‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 477 sur 881 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

la pénétration profonde, si...?» Mass. « Le vulgaire suppose une étendue d'esprit prodigieuse et un génie presque divin dans ceux qui ont gouverné des empires avec quelque succès. Ce n'est point une pénétration supérieure qui fait les hommes d'État, c'est leur caractère. » Volt. a L'étendue et la justesse de l'esprit du duc d'Orléans , la grandeur de son génie et de ses vues, sa singulière pénétration. » S. S. <t L'abbé de Saint- Cyran avait fait admirer la pénétration de son esprit et la profondeur de sa doctrine. » Rac.

Ce qui distingue la sagacité, c'est qu'elle fait dépister ou sentir à la trace , c'est-à-dire découvrir promptement, vivement, et par une sorte d'instinct presque infaillible. Ce mot se dit particulièrement bien des. animaux et des enfants. « Cet instinct des animaux est une sagacité et une dextérité admirable, non dans la bête qui ne raisonne pas , mais dans la sagesse qui la conduit. » Fén. « L'enfant lit très-bien dans la pensée du maître ; toute la sagacité qu'il eût employée , livré à lui-même , à pourvoir à la conservation de sa personne , il l'emploie à sauver sa liberté naturelle des chaînes de son tyran. » J. J. ce Les enfants ont une sagacité singulière pour démêler à travers toutes les singeries de la décence les mauvaises mœurs qu'elle couvre. » Id. « L'homme, par ses propres lumières, ne connaît rien au delà du présent : l'avenir est pour lui un abîme fermé à la sagacité la plus vive et la plus perçante. » Roll. ce Ne soupçonnerait-il point ma nouvelle passion ? 11 est d'une sagacité que je redoute , et un amant maltraité a des yeux d'Argus. » Dest.

Ce qui distingue la perspicacité, c'est qu'elle fait connaître des choses difficiles , et cela à force d'examen, de réflexions, de comparaisons, a Je me suis toujours étonné qu'un homme d'autant d'esprit, de perspicacité , d'application que Cellamare se trompât si lourdement dans ses conjectures et dans ce quïl croyait avoir pénétré. » S. S. ce Beaumarchais avait vu avec perspicacité ce que le gouvernement et l'esprit public l'encourageaient à hasarder. » Lah. ce On ne trouve point dans cet ouvrage cette force de génie qui saisit tout un sujet , ni , si j'ose me servir de cette expression, cette perspicacité géométrique qui le pénètre; on y voit, au contraire, quelque chose de lâche, et, si j'ose le dire, d'efféminé. » Mon-

TESQ.

1° DÉLIRE , ÉGAREMENT, FOLIE, DÉMENCE, MANIE; — 2° FUREUR, RAGE; — 3° FRÉNÉSIE.

Etat anormal de l'esprit, état dans lequel un esprit n'est pas maître de soi ou ne se possède pas.

Dans le délire, l'égarement, la folie, la démence et la manie, c'est sous le rapport de l'intelligence qu'on est hors de soi, c'est de l'usage de ses facultés mentales qu'on est plus ou moins privé. Mais dans la fureur et la rage, c'est son activité qu'on ne gouverne plus , c'est de sa puissance qu'on ne dispose plus. Ce qui caractérise le premier état, c'est la déraison; et, le second, la violence, a On a pitié d'un fou; mais, quand la démence devient fureur, on le lie. » Volt, ce La folie est une maladie qui empêche un homme de

penser et d'agir comme les autres.... Si le fou est furieux, on le lie. » Id. « La réponse fut qu'on ne pouvait se défaire trop tôt des fous qui portent la folie jusqu'à la fureur. » S. S. Délire, égarement^ folie, démence et manie annoncent qu'on est hors de sens, qu'on a le cerveau malade; fureur et rage expriment d'ordinaire un grand mouvement de colère qui fait qu'on ne peut se contenir.

Quant à frénésie , il réunit les idées distinctives des deux précédentes séries de mots : il signifie un état où on a perdu le sens et où on ne commande plus à ses mouvements.

1° Délire, égarement, — folie, démence, manie.

Le délire et Y égarement sont passagers. Causés par quelque chose d'accidentel, comme un transport ou une forte émotion , ce sont des accès , et non des maladies chroniques, ce Un moment de délire, à! égarement. » Marm. Un homme qui éprouve du délire ou de V égarement n'est pas mis en traitement à l'hôpital des fous, comme s'il était atteint de folie , de démence ou de manie.

