DEUXIÈME PARTIE
Guast s'empara de Carignan, pendant que Boutière la faisait démanteler , et en fit rétablir les fortifications. » Boss. « Sylla avait exercé sa vengeance sur des villes entières , dont il avait démantelé les unes , détruit totalement les autres , en sorte qu'il avait cru faire grâce à celles dont il n'avait que confisqué les terres ou rasé les citadelles. » Roll. « Cette dissipation ne saurait être innocente, puisqu'elle ouvre votre cœur, comme une place démantelée , à toutes les attaques de l'ennemi. » Fén. Lafontaine dit du lion amoureux , qui s'est laissé rogner les griffes et limer les dents :
Sans dents ni griffes le voilà Comme place démantelée.
DÉMONSTRATIONS , TÉMOIGNAGES , — PRO- TESTATIONS d'amitié. Marques d'amitié, choses qui donnent à penser qu'on aime.
Les démonstrations et les témoignages diffèrent d'abord en ce que les démonstrations sont plus extérieures, consistent plus dans la montre, sans qu'on puisse dire absolument qu'elles ne sont jamais qu'apparentes. « Saint Jérôme interdisait à la sainte vierge Eustochium les rendez-vous dérobés, les lettres enjouées et mystérieuses, les démonstrations de tendresse et les privautés d'une amitié naissante. » Bourd. « La vie de la cour nous accoutume à ne pas faire grand cas des dehors et des démonstrations extérieures de ] 'amitié. » Mass. a II faut faire sentir à nos confrères par des. prévenances et des démonstrations d'amitié qu'il y a encore de la ressource pour eux : les cœurs insensibles à la vérité ne le sont pas toujours aux tendres témoignages de la charité. » Id. C'est une démonstration d'amitié que d'embrasser son ami ; c'est un témoignage d'amitié que de prendre ses intérêts , que de lui prêter de l'argent ou de lui rendre tout autre service. On ne se fie pas toujours aux démonstrations; on est sensible aux témoignages.
Mais, d'ordinaire, il y a plus : les démonstrations sont frivoles , s'arrêtent à l'extérieur et ne supposent pas la réalité du sentiment.
« Démonstration , dit Bouhours , va tout à l'extérieur, aux airs du visage, aux manières agréables , aux caresses , à des paroles douces et flatteuses, à un accueil obligeant; témoignage , au contraire, est pluâ intérieur et va au solide, à de bons offices, à des services essentiels.... Les démonstrations d'amitié sont souvent frivoles ; les témoignages d'amitié ne le sont pas d'ordinaire. Un faux ami , un traître , peut donner des démonstrations d'amitié ; il n'y a qu'un véritable ami qui puisse donner des témoignages d'amitié. »
On dit bien de feintes (Fén.), de fausses- (Lah.), de perfides (Les.) démonstrations; des démonstrations outrées (Les.). « Tout est suspect à l'esprit chagrin , jusqu'aux caresses que lui fait sa maîtresse : Je doute fort, lui dit-il, que vous soyez sincère et que toutes ces démonstrations d'amitié partent du cœur. » Labr. « Us s'embrassèrent tous deux avec des démonstrations d'amitié où il y avait plus d'art que de naturel. » Les. a II était aisé de s'apercevoir qu'Elisabeth serait toujours l'ennemie de Marie Stuart, et que ses
démonstrations d'amitié ne seraient jamais que fausseté et dissimulation. » Cond. — On peut faire plus de fond sur les témoignages , qui sont comme des témoins dignes de foi , des signes non équivoques du sentiment dont il s'agit. « Isaac et Rébecca cachaient leurs jeux innocents et les témoignages mutuels de leurs pudiques tendresses. » Boss. « Il y a des témoignages d'intérêt et de bienveillance qui font plus d'effet et sont réellement plus utiles que tous les dons. » J. J. k Sur quoi votre imagination est- elle effarouchée ? Sur les plus vrais témoignages d'estime et d'amitié que vous ayez jamais reçus de moi. •» Id. « Dans cette scène, Zaïre, en multipliant les témoignages de la tendresse la plus vraie et la plus pure , garde la noble fierté qui convient à l'innocence accusée. » Lah.
Mais si d'un œil bénin vous voyez mes hommages,
Pourquoi m'en refuser d'assurés témoignages ? (Tartufe à Elmire.) Mol.
