‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 478 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dévorant la première. » Buff. « Ulysse est sem blable à un rocher, qui, sur le sommet d'une montagne , se joue de la fureur des vents et laisse épuiser leur rage, pendant qu'il demeure immobile. » Fén. « Vous aimez avec fureur, vous êtes jaloux avec rage, -a Lah. '.

La rage est une fureur obstinée , tenace , pleine d'animosité , qui ne démord point. La fureur frappe, la rage s'acharne. « Il ameute les paroisses après moi, il me poursuit avec un acharnement qui tient de la rage. » J. J.

3° Frénésie .

La frénésie, çpévq&ç» est tout à la fois fureur et folie , la perte de l'empire sur soi-même , sur ses mouvements , en même temps que la privation de l'usage du sens. Les animaux sont susceptibles de fureur et de rage , mais non pas de frénésie , pas plus que de folie, parce qu'ils sont irraisonnables. « Ce n'était plus ce sage Télémaque instruit par Minerve; c'était un frénétique ou un lion furieux. » Fén. D'un autre côté, il n'y a pas non plus frénésie dans le délire ou la folie tranquille , qui ne s'emporte point. A la violence la frénésie joint l'irréflexion et l'aveuglement. « Fureur de remuer , frénésie d'ambition. » Volt. « Louis XIV vit dans son enfance toutes les folies et toutes les fureurs de la Fronde.... On ne rechercha pas les corps du royaume qui commirent des excès dans ces temps de frénésie. » Id.

1° DÉLIVRER, AFFRANCHIR; — 2° DÉBAR- RASSER , DÉGAGER , DÉPÊTRER ; — 3° DÉFAIRE. Oter à quelqu'un quelque chose qui l'empêche, faire en sorte qu'il devienne maître de lui-même et de ses mouvements.

1° Délivrer, affranchir.

Délivrer et affranchir supposent un empêchement considérable , car il consiste dans la privation totale de la liberté : on délivre et on affranchit des hommes qui sont au pouvoir d'autres hommes , et en les délivrant ou en les affranchissant on les rend à eux-mêmes.

Délivrer , c'est mettre en liberté , en latin liberare; affranchir, faire franc, c'est établir dans l'état des Francs , peuple qui n'était pas esclave

-I . On dit, aimer à la folie, à la fureur, à la rage, c'est-à-dire beaucoup. Mais à la folie marque la manière; à la fureur et à la rage expriment le degré ou l'intensité. Qui aime à la folie est fou d'amour, en perd l'esprit, aime d'un amour aveugle et quelquefois lisible, ce Savez-vous que ces huguenots m'aiment à la folie, et que si j'étais parmi eux j'en ferais ce que je voudrais? » Volt. « Je n'étais amoureux que par la tète, quoique je le fusse à la folie, et que mes transports donnassent des scènes à pâmer de rire. » J. J. Qui aime à la. fureur ou à la rage aime ardemment, violemment, d'un amour extrême; avec cette différence, qu'aimer à la rage renchérit encore sur aimer à la fureur. De plus, à la rage suppose de la ténacité, de l'acbarnemenl. « Malgré vos défauts, je vous aime à la rage. y> Dest. ce Je vais trouver ma vieille maîtresse, afin d'achever de la dégoûter de moi et de la déterminer à rompre nos engagements. J'aurai bien de la peine à l'y résoudre; car elle m'aime à la rage. » Id. A la rage dénote même une sorte de persécution , comme on le voit par ce dernier exemple. Aussi dit- on être jaloux à la rage (Volt.), et haïr à la rage (I*\).

ou en servitude. A parler rigoureusement, on délivre des prisonniers, on affranchit des esclaves, ce Le lendemain , les esclaves sont affranchis et les prisonniers délivrés. » Roll.

On délivre de tout ce qui nuit à la liberté naturelle, d'une entrave, d'un fardeau, d'une guerre, d'un travail, d'une peine, d'un procès, d'un péril, des mains ou d'entre les mains de quelqu'un. Délivrer une ville de la peste (Acad.), une âme du purgatoire (Acad.). « Mon Dieu, délivrez-moi d'un si grand mal. » Boss. « Les ennemis sont poussés partout ; Oudenarde est délivrée de leurs mains. » Id.

Je veux encore un coup te délivrer de soin. Laf. Un renard blessé étant dévoré par des mouches ,

Un hérisson du voisinage Voulut le délivrer de l'importûnité

Du peuple plein d'avidité. Laf.

