DEUXIÈME PARTIE
ne court pas le moindre risque. « Je vais tâcher de donner quelques règles pour estimer les rapports de vraisemblance, les degrés de probabilité , le poids des témoignages , l'influence des hasards, l'inconvénient des risques.» Buff.
Ensuite , les risques, ne dépendant pas du hasard seul , peuvent jusqu'à un certain point être calculés et prévus. « 11 se fait un emprunt en France; croyez-vous que je pourrais placer là mon argent sans risque? » J. J. « Il le fait sans réflexion sachant bien qu'il le fait sans risque. » Id. « Il voit d'avance les risques qu'il va courir. » Id. a. Passer rapidement entre deux bûchers n'était pas un grand risque; on pouvait tout au plus brûler ses cheveux et ses habits. » Volt- — Les hasards , au contraire , sont absolument éventuels et incertains, comme tout ce qui est soumis au caprice du sort. « Ce commerce de lettres ne vous exposera point, parce qu'il ne passera jamais par les hasards de la poste. » Fén. « Mithridate fut trahi par Pharnace et par une armée effrayée de la grandeur de ses entreprises et des hasards qu'il allait chercher. »
MONTESQ.
DÉBAUCHE, CRAPULE. Dérèglement dans la jouissance des plaisirs des sens , usage immodéré qu'on fait de ces plaisirs.
La débauche est un débordement de volupté ; la crapule, un débordement de sensualité. On peut mettre, non pas de la retenue, mais du choix , de l'esprit et une sorte d'élégance dans la débauche : il n'y a dans la crapule rien que d'obscur, d'ignoble, de bas, de sale, d'avilissant. « Un voluptueux se vante de ses excès et de ses débauches; mais il y a je ne sais quoi de bas dans la jalousie qui fait qu'on se la cache à soimême. » Mass. « Philippe de Macédoine aimait que ses camarades de plaisir excellassent dans la science de la débauche. » Roll. « On a reproché à Épicure de s'abandonner à la crapule et aux débauches les plus honteuses. » Id. « Néron tomba dans la débauche grossière et dans la crapule. » Lah. « Yitellius désira l'empire pour assouvir la débauche la plus crapuleuse. » Cond. ce Antoine fut débauché jusqu'à la crapule, -a Id. « M. de La Chaussée eut part à ce recueil de basses plaisanteries , connu sous le nom d'Étrennes de la Saint- Jean, espèce de débauche ou plutôt de crapule d'esprit. x> D'Al.
De plus , la débauche peut se rapporter à tous les plaisirs sensuels , particulièrement à ceux qui sont attachés à l'union des deux sexes. « L'impudicité s'appelle brutalité quand elle court ouvertement à la débauche. » Boss. ce Aristote passa une partie de sa jeunesse dans le libertinage et la débauche. » Fén. a Sodome et Gomorrhe avaient attiré l'indignation de Dieu par l'excès de leurs dissolutions et de leurs débauches. » Mass. « H y avait sous la protection de l'évêque , comme prince de Genève , des lieux publics de débauche établis dans la ville; les filles légalement prostituées payaient une taxe au prélat. » Volt. « Ce qui nous attache le plus aux femmes est moins la débauche qu'un certain agrément de vivre avec elles. » J. J. « Nous nous moquons des paladins ! C'est qu'ils connaissaient l'amour ,
et que nous ne connaissons plus que la débauche. » Id. « En célébrant les débauches de Jupiter, on admirait la continence de Xénocrate. » Id. — La crapule, au contraire, est plus spécialement et peut-être uniquement un excès dans le boire et dans le manger; ce n'est plus de l'impudicité ni du libertinage , mais de l'intempérance et de l'ivrognerie, ce De quels scandales les fidèles ne seront-ils pas frappés par la crapule et l'intempérance , par l'avarice sordide d'un mauvais pasteur? » Mass. «Horace fut toujours loin des excès : il n'était sujet ni à la débauche grossière , ni à l'ivresse, ni à la crapule. » Lah. ce Tacite vit les ignominies de Galba, et la crapule de Vitellius. » Id. ce J'aime les plaisirs de la table ; mais je ne puis souffrir ni la gêne de la bonne compagnie ni la crapule du cabaret. » J. J. « Je n'ai jamais été dissolu ni crapuleux, et ne me suis enivré de ma vie. » Id. ce On a vu dans la duchesse de Berry jusqu'à la honte de l'ivrognerie complète et de tout ce qui accompagne la plus basse crapule. » S. S.
