‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 475 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Mass.} , comme il y en a d'agréables ; il y a de entretiens fastidieux (Acad.), comme il y en d'intéressants. Un homme dégoûtant est d'une laideur ou d'une malpropreté repoussante; un homme fastidieux est ennuyeux, importun, insupportable par ses idées, ses discours ou ses écrits. « Il ne faut point s'opiniàtrer à faire goûter aux enfants certaines personnes pieuses don l'extérieur est dégoûtant. » Fén. « Les fastidieux personnages, avec leur air suffisant et empesé 1 Je ne comprends pas comment toi, qui as l'esprit si délié, tu peux t'aceommoder de convives si lourds. Je veux t'en amener de plus légers.... Je te promets des génies supérieurs et des plus amusants. » Les,.

Ces deux mots ne sont guère synonymes que quand dégoûtant s'applique aussi figurément à ce qui se rapporte à l'esprit : un poëme dégoûtant ou fastidieux; une pièce de théâtre dégoûtante ou fastidieuse, c'est-à-dire dont l'effet esthétique n'est pas bon. Mais alors la différence est encore bien sensible.

La chose dégoûtante provoque le vomissement , selon la force du mot ; elle révolte , parce qu'elle est moralement sale ou grossière; la chose fastidieuse ennuie , lasse , à cause de sa monotonie ou de sa longueur. L'une blesse en nous la délicatesse du goût ou des mœurs, elle est fade, basse ou indécente ; l'autre ne nous amuse pas , ne nous intéresse pas.

Ce qui est dégoûtant soulève l'âme, excite son aversion. «Dans le Paradis perdu, le mariage du péché et de la mort, et les couleuvres dont le péché accouche font vomir tout homme qui a le goût un peu délicat : c'est un poëme obscur , bizarre et dégoûtant. » Volt. « Nous verrions quelles archives possèdent la suite la plus complète de fadaises dégoûtantes et de contes , que la plus imbécile et la plus bavarde nourrice n'oserait répéter aujourd'hui. » Id. « Racine avait fait ôter à Boileau , de la satire contre les femmes , une vingtaine de vers dégoûtants par la peinture hideuse de la lieutenante criminelle, » D'Al. « Par une plaisanterie dégoûtante , Furetière avait dédié son Roman bourgeois au bourreau. » Id. ce Cela est assez nigaud , dit Laharpe en parlant d'une chanson de Sedaine , qu'il vient de citer , mais cela est drôle et n'est pas dégoûtant; Piron l'est souvent dans ses opéras comiques.» Et, après en avoir rapporté un exemple , il ajoute : « Cela fait mal au cœur. » « Dans le Théâtre de la Foire , la sottise burlesque et la grossièreté dégoûtante sont à un tel excès , que les citations souilleraient le papier. » Lah.

Ce qui est fastidieux fatigue l'esprit , qui n'en fait aucun cas. « Les fables d'Ésope ne sont point des recueils de sentences fastidieuses qui lassent plutôt qu'elles n'éclairent. » Volt. «Ces maximes (de Confucius) valent bien les secs et fastidieux Essais de Nicole. » Id. « La crainte du ridicule suggère les mêmes propos , peu intéressants de leur nature, et fastidieux par la répétition. » Ducl. « l-es enfants nous fatiguent d'une multitude d'interrogations sottes et fastidieuses.» J. J. «Le fastidieux babil de la plaidoirie. » Lah. «.De ongues et fastidieuses répétitions. » Id. ce On est

fatigué de la répétition fastidieuse des mêmes tournures. » Id.

Ma sœur est doucereuse :

Mais une humeur pareille est bientôt ennuyeuse;

Rien n'estfastidieux comme l'égalité. Dsst.

DEGRÉ , MARCHE. Noms des parties dont se compose un escalier.

Degré, comme gradin et grade, vient du latin gradus , dont le sens est le même. Marche, au contraire , ne paraît dériver d'aucun mot des langues savantes. De là, une première différence.

Degré se dit plutôt au figuré , ou en parlant .de grands édifices. Emilie dit dans Cinna:

Quand je regarde Auguste au milieu de sa gloire, Et que^ vous reprochez à ma triste mémoire Que par sa propre main mon père massacré Du trône où je le vois fait le premier degré,,,.

Corn.

