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DEMANDER, QUESTIONNER, INTERROGER

On demande, on questionne et on interroge, pour savoir.

Quant au sens, demander est un mot que ne distingue aucun accessoire. Mais grammaticalement il a cela de tout à fait caractéristique . qu'il veut toujours à sa suite un complément exprimant la chose qu'on désire savoir, au lieu que questionner et interroger s'emploient bien d'une manière absolue. Vous ne demandes pas simplement, vous demandez telle ou telle chose; mais vous pouvez avoir la manie de questionner ou ^interroger sans cesse. «■ Ce jardinier me questionnait de l'air d'un homme sûr de me prendre en faute. Il me demanda une fois ce qu'il y avait de remarquable au Marché-Neuf. » J. J. « Il m'accoste , me salue , me demande si je sais la musique. Je réponds , un peu. Il continue à me questionner. » Id. « Interrogeons le philosophe au milieu de ses méditations et de ses livres.... Après trente ans, vous me demanderiez en vain pourquoi une pierre tombe. » D'Al. « Ce n'est pas à nous à interroger Dieu et à lui demander pourquoi il fait Aaron grand pontife immédiatement après qu'il a jeté le veau d'or en fonte et qu'il l'a fait adorer. » Volt. Et quand questionner et interroger prennent un régime, celui-ci signifie, non pas la chose à apprendre, mais la personne à laquelle on s'adresse pour la savoir, a Elle arrêtait tout le monde, demandant ce qu'avait dit le médecin ; ceux qu'elle questionnait ne lui répondaient rien que de favorable. » J. J.

Questionner , formé du mot français question , en latin qusestio , de quœrere , chercher , appartient au langage ordinaire, et marque spécialement un esprit de curiosité, a II est sans curiosité, jamais il ne questionne.-» Dudeff. «Si Emile vous questionne lui-même, répondez -lui autant qu'il faut pour nourrir sa curiosité. » J. J. « Sur les grands chemins et dans les rues des villes . les Gaulois arrêtent les voyageurs, et surtout les marchands ; ils les questionnent au sujet des pays d'où ils viennent , et les forcent de leur répondre. » B.OLL. « Le comte d'Angers ne rencontrait personne dans son chemin qu'il ne questionnât sur sa princesse ; mais il n'en put apprendre aucune nouvelle. » Les. a Ces cavaliers s'approchèrent de moi , et commencèrent à me questionner. Je leur avouai qui j'étais et où j'allais. » Id. — Interroger , pris immédiatement du latin interrogare , a plus de noblesse , se dit seul au figuré , et convient surtout en parlant de l'action d'un supérieur, d'un juge, d'un maître, d'un père. « De quel droit venez-vous m'interroger? Suis-je une criminelle? Etes-vous mon

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

juge? » Volt, a Quand vos supérieurs vous interrogent , vous n'avez qu'à leur dire avec ingénuité ce que vous pensez. » Fén. « M. de Meaux veut ignorer cela pour avoir un prétexte de me questionner.... Mais lui , se laisserait-il interroger comme un coupable ou comme un homme suspect sur tout ce qu'il pense de ces livres? * Id. « Ils vont se rendre à la redoutable prairie , où Œacus les attend pour les interroger. » Les. « Le prêtre qui confessa l'abbé Terrasson dans sa dernière maladie, et qui l'interrogeait sur les péchés qu'il avait pu commettre , ne tira pas de lui d'autre réponse : Demandez à Mlle Luquet. » D'Al.

D'ailleurs, quoique questionner (quœrere, chercher) n'exige pas à sa suite , comme demander, l'indication de la chose qu'on cherche à connaître, c'est néanmoins cette chose qui est l'objet direct de l'action ; au contraire , interroger a souvent pour but de connaître la personne même qu'on fait parler. On questionne un passant, un voisin , en lui demandant des nouvelles; on interroge une personne pour découvrir quelle elle est, coupable ou innocente, ignorante ou instruite, inepte ou capable. « Interroger un candidat , un récipiendaire. » Acad. k On choisit les domestiques jeunes, M. de Wolmarles interroge, les examine , puis les présente à sa femme. » J. J.

1° DÉMESURÉ, ÉNORME; — 2° EXCESSIF, IMMODÉRÉ , OUTRÉ ; — 3° EXORBITANT , MONSTRUEUX. Trop grand.