Chacun de son vin en tàta , Et quelques-uns trop en tâtèrent, C'est-à-dire qu'ils crapulèrent. Scarr. « C'est avec eux que Philippe de Macédoine se plonge dans la plus horrible crapule , passant les nuits à table, presque toujours ivre, presque toujours furieux. » Barth. ce André, mari de Jeanne de Naples, révolta les Napolitains par ses mœurs grossières , par son ivrognerie et par sa crapule. » Volt.
DEBOUT, DROIT. Dans une situation verticale, en parlant d'un homme.
Celui qui est debout n'est ni couché ni assis , mais sur ses pieds. « Le roi mena la reine d'Angleterre chez Mme la Dauphine , qui fut trouvée debout; cela fit un peu de surprise; la reine lui dit : Madame, je vous croyais au lit. » Sév. ce Ledit avocat se transporta chez le malade : il le trouva débout à la vérité , mais les yeux un peu égarés, et le pouls élevé. » Volt. « Le sauvage reste nonchalamment couché dans son hamac, dont il ne sort que pour aller à la chasse, ou pour se tenir debout dans la même attitude pendant des heures entières. » Buff. ce Les plus justes même affligent quelquefois l'Eglise par des chutes éclatantes , et celui qui est debout doit toujours craindre de tomber. » Mass. ce Au lieu que le publicain baisse les yeux par respect et se prosterne contre terre , le pharisien se tient debout et lève la tête. » Bourd. o Un parterre où on est assis , et un parterre où on est débout. » Marm. ce Après son élection , Trajan se présenta pour faire le serment; il le répéta debout devant le consul qui était assis. » Cond.
Celui qui est droit n'est ni courbé , ni penché, ce Je voudrais que vous lui eussiez entendu conter négligemment sa contusion.... S'il avait retenu vos leçons , et qu'il se fût tenu droit , il était mort ; mais , suivant sa bonne coutume , étant assis sur la banquette, il était penché sur le comte de Guiche , avec qui il causait. Vous n'eussiez jamais cru, ma fille, qu'il eût été si bon d'être un peu de travers, s Sév. ce Celui qui
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porte sur le dos se penche en avant; et, au contraire , quand on porte sur la tête , le corps naturellement se tient droit. » Boss. « L'homme est parmi les animaux le seul qui est droit , le seul tourné vers le ciel, le seul où reluit, par une si belle et si singulière situation , l'inclination naturelle de la nature raisonnable aux choses hautes. » Id. « Artaxerxe Longue-Main fut ainsi appelé, selon Strabon, à cause que ses mains étaient si longues , qu'étant tout droit , il pouvait toucher ses genoux. » Roll.
Levez la tête. Encor. Soyez droite. Approchez.
Faut-il tendre toujours le dos quand vous marchez?
Régi*.
Par conséquent droit est propre à enchérir sur debout : il marque une position plus exactement verticale , et c'est pour cela qu'on dit bien tout droit. Chez les Égyptiens, quand le corps d'un mort était embaumé, « on le plaçait debout et droit contre la muraille. » Roll.
DÉCADENCE , DÉCLIN , — DÉCOURS. Ces trois termes sont réunis par l'idée commune d'abaissement , de diminution de grandeur ou d'éclat.
Décadence est formé du latin cadere , tomber , d'où déchoir, commencer à tomber. Déclin, comme décliner, annonce quelque chose qui va en pente , en descendant. La décadence est donc l'état de ce qui va tombant , et le déclin l'état de ce qui va baissant. On dit la décadence d'un édifice, d'une maison, d'une ville, d'un empire, d'une fortune , toutes choses susceptibles de dégradation et de chute ; mais on dit le déclin du jour, de l'âge, d'une secte, d'une puissance, d'une maladie , parce que ce sont des choses qui doivent finir et qui s'affaiblissent en finissant. Ce qui est en décadence n'a plus la même solidité et menace ruine; ce qui est sur son déclin est sur le retour , n'a plus la même force , passe et tire à sa fin.
