‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 483 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

leraent à la chose qu'on laisse ; déserteur de l'Évangile (Mass.) , de la justice (d'Ag.). « Les anglicans sont des déserteurs; ils ont renoncé au pape. » Volt. Quand les oiseaux voyageurs se mettent en route, on ne voit paraître le lendemain ni traîneurs ni déserteurs (Roll.). Il y a des pigeons qui s'éloignent de leurs colombiers pour n'y plus revenir , et qui se retirent dans les bois ; on les appelle à cause de cela des fuyards et des déserteurs (Buff.). Mais transfuge se rapporte à la fois à ce qu'on quitte et à ce qu'on prend , à ce qu'on a été et à ce qu'on devient. La Motte , qui de trappiste s'était fait poëte dramatique , était transfuge du sacré au profane (d'Al.). « Quand le juge méprise son état , transfuge de la vertu , le vice même auquel il se livre ne lui en sait aucun gré. » D'Ag. « Saumery voyait le vol que le duc d'Harcourt prenait, et la décadence de M. de Beauvilliers , à qui il devait existence et fortune. Le drôle ne manqua point de se donner àHarcourt, qui le reçut comme un transfuge par lequel il espérait de savoir beaucoup de choses sur des gens qu'il voulait culbuter. » S. S.

Quelquefois aussi il semble que transfuge soit employé simplement comme exprimant quelque chose de plus odieux. Massillon appelle Spinosa « un transfuge de toutes les religions , un monstre obligé de se cacher aux yeux de tous les hommes. » On dit bien déserteur et transfuge, mais non pas transfuge et déserteur , parce que transfuge est propre à enchérir sur déserteur. « Rougir de l'habit clérical et le déposer , c'est être un déserteur, un transfuge, et se déclarer indigne de le porter. » Mass. a Ce n'est pas que, déserteur et transfuge de la philosophie , je veuille vous en dégoûter aujourd'hui pour vous, livrer servilement à l'histoire. » D'Ag.

DÉSHÉRITER, EXHÉRÉDER. Priver de sa succession.

Déshériter a été formé du verbe français hériter; exhéréder est le latin exheredare. C'est pourquoi déshériter est le mot du langage ordinaire , et exhéréder un terme de jurisprudence, et surtout de jurisprudence romaine.

Crébillon s'étant marié sans l'aveu de son père, celui-ci le déshérita (d'Al.); chez les Romains, a lorsque le père n'instituait ni exhérédait son fils, le testament était rompu. » Montesq. — Dans Y Enfant prodigue de Voltaire , il est dit plusieurs fois qu'Euphémon a déshérité son fils ; mais quand le président Fierenfat veut exprimer la même idée dans le style des juristes , c'est exhéréder qu'il emploie.

Nos pères l'ont ordonné de la sorte ; En droit écrit leur volonté l'emporte.

Lisez Cujas , chapitres cinq , six , sept : « Tout libertin de débauches infect , Qui, renonçant à l'aile paternelle, Fuit la maison, ou bien qui pille icelle, Ipso facto , de tout dépossédé Comme un bâtard il est exhérédê. »

— Mme de Sévigné écrit dans une de ses lettres : « Mlle de Villarceaux est morte sans confession et sans avoir eu le temps de déshériter ses cousines. » Mais Labruyère , racontant ce qui se passe au palais, et affectant d'en parLer la langue, dit :

« Qui voit-on dans les lanternes des chambres, au parquet, à la porte ou dans la salle du magistrat? Les testamentaires qui plaident en explication d'une clause ou d'un article , les personnes exhérédées. » Et de même , dans son Histoire romaine , Rollin , parlant latin en français, pour ainsi dire : a César poussa le ressentiment jusqu'à exiger du père de Césétius qu'il abdiquât et exhérédât son fils. »