Les degrés du palais (Acad. , J. J. , d'Al. , Lah.), d'un temple (Acad., Vauv.), de Saint-Pierre de Rome (Volt.), d'un amphithéâtre (Laf., Volt.). Mais marche est le mot du langage commun, et il tend de plus en plus à le devenir exclusivement. « Cet escalier est composé de marches basses , afin qu'on puisse monter sans efforts. » Fén. «Le schiste spathique se casse par étages ou plans superposés, comme les marches d'un escalier. » Buff.

Cependant degré et marche diffèrent aussi quant au sens. Degré rappelle nécessairement l'idée d'élévation, de montée et de descente; au lieu que marche fait concevoir un endroit où on pose le pied, un plain-pied, une plate-forme, ce On monte les degrés, dit très-bien Beauzée, et l'on se tient sur les marches. » Les degrés sont comme des échelons par lesquels on s'élève,; les marches sont des places où on se met , où on se tient. Un usurpateur escalade les degrés du trône (S. S.); un prince royal est assis sur les marches du trône (Acad.). — « Les six degrés par où on montait au trône de Salomon étaient d'or. » Boss. ce Les anges mêmes doivent être compatissants; le cœur a partout les mêmes devoirs : sur les marches du trône de Dieu et au fond de l'abîme.» Volt. — Sans doute, les marches servent comme les degrés à monter et à descendre ; mais ce n'est pas ce qu'on considère en elles. Dans YOreste de Voltaire, Égisthe trouve Electre dans un état de mort , étendue sur les marches du tombeau de son père (Lah.). ce Sextius couvrit du sang d'un tribun les marches du temple de Castor. » Id. « Sur les marches du marchepied du roi , où on met des carreaux, c'est la séance du grand chambellan, qui y est comme couché. » S. S. « L'escalier était ma salle à manger , le palier me servait de table , la marche inférieure me servait de siège. » J. J.

Outre cela, degré, qui signifie aussi escalier, suppose un certain nombre , une suite de ces parties superposées en étages ; mais il peut n'y avoir qu'une marche ou deux, ce Je dis au duc d'Orléans que les sièges hauts du lit de justice n'auraient qu'une marche par la difficulté de les élever davantage. Il me dit que cela ne pouvait passer de la sorte , que les hauts sièges de la grand' chambre avaient cinq degrés, » S. S. — « Herma-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

goras (l'érudit) a presque vu la tour de Babel, il en compte les degrés. » Lah. Un marchepied et une estrade ont plutôt des marches que des degrés : un marchepied de plusieurs marches (S. S.), une estrade de trois marches (Id.).

DÉGUISER, MASQUER, TRAVESTIR. Modifier la manière d'être extérieure d'une personne de façon à la faire paraître autre.

C'est exactement le sens du mot déguiser , le plus général des trois. Il vient de de, qui marque ablation, privation, dérangement, et de l'allemand weise, manière.

Masquer signifie déguiser par l'application d'un masque sur le visage, ou bien déguiser pour aller en masque, -pour courir les bals ou les rues à l'époque du carnaval.

Là-dessus son épouse, en habit d'Alecton,

Masquée, et de sa voix contrefaisant le ton,

Vient au prétendu mort. Laf.

«Dans l'antiquité , les acteurs jouaient masqués, et par conséquent on ne pouvait pas de loin distinguer sensiblement aux mouvements de la bouche et des muscles du visage s'ils parlaient ou s'ils ne parlaient pas. » Roll.

Travestir , de trans , au delà , en sens contraire , et de vestis , habit, c'est déguiser en revêtant d'habits autres que les siens, d'habits d'une autre condition ou d'un autre sexe. « Tékéli, assiégé, fit évader son fils unique , travesti en paysan , avec deux gentilshommes déguisés de même.» S. S. Le déguisement n'est pas toujours, comme le travestissement , l'effet d'un changement d'habits. Une fausse barbe (Acad.), un coup violent qui poche les yeux , déguise un homme , mais ne le travestit pas. Se mettre un emplâtre sur l'œil pour se déguiser (Acad.). Dans un bal, il suffit d'un masque sur le visage , et même d'un faux nez, pour être déguisé ; mais une personne n'est travestie qu'autant qu'elle est habillée autrement que de coutume, en débardeur, en postillon, en homme si c'est une femme , ou en femme si c'est un homme. Un mauvais traducteur et un parodiste travestissent (et non pas déguisent) un ouvrage : les expressions dont ils se servent pour le rendre sont comme un vêtement qui le défigure. Dans Lafontaine, un chat exterminateur de souris use de stratagème ,

Rlanchit sa robe et s'enfarine;

Et, de la sorte déguisé, Se niche et se blottit dans une huche ouverte.