De plus , décadence se dit toujours au singulier, et marque l'état, un état de dépérissement; au lieu que déclin s'emploie aussi au pluriel et représente, dans cet état, différents moments ou degrés, a Rome alors commença à déchoir par des déclins d'abord imperceptibles. » Roll. « L'ordre des temps m'a paru plus propre à faire connaître la naissance , les progrès , la perfection et la décadence de la poésie latine.... Le troisième âge contiendra les années suivantes, où par des déclins assez i prompts , elle est déchue de ce état , et a enfin dégénéré entièrement de son ancienne réputation. » Id.
Il semble enfin que décadence renchérit sur déclin, qu'il exprime un changement en mal plus marqué , une perte de valeur plus considérable. « Par le tarissement des sources de la tragédie, par l'épuisement des combinaisons.... il serait possible d'annoncer son déclin et sa décadence. » Marm.
Quant à décours, la spécialité de son application en fait un mot à part ; il signifie uniquement le décroissement ou le déclin de la lune. « M. Ulloa a vu et employé de gros roseaux qui étaient plus nourris d'eau quand la lune était dans son plein que dans le temps du croissant et du décours. » Volt. « Vénus, aussi bien que la lune , est tantôt
en croissant , tantôt en décours , tantôt pleine , selon les diverses situations où elle est à l'égard de la terre. » Font. « Il aperçut à la lueur faible d'une lune en décours un objet qui attira toute son attention. » Les. «. Vous me parlez de ma santé; elle est parfaite : je n'ai point passé de décours sans prendre au moins deux pilules avec la petite eau. » SÉv.
DÉCADENCE, RUINE, CHUTE, RENVERSE- MENT. On emploie tous ces mots en parlant de ce qui tombe.
Mais décadence exprime l'état d'une chose qui tombe , c'est-à-dire qui déchoit, baisse ou décline ; au lieu que ruine , chute et renversement supposent des choses qui tombent, c'est-à-dire qui sont actuellement jetées par terre. La décadence d'une chose l'abaisse simplement, lui fait perdre de son élévation ; la ruine , la chute ou le renversement d'une chose l'abat, lui ôte toute élévation. Décadence d'un empire représente cet empire dans un état de dépérissement; ruine, chute ou renversement d'un empire fait concevoir cet empire comme périssant , comme succombant ou prenant fin dans le moment.
La ruine et la chute sont ordinairement l'effet ou le complément de la décadence. « Lorsqu'on a pour voisin un État qui est dans sa décadence , on doit bien se garder de hâter sa ruine. •» Mon. tesq. « Auguste fit ces lois (contre le célibat) dans la décadence ou plutôt dans la chute de la république. » D'Al.
Cependant la ruine est moins soudaine que la chute. Quoique cette dernière puisse être également préparée par la décadence, elle se consomme en un seul coup , et non pas successivement comme la ruine : on ne dit pas qu'une chose est en chute , comme on dit qu'elle est en ruine. « L'empire alla , de degrés en degrés , de la décadence à sa chute , jusqu'à ce qu'il s'affaissa tout à coup sous Arcadius et Honorius. » Montesq. — En outre, ruine convient proprement à l'égard dune chose qui s'en va par morceaux , et chute est aussi applicable à celles qui peuvent être portées à terre tout d'une pièce, « On peut juger du bruit que fit ce colosse en tombant (un géant). La ruine d'une tour fait moins de fracas.... A la chute de ce monstre, les spectateurs chrétiens remplirent l'air de cris de joie. » Les. — Enfin la ruine est plus essentiellement et plus définitivement destructive ; on ne s'en relève pas comme on se relève de ses chutes. « On a vu les nations se relever des plus terribles chutes , revenir de l'état le plus désespéré. » Marm. « "A).œ<Tiç signifie excidium , la destruction, la ruine, la perte totale.» Boss. «Rome, cette nouvelle Babylone, tombe aussi comme elle d'une grande chute, et saint Jean chante sa ruine. » Id.