Quant au sens exact des deux mots, déshériter marque la manière dont les choses se passent de nos jours , et exhéréder rappelle comment on déshéritait chez les Romains et ensuite, à leur imitation , chez d'autres peuples. L'action de déshériter est négative , indirecte , tacite ; elle a lieu par le simple fait de léguer ses biens libres à d'autres que ses héritiers naturels. L'action à' exhéréder, au contraire , était positive, directe et formelle : elle consistait dans une déclaration expresse et motivée, par laquelle on excluait de toute espèce de droit et de part dans sa succession, ou son enfant , ou quelque autre héritier auquel une légitime était due , en énonçant les raisons légales qu'on avait de punir ainsi les offenses dont on avait à se plaindre. C'est la distinction de Roubaud. « On déshérite, dit-il, ses héritiers naturels en léguant à d'autres ses biens libres , par la simple institution d'un autre héritier ou d'un légataire, et sans cause énoncée , en vertu du droit de disposer de sa propriété. Un père exhérède ses enfants en les dépouillant de toute espèce de droit et de part dans sa succession , par une exclusion expresse et motivée, et en vertu de la loi qui l'autorise à punir par Yexhérédation certaines offenses déterminées et spécifiées par la loi ellemême. »

DÉSHONNÊTE, OBSCÈNE. Contraire à la pudeur.

La chose déshonnête s'écarte de Yhonnêteté , de ce qui est beau, décent ou convenable. La chose obscène met devant les yeux (ob) des saletés (en latin cœnum veut dire boue, ordure, saleté). Déshonnête exprime un simple défaut de conformité à des lois , dont obscène marque la violation ouverte , effrontée. Ce que la déshonnêteté ne prend pas assez soin de cacher, Y obscénité le met impudemment à découvert. Un langage déshonnête n'est qu'immodeste , un langage obscène est ordurier.

Déshonnête ne se dit pas de l'homme, mais seulement de ce qui s'y rapporte , parce que c'est un mot à signification trop faible pour désigner une sorte de caractère ; par la raison contraire , on dit bien un homme , un écrivain obscène. Les épigrammes déshonnêtes de Martial lui ont fait donner justement le nom de poëte obscène. Suivant J. J. Rousseau , la langue française , qu'il personnifie en cet endroit, est obscène, parce que , à son avis , la chasteté d'une langue ne consiste pas à éviter les tours déshonnêtes , mais à ne les pas avoir.

Autre différence non moins sensible. Déshonnête convient généralement à tout ce qui blesse la pudeur ou la pureté : mener une vie déshonnête (Mol.) , entretenir avec une personne des intelligences déshonnêtes (Boss.), etc.... Obscène

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

est un terme concret particulièrement applicable aux choses apparentes, mises ou susceptibles d'être mises devant les yeux ou en scène , comme tableaux, gestes, postures, ou bien encore aux paroles, ces images de nos pensées. « On se fait des occupations qui toutes ne tendent qu'à nourrir la volupté , des spectacles profanes , des lectures pernicieuses, des harmonies lascives, des peintures obscènes. •» Mass. — Une pensée déshonnête peut être quelque chose d'abstrait dont s'occupe l'esprit ; une idée obscène est une image , une représentation mentale, devant laquelle il est en contemplation.

1° DÉSOBÉIR, VIOLER; — 2° CONTREVENIR, TRANSGRESSER; — 3° ENFREINDRE. Agir contre ou malgré ce qui est commandé ou défendu, contre ou malgré une loi , une règle , ou autre chose semblable.

Ce qu'on considère principalement dans désobéir et violer, c'est le plus ou le moins de force de l'action; dans contrevenir et transgresser, c'est l'espèce de loi ou de règle dont on ne tient pas compte et qu'on foule aux' pieds pour ainsi dire ; dans enfreindre , c'est l'origine de cette loi ou de cette règle. — Désobéir annonce l'action la plus douce, la plus modérée, une simple inobservation ; violer marque l'action la plus forte , la plus emportée, un outrage. D'autre part, on contrevient à quelque chose de particulier , à un ordre ou à une ordonnance , à un règlement; on transgresse quelque chose de général, un précepte , une règle , la loi divine ou la loi naturelle. Enfin on enfreint ce qu'on a contribué soi-même à établir, un traité, un pacte, une promesse , ses propres maximes.

1° Désobéir, violer.