Démesuré et énorme sont relatifs à la quantité, et signifient trop étendu ou trop gros. Excessif, immodéré et outré sont relatifs à l'intensité, et signifient trop fort. Un homme est démesuré ou énorme par sa stature ou sa corpulence; il est excessif, immodéré, outré par la manière dont son âme se développe , se manifeste ou agit. On dit un ours d'une grandeur démesurée (Volt.), et un sanglier d'une grandeur énorme (Fén.) ; mais on dit une chaleur excessive (Fén. , Buff.) ou immodérée (Acad.), un soin outré (Bourd.). — De même, au figuré, l'envie d'avoir et l'ambition se qualifient de démesurées , parce qu'elles veulent toujours s'étendre ou ajouter à ce qu'elles ont ; mais on appelle excessives les affections de l'âme trop vives ou trop ardentes. « Les injustices où nous engagent une envie démesurée d'avoir et un attachement excessif sm^ biens de la vie. » Bourd.

Exorbitant et monstrueux expriment tout ce qu'il y a de plus démesuré et de plus excessif.

1° Démesuré , énorme.

Démesuré, hors de mesure ou sans mesure, presque immense, ne regarde que la dimension, la longueur , la largeur ou la hauteur. « On reconnaît en mer les oiseaux appelés frégates à la longueur démesurée de leurs ailes. » Buff. a Les lièvres ont l'oreille d'une grandeur démesurée relativement à celle de leur corps. » Id. « Télémaque reconnaissait combien il était injuste et déraisonnable dans ses emportements : il trouvait je ne sais quoi de vain , de faible et de bas dans cette hauteur démesurée. » Fén. « L'ambition est une passion démesurée de~se pousser et de s'élever,» Bourd.— Énorme, qui s'écarte de l'équerre,

de la règle ou du modèle, norma, se rapporte plutôt à la circonférence et au volume, ce Une tête d'une grosseur énorme. » Fén. a D'énormes rochers. » Id. « Les pyramides, ces masses énormes de bâtiments. » Roll. « Un énorme bloc de granit. » Acad. ce II est énormément gros. i> Acad.

D'ailleurs ,• énorme emporte par lui - même l'idée d'irrégularité, de difformité, ce qui est surtout sensible au figuré, où cette épithète s'applique à des choses essentiellement mauvaises, à des crimes (Acad.), à des fautes (Volt.), à des défauts (Buff.), à des sottises (Volt. , Lah.), à des abus (Bourd.) , à la laideur (Acad.); une énorme disproportion (Volt.); une énorme extravagance (Id.); un luxe, un égarement énorme (Boss.); une injustice énorme (Fén.). ce H est impossible qu'à la vue de la crèche nous soutenions l'énorme contradiction qui se trouve entre cet orgueil du monde et notre foi. » Bourd. — Au contraire, démesuré se dit de choses bonnes ou indifférentes par elles-mêmes, l'ambition (Mass.), la curiosité (Boss.), une envie (Bourd.) , les louanges (Vauv.). « Minerve aliène les esprits des poursuivants , et leur inspire une envie démesurée de rire. » Fén. ce Ces étoiles, si démesurées dans leur grandeur, ne nous paraissent néanmoins que comme des étincelles.» Labr. ce J'ai une passion démesurée de connaître tous les anciens chemins qui étaient du temps des Romains. 53 Montesq.

2° Excessif, immodéré, outré.

Excessif peut convenir à quelque chose qui provient de la nature comme à ce qui provient de la liberté : un froid excessif, une chaleur excessive. « Il fallait que le froid fût bien excessif, puisque les deux ennemis furent contraints de s'accorder une suspension d'armes. » Volt, ce La chaleur excessive causa à Thaïes une altération si violente qu'il mourut subitement. » Fén. De plus, ce mot a rapport à l'effet du défaut, qui est de nuire, ce Les qualités excessives nous sont ennemies, et non pas sensibles.» Pasc. ^ Mais immodéré et outré servent exclusivement à qualifier l'homme et ce qui provient de l'homme , et c'est sur la cause qu'ils appellent toute l'attention. La chaleur excessive est la chaleur dévorante ou accablante de la température ; la chaleur immodérée (Acad.) est l'ardeur d'un homme passionné qui ne sait pas se contenir. Les louanges excessives sont dangereuses ; telles sont celles que Calypso donne à Télémaque (Fén.). Les louanges outrées ou immodérées sont d'un flatteur : « Les lâches flatteurs, ces menteurs outrés....» Regn. « On doit, souffrir les éloges immodérés qu'on prodigua à Louis XIV. » Volt.