Ce fut à lui bien avisé :

La gent trotte-menu s'en vient chercher sa perte.

Et non-seulement le travestissement est toujours un déguisement qui tient à l'habit, mais encore il suppose que l'habit est étranger, emprunté. Un magistrat qu'on a peine à reconnaître dans son costume, tant ce costume le change , est déguisé (Pasc.) et non pas travesti. « Pour mettre sa vie en sûreté , Annibal fit faire des perruques et des habits pour toutes les différentes sortes d'âge : il prenait tantôt l'un, tantôt l'autre , et se déguisait si souvent, que non-seulement ceux qui ne le voyaient qu'en passant, mais ses amis mêmes, avaient peine à le reconnaître.» Roll. —Déplus, le déguisement empêche de vous reconnaître , et le travestissement de reconnaître votre condition.

f Un homme qui a intérêt à ce qu'on ignore qui il est , ou que c'est lui qui a fait telle chose , par exemple, se déguise. « Astarbé, déguisée en esclave , voulut se sauver dans la foule ; mais un soldat la reconnut. » Fén. « Pour se dérober aux gens que je lui ai dit qu'on avait mis pour l'arrêter aux portes de la ville , M. de Pourceaugnac s'est résolu à se déguiser. » Mol. «Adherbal, pour sauver sa vie , est obligé de se déguiser. » Vert. « Dans At hénaïs (tragédie), un prince de Perse se déguise pour aller voir sa maîtresse à la coût d'un empereur romain. » Volt. Mais un homme qui a intérêt à ce qu'on ne sache pas qu'il est agent de police , prêtre , militaire , ou de tel ou tel rang dans la société , se travestit. « Sertorius mérita l'estime de Marius et des récompenses d'honneur pour s'être exposé à passer chez les Cimbres travesti en Gaulois. » Roll. « Qu'on ne vous apporte point ces lettres trompeuses, que des étrangers, travestis en pasteurs, adressent sous le titre de Lettres pastorales aux protestants de France. » Boss. «Les prêtres et les religieux vivaient en Angleterre pauvres , errants, travestis. » Id. « Les missionnaires se travestissent en laïques pour cacher leur caractère et leur religion en Angleterre. » Fén. Molière charge sa muse d'aller au Louvre remercier le roi de ses bienfaits , et il ajoute :

Gardez-vous bien d'être en muse bâtie, Un air de muse est choquant dans ces lieux : On y veut des objets à réjouir les yeux; Vous en devez être avertie ; Et vous ferez votre cour beaucoup mieux Lorsqu'en marquis vous serez travestie.

— Enfin , déguiser , étant le terme général , s'emploie d'ordinaire absolument ; travestir, exprimant le passage d'une espèce d'habit à une autre , une transformation , est plus propre à indiquer d'une manière relative en quel costume on se met.

Au figuré, déguisé et se déguiser expriment qu'on en impose; masqué et se masquer, qu'on en impose sur ses sentiments ; travesti et se travestir, qu'on en impose sur 6on caractère. Celui qui se déguise est faux -, celui qui se masque a cette sorte de fausseté qui consiste à affecter de la dévotion, de la vertu ou du dévouement; celui qui se travestit est faux en ce sens qu'il se donne des airs degrandeur, de distinction, de noblesse, de gravité, ou de modestie, d'ingénuité, de douceur, de mollesse, toutes choses à la connaissance desquelles l'habit contribue plus ou moins.

DÉLIBÉRER , OPINER, VOTER. Ces mots signifient ce que font des hommes assemblés pour décider quelque affaire.

Mais délibérer exprime absolument et collectivement ce qu' opiner représente relativement et distributivement, savoir le travail de la discussion, qui a pour but, en éclairant les esprits^ de préparer la résolution ou le vote. Délibérer , c'est peser ou balancer les raisons, le pour et le contre, opposer une chose à une autre , comme le fait quelquefois une personne seule dans son for intérieur, a Les pêcheurs de Messène trouvèrent dans le ventre d'un gros poisson un vase d'or. Le sénat de Messène s'assembla pour délibérer à qui on devait le donner. » Fén. « Le jury, la cour, a

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