Renversement a plus rapport à la cause qu'à l'effet : le renversement est produit par quelqu'un qui renverse, qui a le mérite ou qui commet le crime de renverser : le renversement des lois , de la morale, de la religion, des idoles ou des images. « La licence qu'on a prise d'ébranler les règles les plus saintes de la conduite chrétienne . se porte jusqu'au renversement entier de la loi
de Dieu. » Pasg. — Ensuite le renversement, comme le bouleversement, s'opère dans une chose susceptible d'être troublée, déconcertée ou mise sens dessus dessous : le renversement d'un système, d'un projet, de toute la nature, a A la fin du monde , la nature rompra tout le concert de ses mouvements, et on entendra un bruit tel qu'on peut se l'imaginer parmi de si effroyables ruines et dans un renversement si affreux. » Boss.
DÉCENCE, DIGNITÉ, GRAVITÉ. Qualités du maintien , de la conduite ou du discours : être , agir, parler avec décence, dignité, gravité, c'est être , agir, parler comme il faut , bien , convenablement.
Mais la décence a rapport au public, et consiste à satisfaire aux bienséances. « Je tremble que cet intrépide amour de la vertu, qui lui fait mépriser l'opinion publique , ne lui fasse braver encore les lois sacrées de la décence et de l'honnêteté. » J. J. « Où de jeunes personnes à marier aurontelles occasion de se voir avec plus de décence et de circonspection que dans une assemblée, sous les yeux du public? » Id. « Une fille de seize ans , qui met de la décence dans son maintien et de l'honnêteté dans ses propos. » Id. « Nulle décence, nulle bienséance, ni dans les procédés ni dans les paroles. » Volt. « Ils ont donné au monde littéraire un grand exemple de politesse dans la dispute. Ces égards et cette décence conviennent également aux deux antagonistes. » Id. « Notre régularité (de prêtres) n'est qu'une décence que nous donnons au monde. » Mass. « Nos actions, considérées par rapport à l'opinion, sont estimables ou méprisables, décentes ou indécentes. » Cond. « La fuite la plus prompte aurait pu délivrer Xerxès de ces vaines terreurs ; mais un reste de décence ou de fierté ne lui permit pas d'exposer tant de faiblesse aux yeux de ses ennemis et de ses courtisans. » Barth.
La dignité a rapport à notre place , et consiste à ne pas déroger , à rester à notre rang. « Dès qu'on a oublié la dignité de son état , on s'oublie bientôt soi-même. » Mass. ce Soutenir la dignité de son rang. » Acad. « Le parlement crut qu'il n'était pas de sa dignité de relever cette injure. » Volt, ce Voilà ce qui a rendu si vénérable aux fidèles la majesté des temples, la sainteté des autels , la dignité des prêtres. » Bourd. « La dignité dans un grand et l'accord parfait de ses actions , de son langage , de sa conduite en un mot , avec la place qu'il occupe. » Marm. a Louis XVI , avec cet air de simplicité , conserva cette dignité sage , qui est la décence de son rang. » Id. La dignité royale (Boss.), ecclésiastique (Id.), épiscopale (Acad.), du sacerdoce (Mass.) , du saint ministère (Id.).
La gravité est relative au caractère, et consiste à éviter toutes les frivolités qui n'y répondent pas. « Le pontife de la loi portait partout les ornements augustes de la souveraine sacrificature pour lui marquer que la gravité de ses mœurs devait répondre à celle de ses vêtements. » Mass. a II faudrait qu'un pécheur fût frappé de la modestie , de la gravité, de la sainteté d'un prêtre.» Id. a Voilà un magistrat prêt à écouter avec une
gravité exemplaire. » Pasc. ce Du côté de l'Asie était Vénus, c'est-à-dire les plaisirs, les folles amours et la mollesse : du côté de la Grèce était Junon , c'est-à-dire la gravité avec l'amour conjugal. » Boss. Hérodote dit à Lucien dans les enfers : « Te voilà encore toi-même , tournant tout en plaisanterie ; ne serait-il pas temps que ton ombre eût un peu de gravité? » Fén. « Je composai toute ma personne au plus de gravité, de modestie et d'air simple de reconnaissance qu'il me fut possible. M. le Duc me fit signe en souriant que j'avais bien dit ; mais je gardai mon sérieux. » S. S.
Sans détence on manque à l'honnêteté. Sans dignité on descend à des familiarités trop peu mesurées qui dégradent ou à des bassesses qui avilissent. Sans gravité on est léger, indiscret, d'un enjouement déplacé, on se manque à soimême.
