INTRODUCTION. LUI
bruit que fait le fluide électrique dans certains orages, et la foudre le fluide électrique lui-même en tant qu'il produit certains effets, celui de frapper, de renverser , de briser ; que le sermon l'emporte sur la prédication en apprêt et en solennité ; que la stature est par rapport à la taille quelque chose d'extraordinaire ; que le service vient d'un inférieur, et le bienfait d'un supérieur. C'est ce que pourront ensuite confirmer des passages tels que ceux qu'on trouvera rapportés aux articles Tonnerre et foudre *, Sermon et prédication*, Stature et taille*, Service, bienfait, etc.4; passages dans lesquels des écrivains considérables ont employé les deux mots en leur attribuant manifestement les nuances distinctives qui viennent d'être marquées. Voilà les exemples auxquels il faut s'attacher par préférence : eux seuls ne laissent aucun doute sur le sentiment de l'auteur dont le témoignage est invoqué.
A la vérité, l'usage commun l'emporte toujours sur l'usage particulier, par la raison que, en matière de langage, l'autorité de tous vaut toujours mieux que l'autorité d'un seul ou de quelques-uns. Toutefois, lorsque l'usage particulier est aussi formel que nous venons de le supposer, il mérite qu'on en tienne grand compte, et alors il peut aussi passer non-seulement pour un contrôle, mais encore pour un moyen de découverte qu'il faut employer concurremment avec les premiers, l'étymologie et la considération d'une, de plusieurs ou de toutes les applications du mot, autres que celle qui est en question. Beauzée a donc tort, à notre avis, de partager la tâche qui a pour objet la formation d'un bon dictionnaire des synonymes entre deux classes de savants, les uns assignant avec précision, comme Girard, les caractères distinctifs des synonymes, les autres recueillant les preuves de fait, que leurs lectures pourront leur présenter dans nos meilleurs écrivains, de la différence qu'il y a entre plusieurs synonymes de notre langue. Ce sont là deux opérations très-souvent nécessaires l'une à l'autre, qui doivent être faites simultanément et par les mêmes hommes. Mais il a raison d'ajouter qu'il faut s'attacher surtout aux phrases où les auteurs n'ont pensé qu'à s'exprimer avec justesse, et qu'il faut spécialement compter sur les auteurs les plus philosophes, et préférer ceux de leurs ouvrages qui sont les plus philosophiques. D'où il suit que les poètes doivent avoir, sous ce rapport, un crédit restreint : la plupart, comme chacun sait, regardent moins souvent, dans le choix des mots, à leur justesse, qu'à l'harmonie, à la mesure et à la rime8.
Une fois que les différences sont trouvées et justifiées, il s'agit de les présenter
l.Voy. p. 994