Les protestations, de leur côté , n'équivalent ni aux démonstrations ni aux témoignages. Ce sont toujours des discours, des assurances données par la parole ; au lieu que les démonstrations et les témoignages comprennent aussi l'air, l'accueil , les manières , les embrassements , les caresses. — Ensuite, les protestations sont hautes .> fortes, elles expriment de l'insistance : on renouvelle (Lah.) , on redouble (S. S.) ses protestations.; on se répand en protestations (Lah.), on fait mille protestations (Les.). « Lindcr m'a dit maintes belles paroles, m'a fait mille protestations d'amitié. » Dudeff. " Elisabeth d'Angleterre feignit de croire aux protestations d'amitié que la France ne cessait de lui faire.» Cond. a Le roi de Prusse faisait faire à Vienne les plus fortes protestations d'attachement aux intérêts de l'empereur. » S. S. « Tryphon tâcha d'attirer Jonathas par de belles paroles et par les assurances les plus vives d'une amitié sincère.... Il le trompa si bien par ces protestations d'amitié , qu'il lui fit renvoyer ses troupes. » Roll. — Souvent aussi les protestations (pro, en avant, dorénavant) regardent , non le présent, mais l'avenir, ce sont des promesses d'affection. « C'est une chose singulière que de voir un grand nombre de personnes se répandre en protestations , en promesses , en paroles , et oublier ensuite tout cela pour agir à leur ordinaire. » D'Al.
1° DÉNIGRER, NOIRCIR;— 2° DÉCRÉDITER, DÉCRIER , DIFFAMER ; — 3° DÉSHONORER. Dire du mal , imputer des fautes ou des crimes , des défauts ou des vices.
Dénigrer et noircir diffèrent des mots suivants, en ce qu'ils bornent l'attention au sujet : ce qui est dénigré ou noirci est défiguré , mis dans un jour défavorable. Décréditer , décrier, diffamer, déshonorer , sont relatifs à ce que devient le sujet dans l'opinion : ce qui est dé 'crédité , décrié , diffamé ou déshonoré est attaqué ou perdu dans l'esprit des hommes. En dénigrant et en noircissant, on décrédite, on décrie, on diffame, on déshonore.
1° Dénigrer , noircir.
Dénigrer est le latin denigrare , qui signifie exactement noircir. Mais, comme c'est un mot sa-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
vant d'origine, il se dit en termes de sciences et de littérature, en matières de théorie. « Boileau loue Segrais , et dénigre Brébeuf. » Volt. «Boileau a dénigré le clinquant du Tasse. » Id. « Livres de critique , où des hommes incapables de rien produire , dénigrent les productions des autres. » Id. « J'ai été un peu affligé de voir le beau siècle de Louis XIV , le siècle des talents en tout genre, dénigré dans plusieurs livres nouveaux. » Id. « Les jansénistes ont voulu que les jésuites n'eussent jamais fait un bon ouvrage. Les jésuites ont dénigré Boileau , parce qu'il était ami d'Arnauld. » Id.
En vain Boileau , dans ses sévérités, A de Qujnault dénigré les beautés. Ix>.
Dénigrer les talents (Id.), tous les bons écrivains de son siècle (Id.). « Rien n'est plus ordinaire aux mauvais écrivains que de piller ceux qu'ils dénigrent.* Lah. « Finissons par un morceau de cette Henriade qu'il est de mode aujourd'hui de dénigrer.* Id. « J. B. Rousseau a dénigré la Henriade et Zaïre. » D'Al. Dénigrer un choix de l'Académie (In.).
Mais , si dénigrer signifie une œuvre de critique , noircir marque une œuvre de censure ; si l'action de dénigrer suppose des défauts de beauté, de goût, de vérité, l'action de noircir porte contre les mœurs et la conduite; si celui qui dénigre veut faire paraître ignorant, sot, ridicule , celui qui noircit veut qu'on soit regardé comme vicieux , méchant , criminel. On dénigre les livres d'un auteur ; on noircit sa personne ou son caractère.
On avilit ses mœurs , on noircit sa conduite ;
On le rend odieux à l'Europe séduite. Volt. « Vous verrez à quel point la calomnie m'a noirci (en le faisant passer pour impie). Mes ouvrages , qui sont la peinture de mon cœur , seront mes apologistes. » Id. « Quand il s'agirait de convertir toute la terre , il ne serait pas permis de noircir des personnes innocentes. » Pasg. « L'envie noircit nos qualités les plus louables. » Mass. a On ne se contente pas d'attaquer mon livre , on n'oublie rien pour noircir ma personne.» Fén. « Albéroni croyait qu'en vain ses ennemis s'efforçaient de le noircir , d'employer la calomnie pour le rendre odieux. » S. S. « Un ecclésiastique placé auprès de Fénelon pour être son espion, observa longtemps l'âme douce et pure qu'il était chargé de noircir. » D'Al. « La calomnie peut noircir l'homme le plus innocent, la conduite la plus pure. » Acad.