Délire, du latin delirus , qui délire, mot qui a du rapport avec ).r,peïv, dire des niaiseries, marque proprement l'état d'un malade qui, dans l'ardeur de la fièvre , bat la campagne. L'égarement est le trouble qui s'ensuit et qui se manifeste principalement dans les regards et sur le visage. Le délire est de l'exaltation, l'égarement du désordre, ce Le délire de la fièvre. » J. J. « L'égarement des yeux. » Boss. Au délire s'attache l'idée d'activité ou d'une plus grande activité : l'homme en délire est dans l'agitation, ce Pour concevoir jusqu'où mon délire allait , il faudrait connaître à quel point mon cœur est sujet à s'échauffer et avec quelle force il se plonge dans l'imagination de l'objet qui l'attire. » J. J. L'égarement se présente plutôt comme une modification ou une impression reçue : l'homme égaré est comme frappé de vertige ou confondu, ce Une amante éperdue n'a pas besoin d'être parée pour attendrir en sa faveur : son désordre , son égarement et la pâleur de son visage , les ruisseaux de larmes qui coulent de ses yeux sont les armes de sa douleur. » Marm. « Prends pitié de l'égarement où tu m'as jeté. » J. J. — Une autre différence bien importante, au figuré, consiste en ce que délire désigne l'état seul, au lieu que égarement y joint l'idée de dérèglement ou d'écart. Il n'y a que de la chaleur dans le délire ; il y a de l'erreur dans l'égarement. Là, on n'est pas de sens rassis, la tête est échauffée et l'imagination en jeu; ici, on s'éloigne du bien, on pèche contre la sagesse soit par sa faute , soit par malheur, ce Que devient Œnone pendant le délire de Phèdre?» Marm. « Dans Crébillon, l'amour de Sémiramis pour son fils est un égarement odieux et indécent. » Lah. Ce qu'on considère dans le délire c'est l'intensité ; dans l'égarement, c'est la direction : un grand délire est au plus haut point; un grand égarement est une grande aberration, ce Oserai-je te dire un délire de ma fièvre ? Connais et plains l'égarement d'esprit de ta malheureuse amie. » J. J. — Délire est purement formel, significatif seulement de

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

l'exercice de la pensée et relatif à la théorie; égarement est matériel, moral, relatif à la pratique ou à la conduite. Le délire fait le rêveur, le penseur incohérent, inconséquent; il est quelquefois absurde, a II ne put rien comprendre à mes discours, il les prit pour un vrai délire. » J. J. « Quand les idées sont claires , le doute serait , non un usage de la raison , mais un délire. » Fén. a Les insensés même, dans leurs plus grands délires , ne disent point tout ensemble formellement le oui et le non. » Id. « Les opinions de Platon ne paraissent qu'un délire. » Cond. L'égarement fait le coupable ou l'infortuné, l'homme qui se jette ou est jeté hors de la bonne voie, qui est extravagant. « Vous lisez Murait. Voyez comme il a fini, déplorez les égarements de cet homme sage. » J. J- « La prudence regarde comme un égarement la bienheureuse folie de la croix. » Fén. « On ne peut, sans égarement, cesser de croire Dieu bon. » Id. « Faitesmoi sentir de plus en plus , ô mon Dieu , la folie et le déplorable égarement des jugements du monde.» Mass. — Enfin, le mot délire peut se prendre en bonne part, jamais celui d'égarement. « Ce n'est pas ainsi que l'âme s'échauffe et se livre à ces transports sublimes qui font le délire des amants et le bonheur de leur passion. » J. J. « On appelle enthousiasme le délire ou la passion véritable qui se communique d'un homme à l'autre , et quelquefois à tout un peuple , lorsqu'une imagination exaltée se rend maîtresse des esprits. » Marm. « Le délire poétique, un beau délire. » Acad.

Folie , démence et manie expriment des maladies de l'esprit ou l'aliénation mentale.

