‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 474 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

goût de prédilection , cet intérêt particulier qui fait le favori. La disgrâce est un malheur ou un malheur plus grand et dans ses causes et dans ses suites : dans ses causes, car elle dépend moins, comme la défaveur, de l'humeur ou du caprice du maître , que de sujets d'une certaine gravité , réels ou supposés , comme malversations , fautes ou incapacité , discours coupahles , démarches imprudentes ; dans ses suites, car elle entraîne pour l'ordinaire la perte des biens ou des charges , la confiscation , la destitution et l'exil.

On peut citer en France , sous le règne de Louis Xiv, la défaveur de Fénelon et la,. disgrâce du surintendant Fouquet.

Un écrivain est en défaveur (mais non pas en disgrâce, ce serait trop dire), quand ses écrits ne sont plus goûtés ou accueillis du public avec une disposition favorable ou bienveillante. « Buffon voyait que l'école encyclopédique était en défaveur à la cour et dans l'esprit du roi. » Marm.

1° DÉFENDRE , SOUTENIR , PROTÉGER ; — 2° GARANTIR , PRÉSERVER , SAUVER. Mettre à couvert contre quelque chose de fâcheux, ou l'écarter.

Défendre, soutenir et protéger marquent l'action; garantir, préserver et sauver , l'effet. En défendant , en soutenant, en protégeant, on travaille à empêcher l'approche ou l'atteinte du mal ; en garantissant , en préservant et en sauvant, on réussit à l'empêcher. Le défenseur et le protecteur vous assistent, mettent leur puissance à votre service , mais ce peut être en vain ; le sauveur effectue positivement votre salut , votre sûreté. On lit dans une traduction de P. Syrus : k La fortune protège plus de gens qu'elle n'en garantit. »

Plures tegit fortuna, quam tutosfacit.

De plus , défendre , soutenir et protéger se disent absolument : Dieu défend , soutient , protège l'homme de bien. Garantir , préserver et sauver ne s'emploient guère que d'une manière relative, en indiquant de quel mal on exempte : Dieu garantit , préserve , sauve l'homme de bien de tels ou tels maux. « La sage piété de nos pères n'a pas cru pouvoir mieux défendre et conserver cette ville capitale qu'en la mettant sous la protection de sainte Geneviève , qui l'a préservée de tant de fléaux. » Bourd. « J. C. dit à saint Pierre : J'ai pu vous soutenir sur les flots , et vous garantir de la violence des vents et des orages. » Mass. « Louis le Grand a protégé ses alliés.... Il serait à craindre que le temps ne diminuât au moins l'éclat de tant de merveilles : vos plumes savantes les garantiront de cette injure. » Lafontaine, Discours de réception à l'Académie française.

1° Défendre , soutenir , protéger.

On défend ce qui est attaqué ; on soutient ce qui est faible. « Quand même un voisin injuste attaquerait votre Etat, tous les autres , intéressés à sa conservation, prennent aussitôt les armes pour le défendre. » Fén. « Le roi revint à son premier sentiment et à la gloire de soutenir des rois opprimés.» Volt. On défend en prenant actuellement les armes pour repousser une agression ;

on soutient , en embrassant les intérêts de quelqu'un, en les fortifiant de son appui. «C'est l'ordre des franciscains qui le premier a fait une profession publique de reconnaître et de soutenir l'immaculée conception ; c'est lui qui l'a défendue dans les écoles et les universités. » Bourd. Votre défenseur combat contre vos ennemis ; votre soutien est votre partisan , il vous anime , il s'intéresse pour vous. Pendant que le roi de Navarre (Henri IV) défendait la cause de Henri III , Philippe II d'Espagne soutenait celle des ligueurs (Volt.). Un accusé est défendu par son avocat, et soutenu par tous ceux qui s'emploient pour lui. L'action de défendre est plus déclarée , plus ardente, plus forte; mais celle de soutenir est d'ordinaire plus soutenue, plus constante : les martyrs ont défendu la foi chrétienne (Bourd.); les confesseurs l'ont soutenue (Ld.). a Ce christianisme doit être en nous aussi solide contre ceux qui l'attaquent , qu'édifiant pour nous qui le défendons.... Que Dieu trouve en nous, sinon des martyrs fervents , au moins des confesseurs éclairés , pour soutenir son culte contre la vaine présomption du libertinage. r> Bourd. On défend et on soutient une personne ou une chose (Bourd.), quand , après avoir combattu pour la tirer d'un péril, on continue à la favoriser, à s'en' montrer l'ami. On la soutient et on la défend (Bourd. , Mass.), quand, après l'avoir servie de son crédit, par exemple , on finit , dans une occasion particulière , par la faire triompher de ses ennemis.— D'ailleurs , on défend ce qui de soi-même est sans défense : un avocat défend son client , une lionne ses petits , un amant son cœur , un ami son ami absent ou la mémoire de son ami défunt. On soutient ce qui se défend déjà , mais d'une manière insuffisante , c'est-à-dire qu'on le seconde. « Hiéron ordonna aux étrangers de commencer l'attaque ; et lorsqu'il les vit engagés , il les abandonna, au lieu de les soutenir. » Cond.