Immodéré marque de l'intempérance : désir (Pasc, Fén.), appétit (Boss., Buff.), ris (Labr., Regn.), travail (Montesq.) immodéré; usage immodéré du vin (J. J.), des plaisirs (Buff.); joie (Mass., Labr.), crainte (Bourd.) immodérée. Outré annonce de l'exagération ou de l'affectation : admirateur outré (Boil.), admiration outrée (Lah.); Alexandre était outré dans son héroïsme (Fén.) ; modestie outrée (Labr.) ; dévote ouirte (J. J.); louanges hyperboliques et

outrées (Id.); maximes outrées (Boss. , J. J. , CoND.y. a Juvénal est souvent out ré , mais quelquefois peintre. » Lah. — On est immodéré dans ses passions, dans la manière dont on les satisfait, ou bien dans la manière dont on traite les gens : des peines immodérées (Montesq.). On est outré dans ce qu'on dit , dans ce qu'on exprime , dans ce qu'on avance , ou dans la manière dont on se montre.

3° Exorbitant , monstrueux.

La chose exorbitante est extraordinaire, incroyable , comme le serait la déviation d'une planète : demandes (Labr., S. S.), propositions (Rac.) , prétentions (d'Ag.) , dépenses (Volt.) exorbitantes.

Vingt mille écus ! Le legs serait exorbitant. Regn. Ce qui est monstrueux étant contraire aux lois de la nature inspire de l'horreur ou de l'effroi : on ne peut rien concevoir de plus monstrueux que la trahison de Judas (Bourd.).

DEMEURER, RESTER. Continuer à être, à se tenir quelque temps dans un certain lieu ou dans un certain état.

Demeurer est absolu; rester, relatif. C'est ce que Girard exprime de la manière suivante : a Demeurer ne présente que cette idée simple et générale de ne pas quitter le lieu où l'on est , et rester a de plus une idée accessoire de laisser aller les autres. »

Demeurer , c'est avoir sa demeure , son domicile en quelque lieu, sans rapport à qui que ce soit et à quoi que ce soit ; rester, c'est être encore quelque part après que d'autres s'en sont allés. Qui demeure ne bouge pas, ne quitte pas la place.

Où tend Mascarille à cette heure?

Que fait-il? revient-il? va-t-il? ou s'il demeure?

Mol.

Oui, j'aime à demeurer dans ces paisibles lieux.

Id.

« Dormez votre sommeil (dans la tombe) , riches de la terre, et demeurez dans votre poussière. » Boss. Qui reste ne bouge pas, ne quitte pas la place , mais en opposition à d'autres personnes qui s'en vont. « La compagnie s'en alla, et je restai. » Acad. « Ceux qui meurent et ceux qui restent. » Labr. <* Ce serait une chose bien ridicule, répondit Diogène, qu'Agésilaùs et Epaminondas restassent dans la boue, pendant que vos initiés, qui sont des malheureux, habiteraient des îles fortunées. » Fén. « Je voyais s'éloigner de moi tous mes amis.... Diderot, qui se vantait de me rester, de me rester seul, ne venait point. » J. J. Un historien dira d'une manière absolue , en parlant d'une défaite : Quatre mille hommes demeurèrent sur la place ; et d'une manière relative : Dix mille hommes revinrent du combat , il y eut tant de blessés , et quatre mille hommes restèrent sur la place. On est seul avec une personne qui veut s'en aller : Demeure , lui dit-on , je veux te conter quelque chose ; mais on lui dira reste, si elle est avec d'autres qui se retirent. Dans Tancrède , Argire dit à Aménaïde : « Demeure. » Elle répond : « Moi , rester! » et ajoute aussitôt : « Je vous suis au combat. » — Quelquefois, rester se rapporte à un autre lieu

où on pourrait ou devrait être , ou bien encore à une cause de départ et d'éloignement à laquelle on a résisté, a On l'attendait à Paris , mais il est resté à Lyon. » Acad. « On voudrait le faire renvoyer , mais il reste en dépit des envieux. » Acad. Demeurer à son poste , c'est ne point le quitter, s'y tenir ferme, immobile; y rester, c'est ne point le quitter lorsque d'autres le quittent, ou bien lorsqu'on pourrait ou devrait aller ailleurs, ou bien malgré les efforts qui sont faits pour nous en arracher. — Quand il s'agit, non pas d'un individu ou d'individus qu'on peut comparer avec d'autres, mais d'un tout qui a différentes parties, rester se dit d'une partie relativement à d'autres ou aux autres. « Quand j'ai voulu prendre cet outil, le manche m'est resté dans la main. » Acad. La voiture demeura au milieu du chemin sans pouvoir avancer , et lorsqu'on l'eut retirée , l'une des roues resta dans l'ornière.