Folie , quelle qu'en soit l'étymologie , est le mot général et commun, celui du langage ordinaire. Démence, latin dementia, est, au contraire, un terme médical et légal , qui signifie , non pas à peu près ou hyperboliquement , mais positivement et à la rigueur, un dérangement de l'intelligence , une maladie bien caractérisée. Folie se prend souvent dans une acception morale ou affaiblie pour marquer simplement de l'imprudence, de la légèreté, de l'extravagance. Mais démence se prend toujours dans le sens étroit, •comme indiquant, non pas le peu de sagesse, mais la privation formelle de la raison. On interdit pour cause de démence (Acad.). ce En Angleterre, on ne peut pas plus punir l'homicide de soi-même qu'on ne punit les effets de la démence. » Montesq. « Une trop longue continence peut causer de grands maux d'esprit et de corps, la démence et l'épilepsie. » Buff. « En 1392, Charles VI tomba tout à fait en démence , pour n'avoir plus que des intervalles de raison. » Cond. «. Les cas où on peut être sauvé sans croire en Dieu ont lieu , soit dans l'enfance , soit dans la démence , quand l'esprit est incapable des opérations nécessaires pour reconnaître la divinité. » J. J. « Philippe de Macédoine employa, contre le fils d'Aratus, non les poisons mortels, mais ceux qui font perdre la raison et qui jettent dans la démence. » Roll. — Au figuré , la démence est une haute folie, le comble de la folie, et une folie toujours fâcheuse ou déplorable. « Il regar-

dait comme la dernière démence de penser autrement. » S. S. ce Toutes les guerres de François Ier en Italie sont conduites avec démence. » Volt. « La théocratie a poussé la tyrannie aux plus horribles excès où la démence humaine puisse parvenir. » Volt. « Si on avait . dit à Cicéron que... , ne se serait-il pas tenu à cette supposition d'une démence absolue et d'une punition divine (infligée aux Français pendant la Révolution) ? » Lah.

Manie, grec p.avîa, est, comme démence, un terme spécial ; mais il annonce une privation de sens moins absolue , une espèce de démence imparfaite , intermittente ou relative à un seul objet, ce Une passion sans intervalle est démence , et l'état de démence est pour l'âme un état de mort. » Buff. On ne saurait en dire autant de la manie, ce Virgile avoue qu'il n'a entrepris YÊnéide que par une espèce de manie , pêne vitio mentis. » Boss. — Au figuré , le caractère propre de la manie, c'est qu'elle est bizarre, singulière, c'est qu'elle exprime un goût ou une habitude risible plutôt que grave et blâmable.

Faut-il d'un froid rimeur dépeindre la manie? Bon., Jadis certain bigot , d'ailleurs homme sensé , D'un mal assez bizarre eut le cerveau blessé , S'imaginant sans cesse , en sa douce manie , Des esprits bienheureux entendre l'harmonie. Id. La plaisante manie/ Djest.

La moitié des humains rit aux dépens de l'autre.

Monsieur a sa manie, et vous avez la vôtre

Le ridicule suit ses façons singulières. Id.

ce Sophie aimait Télémaque. Sitôt que son père et sa mère connurent sa manie , ils en rirent. » J. J. ce La pauvre maman n'avait point perdu son ancienne fantaisie d'entreprises et de systèmes.... Le progrès des ans ne faisait qu'augmenter en elle cette manie. » Id. ce Une de mes chances était d'avoir toujours dans mes liaisons des femmes auteurs.... Mme de Luxembourg ne fut pourtant jamais atteinte de cette manie.-» Id. ce L'ambition était irritée par l'étrange manie de ce tepms-là : chacun avait quelque prédiction qui lui promettait l'empire.» Montësq. — La folie est un défaut, et à plus forte raison la démence; la manie est un travers.

2° Fureur, rage.

La fureur est moins forte que la rage. ce Voilà ce qui me jetait dans des accès de fureur et de rage. » J. J. ce Us avaient conçu une haine qui allait jusqu'à la fureur et à la rage. » Roll. ce II a été abandonné à la fureur et à la rage de ses ennemis. » Mol.

On lit dans ses regards s&fureur et sa rage. Rac. ve ne suis plus à moi , je suis tout à la rage. Trahi de tous côtés, mis dans un triste état, Il faut que mon amour se venge aVec éclat, Qu'ici j'immole tout à ma fureur extrême. Mol.

D'autre part , la fureur se développe sans doute , puisque c'est un mouvement ; mais elle peut ne pas porter, au moins actuellement , contre un objet, au lieu que la rage est toujours agressive , appliquée à mordre ce à quoi elle s'attache, ce La fureur du tigre n'a d'autres intervalles que ceux du temps qu'il faut pour dresser des embûches ; il saisit et déchire une nouvelle proie avec la même rage qu'il vient d'exercer en

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