Voilà donc quels vengeurs s'arment pour ta querelle ,

Des prêtres, des enfants, ô sagesse éternelle!

Mais, si tu les soutiens, qui peut les ébranler? Rac.

L'action de protéger (protegere, couvrir) ressemble plus à celle de soutenir qu'à celle de défendre. Mais elle part toujours d'un supérieur, qui couvre comme d'une égide , qui veille sans cesse à la conservation et à la prospérité de ce qu'il a pris sous sa tutelle. Dieu, les anges gardiens , un roi , un homme puissant protègent; les patriciens protégeaient les plébéiens , leurs clients (Cond.). Dieu protège la France. A la fin des Filles de Minée, Lafontaine dit que ces sœurs, protégées par Pallas , ne peuvent être alors défendues par cette déesse contre les fureurs de Bacchus qui entre pour se venger. « Notre vie même , que nous avons dévouée à l'Etat , en est continuellement protégée. » J. J. « Par les princes favorables à la piété sont protégés des ouvriers fidèles destinés à répandre la science du salut. » Mass. « Que d'établissements utiles n'ont dû leur naissance qu'au crédit d'une seule personne à qui Dieu avait mis dans le cœur de protéger une œuvre dont il devait tirer tant de gloire ! » Id. « La cour de Rome ne cherche souvent qu'à

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

établir son autorité sous prétexte de protéger le clergé. » Vert, a Dieu a donné aux saints un plein pouvoir pour nous proléger. » Bourd. A la fin de Britannicus , Junie s'est réfugiée auprès de la statue d'Auguste :

Prince, par ces genoux, dit-elle, que j'embrasse,

Protège en ce moment le reste de ta race. Rac. a L'ambassadeur des Rhodiens dit aux sénateurs (de Rome): Il suffit aux Grecs que vous protégiez par vos armes leur liberté , qu'ils ne sont plus en état de défendre par les leurs. » Roll.

2° Garantir, préserver, sauver.

Selon l'Académie, préserver signifie garantir d'un mal qui pourrait arriver. En effet , on garantit plutôt d'un mal actuel, ou certain, immanquable. La laine du mouton et le vêtement de l'homme les garantissent des injures du temps. « Mon palais , dit Télémaque à Ulysse , est rempli d'insolents ; je suis jeune , seul , et il me serait impossible de vous garantir des insultes qu'ils ne manqueraient pas de vous faire. » Fén. Mais préserver, c'est-à-dire conserver d'avance, annonce un danger, un mal futur, éventuel, possible , auquel on ne peut guère s'attendre. « Une bonne éducation préserve la jeunesse de quantité de désordres. » Acad. a Que Dieu nous préserve de tout mal! » Bourd. « Nous combattons sans cesse pour préserver de ce faux goût ceux de nos jeunes écrivains qui donnent des espérances. » Lah. — Garantir marque puissance; préserver, prévoyance. Faute de pouvoir, de moyens, une chose ou une personne n'est pas suffisamment garantie; faute de soins, de vigilance, elle n'est pas suffisamment préservée. Ce qui garantit est un bouclier, une cuirasse, un rempart, quelque chose de fort dont on s'arme ou dont on se trouve armé de manière à ne pas succomber. « Les monts et les mers qui entourent l'Italie la garantissent à peu de frais des insultes de ses voisins. » Marm. a Le séjour de deux mille ans dans le tombeau n'a pu garantir Homère d'une haine implacable. » Montesq. «■ A Neuchâtel , la protection du prince et du gouvernement ne saurait me garantir des fureurs d'une populace excitée.» J. J. Mais ce qui préserve est un préservatif, quelque chose dont on se prémunit ou dont on a été prémuni par précaution, a Les oiseaux font leur nid sur les plus hautes branches des arbres pour préserver leurs petits de l'insulte des animaux qui ne sont point ailés. » Fén. u Quelles précautions , quelles mesures avez-vous prises pour préserver vos jeunes filles du faux goût qui les égare? » J. J. « Peuples, sachez que la nature a voulu vous préserver de la science , comme une mère arrache une arme dangereuse des mains de son enfant. » Id. « Les désordres et défauts des autres sont nôtres en quelque façon par l'impuissance où nous sommes de nous en garantir , si Dieu ne nous en préserve. » Nie. — On garantit en couvrant , en empêchant l'impression ou l'atteinte d'un objet, contre uae attaque ou quelque chose d'extérieur. Un rideau garantit du soleil. « Il est très -difficile de se garantir entièrement de l'impression secrète que toutes les choses extérieures font dans l'esprit. » P. R. Dieu nous garantit de la haine de nos en-