Etant absolu, demeurer indique une plus longue durée , une continuité plus constante : c'est rester à demeure, a Le Messie , disaient les Juifs charnels, demeure éternellement , et celui-ci dit qu'il mourra. » Pasc. « Ce qui est écrit dans les cœurs demeure toujours. » J. J. « Ces deux envois ont demeuré très-longtemps en route. » Id. Mais on dira à quelqu'un : Ne restez pas à la pluie, ne restez pas dans la rue. « J'allai à Vevay ; et, pendant deux jours que j'y restai je pris pour cette ville un amour qui m'a suivi dans tous mes voyages. » J. J.

Cette double distinction subsiste quand les deux mots s'appliquent , non plus au lieu , mais à l'état. Demeurer dans un état , c'est y persévérer ou n'en pas sortir, simplement. « Rien ne demeure, tout s'use, tout s'éteint. Dieu seul est toujours le même. •» Mass. a Cette foule innombrable d'histoires , depuis la naissance des siècles, est demeurée dans l'oubli. » Id. « Si j'étais né catholique, je demeurerais catholique. » J. J. « L'homme ne demeure guère longtemps semblable à lui-même. » Mal. Mais rester dans un état , c'est y demeurer pour sa part , à la différence des autres, ou malgré ce qui tend à en tirer, ou malgré ce qui semblerait devoir produire un changement. « Les lois ayant été foulées aux pieds à mon égard , à quoi pouvais-je rester engagé de mon côté? » J. J. a Les inventions des hommes vont en avançant de siècle en siècle ; la bonté et la malice du monde reste la même. » Pasc. « Quelques honneurs qu'il ait obtenus, il est resté le même. » Acad. « Plusieurs m'ont lu, quelques-uns m'ont approuvé même ; et tous sont restés ce qu'ils étaient auparavant. » J. J. Les crimes ignorés demeurent impunis ; ceux qui ont été dénoncés et poursuivis en vain restent impunis. Il y a plus de mérite , en général , à rester qu'à demeurer fidèle , parce qu'il y a plus à lutter. — Et , d'autre part , demeurer indique un état d'une durée moins restreinte. Un enfant demeure habituellement oisif; on lui reproche d'être resté oisif durant quelques heures. Une nation , pendant longues années , demeure tranquille ; vous dites à une personne qui se dissipe un moment : restez tranquille. La victoire demeura longtemps indécise entre Rome et Carthage ; dans

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

une bataille la victoire reste quelque temps indécise entre les deux partis.

DEMEURER , LOGER , (GÎTER). Avoir sa résidence.

« Demeurer se dit par rapport au lieu topographique où l'on habite ; et loger par rapport à l'édifice où l'on se retire. On demeure à Paris, en province , à la ville , à la campagne ; on loge au Louvre, chez soi, en hôtel garni. » Gir.

Demeurer est abstrait et purement indicatif du lieu où on a son domicile. Loger est concret et fait penser à la maison où on est retiré.

S'agit-il de donner votre adresse , vous dites où vous demeurez , à la campagne ou à la ville , à Paris , à Lyon , dans tel quartier , dans telle rue. a Périandre ne permettait pas à tout le monde indifféremment de demeurer dans les villes. » j Fén. a Vous savez où elle demeure. » Les. « Et dans quel endroit demeuriez-vous à Tolède? Dans , la rue Neuve, répondit-il. » Id. a II demeurait sur votre quai. » Volt. « Je ne sais plus où elle | demeure. » Id. « Nous demeurions dans des , quartiers fort éloignés. » J. J. « On choisit une sage-femme qui demeurait à la Pointe Saint- Eustache. » Id. — Voulez-vous faire connaître le bâtiment, et pour ainsi dire le contenant où vous êtes à couvert , vous dites où vous logez , dans une maison de telle ou telle sorte , au rez-dechaussée ou à tel étage. Être logé à l'étroit, au premier étage (àcad.). « Elle logeait dans une grande maison où elle occupait le premier appartement. » Les. « Il n'y a dans l'île de Bienne qu'une seule maison , mais grande , agréable et commode , où loge un receveur avec sa famille et ses domestiques. » J. J. ce On reprochait un jour à Diogène. qu'il logeait dans des lieux malpropres. » Fén. « Syphax invita les deux généraux (Scipion et Asdrubal) à loger dans son palais. » Roll.