Ta fourbe à cet enfant , traître , sera funeste. D'un fantôme odieux, soldats, délivrez-moi l

(Athalie.) Rac.

« Me voilà délivrée d'un grand fardeau ! » Mol. <( On souhaite sans cesse de se délivrer de ses misères. » Mal. « L'enfant en prison se plaint, il gémit ; un domestique se présente , le mutin le prie de le délivrer. » J. J. ce J'ai appris à me délivrer des esquinancies lorsqu'elles commencent, en mettant les pieds dans l'eau chaude. » Id. — - Mais on affranchit de ce qui nuit à la liberté morale ou civile , de ce qui soumet un homme à la volonté d'un autre , de la servitude , de la tyrannie, du joug, d'une sujétion, d'une redevance , d'un tribut. « Dieu affranchit son peuple de la tyrannie des Egyptiens. » Boss. « Le doute où vous laisse la violence et l'empire de vos passions , de pouvoir jamais vous affranchir de leur servitude et de leur infamie. » Mass. «■ Il n'y avait que les magistratures curules qui affranchissaient les clients de la dépendance de leurs patrons. » Roll.

Affranchir son esprit de l'empire des sens. Regn.

Quand Luther et Calvin

Vinrent du célibat affranchir la prêtrise. Bon- Si j'étais cet ami, $ affranchirais mon âme Des injustes liens de l'objet qui l'enflamme.

Laf.

On affranchit Néron de la foi conjugale. Rac. Tu voudras S! affranchir du joug de mes bienfaits.

Id.

Quel frein pourrait d'un peuple arrêter la licence, Quand les dieux, nous livrant à son zèle indiscret, V affranchissent d'un joug qu'il portait à regret? (Agamemnon.) Id.

« Notre père Jacob vous a réclamé , Seigneur ,

| et vous l'avez délivré lui et sa famille des mains

! de son beau-père Laban et de son frère Ësaù....

; Nos pères les Israélites ont poussé leurs cris vers

I vous, et vous les avez affranchis du joug de fer

des Égyptiens et de la tyrannie de Pharaon. »

Boss. « Les Juifs étaient dans la fausse idée que

, le Sauveur devait seulement venir pour les déli-

j vrer de leurs misères temporelles , et pour les

affranchir de la domination des Romains. » Bourd.

a C'est ce qui fait dire à saint Paul : Qui m'en

; délivrera (du corps) ? qui m'affranchira de sa

tyrannie ? » Boss. « Si l'infidèle en aime un

autre, quel mal lui fais-je en la délivrant de

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

moi?... En violant ses engagements elle m'affranchit des miens. » J. J.

Les maladies, les importuns et les curieux nous arrêtent, nous retiennent, ne nous permettent pas d'agir ou d'aller à notre gré ; nous nous en délivrons. Le cérémonial , les liens de la reconnaissance ou ceux du mariage, les passions, les intérêts, nous asservissent; nous nous en affranchissons. On délivre d'un obstacle ou d'un mal; on affranchit d'une dépendance ou d'une obligation. On délivre un pays d'ennemis ou d'animaux malfaisants; on affranchit une terre d'une charge ou d'une servitude dont elle est grevée. La fausse politique ne nous délivre d'un danger qu'en nous jetant dans un autre ; la grandeur n'affranchit de quelques devoirs que pour en imposer de plus asservissants.

L'action de délivrer se fait de toutes les manières et par toutes sortes de moyens; celle d'affranchir demande un acte moral d'autorité ou de puissance. L'esclave que vous délivre? n'est pas à vous, et pour le délivrer vous l'enlevez ou vous le rachetez ; l'esclave que vous affranchisse? est à vous, et pour l'affranchir vous renoncez juridiquement à votre droit sur lui. La mort nous délivre des maux de ce monde ; la raison nous affranchit de tout assujettissement aux sens , de tout attachement criminel.

2° Débarrasser, dégager, dépêtrer.

Débarrasser, dégager et dépêtrer annoncent un médiocre empêchement, lequel ne va qu'à gêner, à incommoder, à contrarier.

