop souvent la confusion, défaut capital dans de pareils ouvrages. Au surplus, la réserve qu'elle affecte n'est qu'apparente, l'auteur ayant son idée toute faite dès l'abord ; et la plupart des lecteurs ne se soucient guère de suivre lentement le synonymiste dans tous ses tâtonnements, dans toutes les voies qu'il est obligé d'essayer.

Mais la simple énonciation des différences , quelque précise et significative qu'elle soit, sera parfois insuffisante à rendre avec exactitude des nuances nécessairement délicates. Il faudra donc insister ; il faudra citer des phrases où chacun des termes synonymes figure avec le caractère qui lui est assigné, et où l'on sente bien qu'il convient seul. Tous les synonymistes le pratiquent ainsi. Mais, comme ils composent eux-mêmes ces phrases, on a toujours lieu de craindre qu'ils ne soient pas les interprètes fidèles de l'usage, qu'ils ne fassent violence au génie de la langue en la contraignant de se plier à des distinctions préétablies. Si de cette façon ils réussissent a expliquer leur pensée, ils n'en montrent point la justesse. Il faudrait donc ici s'en tenir exclusivement à des exemples empruntés aux auteurs classiques : on n'a pas le droit de faire parler l'usage , mais seulement d'en recueillir les décisions.

On peut avoir recours à un autre moyen pour mettre en évidence les nuances propres des synonymes : il consiste à marquer à chacun d'eux son contraire. On distinguera, par exemple, la pétulance de la turbulence, la première agressive, la seconde inquiète et brouillonne, en disant que pétulant est opposé à retenu et turbulent à paisible. A la fois et ensemble marquent, l'un simultanéité, l'autre union ou réunion : l'un se rapporte au temps et signifie le contraire de successivement, l'autre a rapport à l'espace et veut dire le contraire de séparément. On opposera de même aimer à haïr, chérir à détester; gloire à obscurité, honneur à honte; petit à grand , menu à gros, mince à épais, exigu à ample, fin à grossier, etc. Mais il faut bien prendre garde que les contraires ne soient synonymes entre eux , car alors on reculerait simplement la difficulté , ou même on l'augmenterait, au lieu de la résoudre. Quelquefois on atteindra le même but

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