Une personne demeure loin de nous ou dans notre voisinage , et elle loge dans un hôtel ou dans une chaumière , dans un château ou dans une ferme , dans un bel appartement ou dans un taudis, ce Je me rendis où Phénice m'avait enseigné qu'elle demeurait. Elle était logée avec toute la troupe dans un grand hôtel garni. » Les. « Voulant savoir de quelle façon Nunez était logé , je me rendis à l'hôtel du seigneur don Bertrand, et j'y demandai Nunez : Il ne demeure plus ici, me dit le laquais. » Id.

D'autre part, on demeure là où on est à demeure , où on est établi , où on reste d'une manière fixe. Il y a dix ans qu'il demeure à Madrid (Les.), a Elle demeure depuis six ans dans mon voisinage. » Volt. Mais on loge où on s'arrête en passant , où on descend , dans une hôtellerie , ou comme dans une hôtellerie. « Arrivés à Madrid nous allâmes descendre à un petit hôtel garni où Scipion avait logé dans ses voyages. » Les- « Xerxès avait logé chez le père de Démocrite , lorsqu'il vint faire la guerre aux Grecs K » Fén.

\ . Gîter, synonyme de loger suivant Girard, se dit peu , outre qu'il est du style familier et même populaire : on l'emploie surtout bien en parlant des animaux , ou , si on l'applique à des hommes , c'est par dénigrement, ce Les pluviers se dispersent le soir sur

DEMOLIR, RASER, DEMANTELER. Ces trois verbes, usités au propre seulement, signifient la destruction d'un édifice ou d'un ensemble d'édifices faite à dessein ou ordonnée par un homme.

Démolir, c'est défaire une masse (moles) , déconstruire un ouvrage de maçonnerie jusqu'à ce qu'il n'en reste plus que les matériaux. Raser, c'est faire comme le rasoir à l'égard de la barbe , enlever un édifice de manière à faire place nette , à ce qu'il ne reste pas même de trace de la chose.

L'action de démolir peut être tranquille et avoir des vues d'utilité , celle , par exemple , de tirer parti des matériaux ou de l'emplacement.

Telles l'on démolit les maisons quelquefois :

La pierre est mise à part; à part se met le bois....

Laf.

a Les Athéniens , menacés d'un déluge de barbares , avaient démoli leurs maisons pour en construire des vaisseaux. » Roll. « On attribua ce mauvais succès d'Imilcon à la profanation des temples et des tombeaux qu'il avait démolis pour fortifier son camp. » Id. « Il fit démolir un pan de la muraille pour laisser une sortie libre à ses troupes. » Id. ce J'ai démoli mon théâtre, j'en fais des chambres à coucher et à repasser le linge. » Volt, ce Pardonnons à ceux qui attaquent les fondements d'un édifice que nous démolissons nous-mêmes, et dont nous prenons toutes les pierres pour nous les jeter à la tête. » Id.

Mais l'action de raser est vive et prompte, faite en vue de punir ou inspirée par quelque passion , telle que la colère ou la vengeance. Autrefois , la justice faisait raser les maisons de certains coupables , et il est arrivé à des vainqueurs de raser des villes entières, ce Alexandre , dans les violents excès de sa colère contre Thèbes , qui la lui fit raser, n'oublia pas le respect qu'il devait aux dieux. » Roll. ce Sélinonte fut prise d'assaut, et le vainqueur permit aux habitants de demeurer dans la ville , après l'avoir démantelée.... Hymère, traitée avec encore plus de cruauté, fut entièrement rasée. » Id. ce Le nouveau gouverneur assiégea Dôle, qu'il emporta de force , et qu'il rasa, après l'avoir mise au pillage. » Boss. ce Philippe V avait traité plus rudement la petite ville de Xativa dans le cours de la guerre : on l'avait détruite de fond' en comble pour faire un exemple ; mais , si l'on rase une petite ville de peu d'importance , on n'en rase point une grande qui.... » Volt, ce Charlemagne prend Éresbourg. Il fait égorger les habitants ; il y pille , et rase ensuite le principal temple du pays. » Id.

Démanteler veut dire ôter le mantelet, sorte de machine qui servait à couvrir une place comme un manteau le corps. C'est exclusivement un terme de guerre. On démantèle, non pas comme on rase , par ressentiment du passé , mais pour préserver l'avenir , par précaution , afin de rendre incapable de défense une ville dont on détruit les fortifications ou les murailles, ce Du

un certain espace où chacun gîte à part. » Buff. « Le roi arriva à Marly et n'y trouva rien de prêt.... Ce qui avait suivi et qui arrivait à la file , en même désarroi et sans savoir où gîter. » S. S. Enfin gîter suppose un séjour de plus courte durée encore , et même, pour l'ordinaire, d'une seule nuit.

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