Mais d'abord , pour ce qui concerne débarrasser et dégager , débarrasser fait penser aux embarras qu'on enlève , qu'on écarte , et dégager se rapporte à la personne qu'on retire de l'endroit où elle était engagée ou prise. Un homme se débarrasse d'un vêtement ; une substance se dégage sous forme de vapeur. — Ensuite , la chose dont on débarrasse embarrasse, encombre, obstrue ou pèse ; au lieu que celle dont on dégage engage , enlace, attache. Donc on débarrasse d'un'obstacle ou d'un rival , et on dégage d'un piège. Pareillement, au figuré, on se débarrasse d'un fardeau, d'un doute, et on se dégage d'une chaîne, d'une obligation, d'une promesse. Dans le Mariage forcé, Sganarelle se dit à lui-même : « Me voilà tout à fait dégoûté de mon mariage ; et je crois que je ne ferai pas mal de m'aller dégager de ma parole.... Tâchons adroitement de nous débarrasser de cette affaire. » Mol. On débarrasse l'esprit d'une idée qui l'offusque; on dégage l'âme de ses engagements , des liens qui l'attachent au monde.

Dépêtrer , tirer des pierres (de petra) ou d'un bourbier, se dit familièrement; ce qui suffit pour le distinguer de ses synonymes débarrasser et dégager. « Se dépêtrer d'un accoutrement. » Volt. « Don Quichotte, tombé, se dépêtra de tout ce qui l'empêchait de se relever. » Les. Mon mari, dis-je, est toujours avec moi.... Je ne me puis dépêtrer de cet homme , Sinon la nuit , pendant son premier somme. Laf. « Nous faisons nos efforts pour dépêtrer mon fils d'un engagement (avec Ninon) si dangereux, s Sév.

3° Défaire.

Défaire signifie délivrer ou débarrasser par la destruction de ce qui empêche. On défait quelqu'un d'une personne en la tuant, ce Carinus fut tué.... Ainsi l'empire fut défait du plus violent et du plus perdu de tous les hommes. » Boss. « Quoi ! un animal féroce a sucé le sang de mes proches; je vous dis de vous défaire de cette bête , et vous me demandez ce qu'on mettra à sa place! » Volt. Un seigneur, appelé par un jardinier, pour qu'il le délivre d'un lièvre, lui dit :

Je vous en déferai. Laf.

Vous défaites aussi quelqu'un de ses mauvaises habitudes que vous anéantissez , que vous faites disparaître. « Il n'y a que le temps qui puisse défaire les Français des idées romanesques. » Volt. « Vous m'avez défait des préjugés de mon éducation. » Les. « On fait réciter par cœur et déclamer aux demoiselles de Saint-Gyr les plus beaux endroits des meilleurs poètes; et cela leur sert surtout à les défaire de quantité de mauvaises prononciations qu'elles pourraient avoir apportées de leurs provinces. » Rac.

DEMANDE, QUESTION, PROBLÈME. Proposition interrogative, ce qu'on dit à quelqu'un pour apprendre de lui quelque chose qu'on veut savoir.

Demande, quoique dérivé du latin demandare, qui n'a point du tout le même sens , est un mot du langage commun. Au contraire , question , latin qusestio , et problème, grec irpoêXrifJia , sont des termes de science.

Demande est familier , convient dans la conversation , dans les lettres , ou suppose que ce qu'on veut savoir est simple, que la personne interrogée peut y satisfaire aisément, en peu de mots , par un court récit , souvent même par un oui ou un non. « Je ne puis à présent, ma fille, accuser toutes vos lettres par dates , non plus que vous répondre sur toutes vos demandes. » Boss. « La dernière lettre que je vous ai écrite a répondu à toutes les demandes que vous me faites. » Fén. « Ulysse demande à Eumée des nouvelles de sa mère , de Laërte , son père , et sa propre histoire ; Eumée satisfit à toutes ses demandes. » Id. ce Si un étranger avait demandé dans Athènes, quel est votre meilleur acteur pour les amoureux , on n'aurait pas même compris le sens d'une telle demande. » Volt, a Le catéchisme ne sera bon que quand, sur les seules demandes , l'enfant fera lui-même les réponses sans les apprendre. » J. J. « A qui avezvous écrit? — Pourquoi cette demande? » Mol. Le soldat , qui était en sentinelle près du tombeau dans lequel s'était enfermée la matrone d'Éphèse , entend ses clameurs.

Il entre , est étonné , demande à cette femme Pourquoi ces cris, pourquoi ces pleurs , Pourquoi cette triste musique ,

Pourquoi cetle maison noire et mélancolique.

Occupée à ses pleurs, à peine elle entendit Toutes ces demandes frivoles. Laf.

ce Présentement, ce sont des particuliers qui viennent demander à l'oracle s'ils se marieront , s'ils achèteront un esclave , s'ils réussiront dans

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