nemis (Mass.) , de toute oppression et de toute violence (Boss.). Préserver, au contraire, est plus propre à exprimer une action intérieure, qui conserve, qui purifie, en combattant des principes intérieurs de corruption. Un remède préserve d'une maladie, a L'embaumement était le moyen le plus facile de préserver les corps de la corruption. ■» Buff. « Le précepteur dit à son élève : Quand tu es entré dans l'âge de raison , je t'ai garanti de l'opinion des hommes ; quand ton cœur est devenu sensible, je l'ai préservé de l'empire des passions. » J. J.

Quant à sauver , il se distingue par la grandeur du péril qu'il suppose. Sauver, c'est opérer le salut. Sauver des mains de l'ennemi (Acad.), du supplice (Id.) , de la potence (Montesq.) , du naufrage (Bourd. , Mass.) , de l'infamie (Acad.), de la misère (Id.) , de l'enfer (Pasc), de la colère de Dieu (Id.), des pièges (Buff.), du joug d'un tyran (Volt.) , etc.

DÉFENSE , PROHIBITION. Ordre de ne pas faire certaines choses, de s'en abstenir, de ne pas se les permettre.

Défense appartient à tous les genres de style , ainsi que défendre et défendu. Prohibition , ainsi que prohiber et prohibé, a cela de commun avec son synonyme inhibition (voy. Ire partie , Prohibition et inhibition, p. 152), que c'est un terme de législation et de palais. « Prohibé ne se dit guère que des choses qui sont défendues par une loi humaine et de police. La fornication est défendue ; et la contrebande, prohibée. y> D'Al.

L'espèce d'ordres exprimée par prohibition n'émane pas de la nature, de Dieu, de la conscience ou des lois générales , mais de décrets exprès de l'administration, de la police, ou bien des décisions d'une autorité humaine quelconque , judiciaire, ecclésiastique ou autre- Il y a des livres défendus parce qu'ils sont mauvais , et quand même aucun règlement particulier ne prescrirait de ne les point lire ; il y a des temps pendant lesquels l'Église prohibe les mariages. «. Tout est plein , dans le secrétariat des évêques , de permissions à tel et tel de lire des livres défendus , de passer outre aux mariages , nonobstant les temps prohibés. » Boss.

Voltaire parle la langue commune quand il dit : « Le concile de Trente ne permet ni ne défend la communion sous les deux espèces. » Mais il se sert du terme spécial quand il ajoute : « Son décret porte seulement que l'Église a eu de justes causes de la prohiber. » De même Laharpe , dans le passage suivant : a Quand la publication de l'Encyclopédie fut défendue, elle devint plus mauvaise de toute manière.... Ce fut Diderot qui obtint la continuation secrète du dictionnaire publiquement prohibé. »

DÉGOÛTANT, FASTIDIEUX. Ce qui est dégoûtant ou fastidieux déplaît, produit sur nous une impression fâcheuse.

A peine est-il besoin de remarquer que dégoûtant pent se dire des choses physiques et des hommes physiquement considérés; au lieu que fastidieux sert à qualifier seulement sous le rapport de l'esprit ou les choses de l'esprit. Il y a des viandes et des boissons dégoûtantes (Boss. ,

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