De là il suit qu'en général noircir dit plus que dénigrer, exprime quelque chose de plus odieux. Qui dénigre veut nuire; qui noircit veut perdre. Un simple détracteur dénigre; un ennemi violent ou acharné noircit.
2° Décréditer , décrier , diffamer.
D'abord dé créditer et décrier n'ont pas précisément le même sens. On décrédite ce qui est accrédité ou en vogue , en empêchant qu'on continue à y avoir confiance; on décrie ce contre quoi on crie , ce qu'on dénonce comme mauvais , comme méprisable. — C'est la capacité qu'on attaque en décréditant : on décrédite un homme d'affaires (Bouh.), un concurrent (Bourd.,
Mass.), un remède (Acad.) , un miracle (d'Al.), un historien (Id.), un devin (Id.), en faisant qu'on cesse d'y croire {credere , d'où crédit) , en persuadant qu'ils ne peuvent pas ce qu'on pense , ce qu'on en attend , en les faisant tomber. «Parce que , dans la réputation de vertu où était Socrate, il eût été trop odieux de vouloir l'attaquer et l'appeler en jugement, on crut qu'il fallait commencer parle décréditer dans le public; c'est ce qu'on opéra par la comédie des Nuées. » Fén. « Ils ont conspiré ensemble pour tâcher à décréditer mes écrits; peut-être à cause qu'ils ont eu peur que , si ma géométrie était en vogue , ce peu qu'ils savent de l'analyse de Viete ne fût méprisé. » Desc. « Cette sauvegarde de l'inoculation, que le préjugé et la superstition s'efforcent tant de décrédiler. » D'Al. «Le gouverneur de l'enfant fit plusieurs réflexions qui ne me plurent point, mais que j'évitai de combattre pour ne pas le décréditer dans l'esprit de son élève.» J. J. Mais on décrie , comme on noircit ce qu'on accuse d'immoralité , d'improbité , de bassesse. « Le fanatisme peut faire employer de honteux moyens pour noircir et pour décrier un ennemi de la religion. » Marm. On décrie la conduite de quelqu'un (Montesq., Vert.); on ne la décrédite point. « Alexandre VI était un homme décrié par sa mauvaise foi, par son peu de religion, son avarice et ses désordres. » Boss. « Les dérisions et les satires sont trop douces pour décrier un vice (l'hypocrisie) qui mérite 1'horjreur du genre humain. » Mass. « Peu s'en faut que le cartésianisme ne décrie ses advers ires comme de mauvais citoyens. » D'Al. «Les pharisiens haïssaient J. C, ils le décriaient, ils le calomniaient, ils empoisonnaient toutes ses actions. » Bourd. « Je ne crois pas qu'on puisse en bonne justice coffrer un homme pour avoir décrié la morale des jésuites. » Volt.
Pensez-vous affaiblir ma gloire et ma puissance ,
En décriant mes soins, mon état, ma naissance? (Cicéron à Catilina.) Id.
— On décrédite un ministre en diminuant ou en détruisant la bonne opinion qu'on a de son habileté (Boss.); on décrie un prince qu'on représente comme indifférent aux affaires et comme plongé dans la débauche (Id.). Plus de faveur, d'engouement , de cours , de partisans , de pratiuues , pour ce qui est décrédité; plus d'estime pour ce qui est décrié.
Diffamer , de fama , renommée , bruit public , c'est décrier dans le monde, au loin,, partout. «Archiloque avait si cruellement diffamé Lycambe, qni lui avait refusé sa fille, que le malheureux se donna la mort. » Lah. « Que la gloire est un pesant fardeau ! De quelque côté que je tourne la vue , je vois ma mémoire diffamée. » Don Quichotte. Les. « L'endroit était plus connu et plus diffamé que le voisinage de Scylla et de Charybde. » Laf. a II l'a diffamé partout. » Acad.
3° Déshonorer.
Déshonorer marque l'effet produit par les actions de tous les verbes précédents. Comme on dénigre et on noircit pour décréditer, décrier ou diffamer, de même en décréditant , en décriant