Désobéir se distingue par la faiblesse de l'action; il est purement négatif et signifie une omission, un manquement, une faute. « Dieu n'est-il pas injuste en flétrissant éternellement tous les enfants d'Adam pour une désobéissance qui semble excusable ? » Volt. « Socrate aime mieux mourir que s'enfuir, de peur de désobéir aux lois qui le retiennent en prison. » Fén. « Je voulais user pleinement du droit de penser, mais toujours en respectant le gouvernement sous lequel j'avais à vivre, sans jamais désobéir à ses lois. » J J. « Si c'est un crime d'attaquer l'honneur d'autrui , c'en est pareillement un de ne le défendre pas. C'est un devoir de charité , et manquer à cette loi indispensable , c'est désobéir à un précepte divin. » Bourd. — Violer, au contraire , se distingue par la violence , c'est-à-dire par la force excessive de l'action ; il désigne un attentat, une atteinte audacieuse à ce qu'il y a de plus sacré et de plus respectable. On viole ouvertement (Lah.), on ose violer, ce Philoctète eut la faiblesse d'éluder son serment , n'osant le violer. » Fén. « Que les dieux vengent cette alliance, si jamais quelque impie ose la violer.-» Id. « On dit qu'il y a dans Turin des gens qui saisissent tous les livres, sans respecter l'adresse ; mais je suis bien éloigné de croire qu'on ose ainsi violer le droit des gens. » Volt. « Albéroni répondit qu'il ne concevait pas pourquoi on se faisait scrupule de manquer aux traités avec une

puissance qui les violait tous sans pudeur. » S. S. a L'autorité établie pour maintenir l'ordre et la pudeur des lois est méritée ( sous un prince ami du désordre) par les excès qui les violent. » Mass.

2° Contrevenir, transgresser.

Contrevenir se distingue par la spécialité , le peu d'étendue des règles ou des lois auxquelles il exprime qu'on s'oppose. On contrevient à quelque chose d'établi, d'effectif, ou de voulu par une certaine personne, ce Henri VIII d'Angleterre établissait dans cet article le célibat des prêtres avec la peine de mort contre ceux qui y contreviendraient. » Boss. « Nous renouvelons les statuts et ordonnances qui regardent l'âge des servantes; déclarons toutes les peines y portées bien encourues par les contrevenants. » Id. ce II fut arrêté qu'on ne créerait aucune magistrature dont il ne fût permis d'appeler; et on donnait pouvoir à tout particulier de tuer impunément quiconque contreviendrait à cette ordonnance. » Roll. ce Parmi quelques nations on croit qu'il suffit , pour réprimer le luxe , de punir les contraventions à la loi par des amendes pécuniaires. » Id. ce Les états se jettent aux pieds de Votre Majesté pour l'assurer qu'ils veilleront à prévenir toute contravention à ses ordres. » Volt. ce Ces vidangeurs avaient contrevenu à la loi de police qui leur ordonne de fermer l'entrée de la fosse toutes les fois qu'ils quittent le travail. » Id. ce Félix, dans Polyeucte, s'imagine qu'on veut le perdre auprès de l'empereur comme ayant contrevenu à ses ordonnances. » Lah. — Transgresser , au contraire , se distingue par la généralité ou l'universalité des lois ou des règles contre lesquelles porte l'action qu'il signifie. On transgresse les commandements de Dieu ou ceux de l'Eglise , les préceptes de l'Evangile ou ceux de la morale. On dit la contravention aux lois positives (d'Ag.), et la transgression de la loi naturelle (Id.). ce La transgression de la loi naturelle a été dans tous les temps et dans tous les lieux réprouvée , condamnée , détestée. » D Ag. ce Les hommes peuvent se donner des conseils les uns aux autres , mais non pas faire en sorte que ces conseils deviennent des préceptes ou des lois dont la transgression soit punie. » Id. ce Celui qui transgresse la loi en un commandement la méprise en tous les autres , car celui qui a dit : Tu ne commettras point d'impureté , a dit aussi : Tu ne tueras point. » Boss. ce Le christianisme n'est que le judaïsme expliqué et accompli ; donc les apôtres ne transgressaient point les lois des Juifs quand ils leur enseignaient l'Evangile. »J. J. •— Contrevenir , c'est venir ou aller contre , faire une chose contraire à ce qui est prescrit, ordonné, déterminé; trangresser, de trans gradi, aller au delà, outre-passer , c'est franchir les bornes , sortir de la voie , d'une voie commune , tracée pour tous, faire un écart.

3° Enfreindre.

Enfreindre, du latin infringere , briser, se distingue en ce qu'il indique un dégagement, un affranchissement de quelqu'un qui s'était lié. Le contrevenant et le transgresseur sont coupables par indiscipline, licence ou dérèglement; l'tnfrao teur l'est par infidélité, ce On enfreint une loi

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