La décence sied à tout le monde, particulièrement aux jeunes filles. La dignité sied aux rois, aux grands , aux prélats , à tous les personnages élevés. La gravité sied aux vieillards, aux maîtres , aux magistrats.
DÉCIDER, RÉSOUDRE. Fixer l'esprit, faire qu'il ne continue pas à être en suspens , lui faire prendre un parti.
« La décision est un acte de l'esprit , et suppose l'examen. La résolution est un acte de la volonté , et suppose la délibération. » Gir. — a V indécis ne sait à quoi se décider; il est aussi lent à avoir un sentiment que l'homme décidé est leste à s'en former un. Uirrésolu ne sait à quoi se résoudre; il est aussi lent à prendre un parti que l'homme résolu est leste à le faire. » Roub.
Décider se rapporte proprement à l'intelligence , et résoudre à la volonté. On décide après examen, on résout après délibération. La décision fait prendre parti relativement au vrai, et la résolution relativement au bien : l'une est un jugement, l'autre quelque chose d'arrêté; l'une doit être juste , l'autre ferme. Quand une chose a été décidée, on sait ce qu'on doit croire; quand une chose a été résolue , on sait ce qu'il y a à faire. Vous dites, les décisions des conciles, et les résolutions d'un conseil : les premières demandent à être tenues pour articles de foi , les dernières à être exécutées.
Toutefois résoudre peut avoir aussi le sens particulier de décider , savoir celui de déterminer la croyance , de faire cesser le doute ou l'incertitude : résoudre une question, décider une question.
Mais on décide soudain, sans tâtonnement, avec assurance; au lieu qu'on ne parvient à résoudre qu'à force de travail et de recherche.
Décider , du latin de et cœdere , couper, trancher, c'est mettre fin à l'hésitation de l'esprit tout d'un coup, en tranchant la question, ce Les grands savent naturellement toutes choses : ils ont toujours raison , quoiqu'ils décident des questions desquelles ils n'ont aucune connaissance. » Mal. « Docteurs sans doctrine qui pour toute autorité ont leur hardiesse , et pour toute science leurs décisions précipitées. » Boss. « Je vis un homme bien content de lui. Dans un
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quart d'heure il décida trois questions de morale, quatre problèmes historiques et cinq points de physique. » Montesq. « La décision ne convient ni à mon âge ni à mon peu de génie. » Volt. — Résoudre, de resolvere, déployer, délier, dénouer, expliquer, signifie défaire le nœud de la difficulté , en décomposer toutes les parties pour les bien connaître. « Il faut délier le nœud de la difficulté. La secte de Zenon n'ayant pu le délier, l'a coupé d'abord.... Ainsi Zenon ne peut résoudre la difficulté proposée par les épicuriens. » Mal. a II sait trancher ce qu'il ne peut résoudre. » Boss. a En toute question, ramasser et considérer avant toutes choses les idées qui servent à la résoudre. » Id. « Ne nous arrêtons point à éclaircir cette difficulté , et laissons aux interprètes le soin de la résoudre. » Bourd. « C'est là trancher la question sans la résoudre. » J. J. « N'est-ce pas couper le nœud au lieu de le délier, éluder la question quand il faut la résoudre? » Buff. —Alexandre décida la question du nœud gordien en le coupant; pour la résoudre , il eût fallu délier le nœud , s'en expliquer le mécanisme et le bien comprendre. « Il faut avoir bien de la foi pour croire Aristote lorsqu'il décide hardiment sur des questions qu'on ne voit pas qu'il soit possible aux hommes de pouvoir jamais résoudre. » Mal:
Décider convient en parlant de questions sur lesquelles on ne veut que savoir ce qu'on doit penser. Mais on résout les questions difficiles, obscures, embarrassantes, tout ce sur quoi on veut s'éclaircir , tout ce dont on veut se rendre compte, les problèmes, les objections, les arguments captieux , les énigmes, « II aurait bientôt décidé la question, et résolu le problème. » D'Ag. La foi et l'autorité décident, et cela souverainement ou bien en invoquant des témoignages, des exemples, des traditions, des coutumes-, la science résout , et cela par l'analyse , la réflexion et le. raisonnement. L'homme suffisant décide; le raisonneur exact, le dialecticien consciencieux résout.
Comme résoudre se prend bien dans le sens intellectuel ou spéculatif de décider, de même, à son tour, décider signifie quelquefois, ainsi que résoudre, amener à vouloir, porter à agir, à tenir une certaine conduite. Voy. l'article suivant.
DÉCIDER, RÉSOUDRE, DÉTERMINER. Faire en sorte qu'une personne veuille, prenne le parti d'agir.
De ces trois verbes le dernier, par rapport aux deux autres, marque un commencement d'action seulement. En effet déterminer , c'est fixer un parti à prendre, rompre l'équilibre, faire cesser l'état flottant de la volonté ; au lieu que décider et résoudre expriment quelque chose de décisif, de résolutif, de définitif, qui fait cesser toute difficulté , qui emporte la volonté péremptoirement. De là vient que déterminer se met bien avant décider et résoudre. « Tout cela forma un amas de raisons qui non-seulement détermiîièrent le roi , mais le décidèrent. » S. S. a Vous dites que c'est Dieu seul qui me détermine à faire le bien ; pourquoi donc employer votre zèle à m'y déterminer et à m'y résoudre ? » Bourd.
Entre décider et résoudre , la différence vient d'être indiquée par les deux exemples qui précèdent. Ce sont les raisons qui décident; c'est le zèle qui résout , le zèle et toutes les autres choses du même genre , c'est-à-dire qui agissent non sur l'esprit, mais sur le goût, l'humeur, l'âme, la sensibilité. Ce qui décide instruit , convainc , paraît concluant : « Cette raison m'a décidé à partir. » Acad. Ce qui résout touche , persuade , anime , donne la force de faire ou entraîne à faire : « Quand on est malade , on prend médecine gaiement, le mal y résout. » Pasg. On ne se décide pas, faute de considérations assez puissantes ; on ne peut se résoudre , faute de résolution ou de courage , parce qu'on est faible.
DÉCISIONS, CANONS, DÉCRETS. Ces trois mots expriment des actes émanant des conciles ou de l'Église, des choses que les conciles ou l'Eglise ont résolues, déterminées, arrêtées.
Les décisions font cesser l'indécision, le doute, l'erreur; elles n'ont rapport qu'à la foi et au dogme ; elles déterminent ce qu'on doit croire. « Dieu nous propose ce point de créance par les décisions des conciles qui nous l'ont expressément déclaré. » Bourd. « Saint Grégoire ne crut pas que les décisions des quatre premiers conciles fussent de nouvelles révélations que Dieu eût faites à son Église. » Id. « Les décisions des conciles contre les erreurs de Pelage. » lu. « Doctrine contraire aux décisions de l'Église. » Fén. a Les décisions des conciles exprimaient les principes les plus généraux pour la condamnation de l'erreur. » Boss. « Sur les matières controversées, l'Église catholique ne reconnaît point d'autres décisions que celles du concile de Trente.» Id. « Saint Augustin n'a pas enseigné de choses contraires aux décisions des conciles ou des papes. » Id. « On n'a pas coutume (dans l'Église) de prononcer des décisions sur des vérités qui ne sont pas contestées. » Id. ce M. Molanus attribue ce sentiment à quelques auteurs catholiques; mais il n'est pas nécessaire d'en discuter ici les sentiments, puisque nous avons une décision expresse du concile de Trente. » Id. ce L'empereur Charles-Quint crut devoir prendre des mesures pour suspendre les disputes de religion. Il fit un formulaire qu'on nomma intérim, parce qu'il contenait les articles qu'il fallait croire en attendant les décisions du concile. » Cond. « En vain Gerson sollicita (du concile de Constance) une décision sur chacune des neuf propositions (extraites de la doctrine de Jean Petit) ; en vain il appuya sur toutes les raisons qui devaient au moins porter à les examiner. » Id.
Canon est le mot grec xavtov , qui signifie règle. Les canons sont les règles de l'Eglise , lesquelles déterminent, non pas ce qu'on doit croire, mais ce qu'on doit faire; ils ont rapport, non pas à la foi, mais à la discipline et aux mœurs. Massillon appelle les canons ce les anciennes règles de discipline consacrées de siècle en siècle par la décision de tant de conciles. ^ Les décisions sont toutes contre l'erreur. Parmi les canons , il y en a contre la simonie (Pasg. , Bourd.), contre le duel (Pasg.), contre la fré-