‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 498 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

qui est permanent ne cesse jamais ou ne cesse pas pour reprendre ensuite , ne discontinue pas ; ce qui est constant ne change pas -, ce qui est stalle ne bouge pas.

Durable et permanent se ressemblent beaucoup, ils regardent l'être, au lieu que constant et stable ont rapport au mode ou à la manière : ce qui est durable ou permanent subsiste ; ce qui est constant reste le même , et ce qui est stable reste à la même place. Ouvrage durable ou permanent ; sentiment constant ou stable.

Durable et permanent diffèrent néanmoins.

Ce qui est durable dure , ce qui est permanent, comme ce qui est perpétuel, dure jusqu'au bout, c'est-à-dire toujours ou sans interruption dans un espace de temps déterminé.

D'une part, permanent enchérit sur durable. a Le salut , voilà le bien durable et permanent que nous devons rechercher. » Bourd. a Ces mots n'avaient pas fait dans sa mémoire des impressions durables et permanentes. » Buff. La chose durable est de longue durée, ce Quelque solide et durable que soit la matière du granit , le temps ne laisse pas de la miner et de la détruire à la longue. » Buff. ce Ce mouvement de joie, plus rapide que l'éclair, fit bientôt place à un sentiment douloureux plus durable. » J. J. a Un loisir trop peu durable. » Volt. La chose permanente est d'éternelle durée. « La figure du monde passe; mais la vérité de Dieu demeure éternellement, et nous serons permanents comme elle , si elle seule nous occupe. » Fén. « L'immuable fidélité que Dieu garde à ses serviteurs s'étend à quelque chose d'immortel et de permanent. » Boss. « La gloire dont sont revêtus les saints n'est point une gloire passagère, mais permanente et qui durera autant que Dieu même. » Bourd. — D'autre part, la chose durable subsiste , mais ce peut être avec des intervalles: folie, peine, souvenir durable. Permanent, au contraire, annonce expressément une durée continue. « Dans la baie d'Hudson il y a des glaces formées par un hiver permanent de cinq à six ans. » Buff. ce Les cornes de la girafe ne tombent point chaque année , mais elles sont permanentes comme celles des bœufs et des béliers. » Id. « Les causes de ce phénomène nouveau peuvent être constantes ou variables , permanentes ou intermittentes. » Id.

Ce qui est constant ne se dément pas , ne s'altère pas , ne devient pas autre , n'est pas tantôt tel et tantôt tel , aujourd'hui haut , fort , ardent , carré, blanc, demain bas, faible, lâche, rond, noir. Santé constante (Volt.); biens constants (J. J.); fluidité constante (Buff.); la vertu est une habitude constante (Boss.). ce II n'en est pas des animaux domestiques comme des animaux sauvages : leur nature, leur grandeur et leur forme sont moins constantes et plus sujettes aux variétés. » Buff. ce Les législateurs ont pris pour modèle, au lieu de cette justice constante, les fantaisies et les caprices des Perses et des Allemands. » Pasc.

Ce qui est stable est fermement assis, a Les principes du plaisir ne sont pas fermes et stables. » Pasc. a Une famille est une société natu-

relle d'autant plus stable, d'autant mieux fondée, qu'il y a plus de besoins. » Buff. « Colonnes sans appui et qui n'ont rien de stable. » Bourd. ce Établir la vertu sur des fondements stables et inébranlables. » Id. a Voilà des principes stables contre lesquels tous les raisonnements ne prévaudront jamais. » Id.

DURÉE , TEMPS. Condition essentielle de l'existence : tout ce qui est ou arrive se conçoit nécessairement en rapport avec la durée ou le temps.

Durée est passif et absolu; temps, actif et relatif.

1° Durée est passif, sa terminaison l'indique assez : la durée est quelque chose de donné , de reçu , une qualité dont on possède plus ou moins, a Une durée plus longue de dix mille ans que celle que Dieu a donnée à son ouvrage serait toujours également disproportionnée à l'éternité. » Fén. Mais le temps est un agent ou il se considère par rapport à des actions , à des travaux ou à des événements : le temps vole , coule , dévore tout , amène des changements ; on dit le progrès du temps (Boss.). Le temps a été personnifié par les poètes :

Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole. Laf. ce L'homme entraîné par le torrent des temps ne peut rien pour sa propre durée. » Buff. — Les objets inanimés, parce qu'ils sont inactifs, et les êtres vivants, lorsqu'ils n'usent point de leur activité , durent , ont une durée ; mais le mot de temps leur est inapplicable. A notre durée pendant le sommeil ajoutez le temps employé aux fonctions animales, et voyez ce qui reste (Volt.). ce Les animaux sont soumis et réduits en servitude , ou traités comme rebelles et dispersés ; leur industrie est devenue stérile , leurs faibles arts ont disparu ; ils ne peuvent que ramper ou fuir, se perpétuer sans se multiplier , perdre en un mot par la durée autant et plus qu'ils n'avaient acquis par le temps. » Buff. — Notre durée est tout ce qui nous a été accordé d'existence ; notre temps en est ce que nous employons ou pouvons employer à agir.

2° Durée est absolu, et temps relatif; de là vient que durée , à la différence de temps , ne se dit qu'au singulier. La durée est comme V espace , une chose indéfinie, illimitée, sans bornes; le temps, au contraire, est particulier, c'est une portion de la durée. « Le temps est une partie ou la mesure de la durée. » Volt, ce Les êtres existent dans une certaine portion de la durée qu'on nomme temps, et peuvent exister dans tout autre temps; mais une partie conçue de la durée, un temps quelconque , ne peut être ailleurs qu'où il est; le passé ne peut être avenir. » Id. « Le temps n'est autre chose que la durée de la créature. » P. R. ce Voilà deux temps, voilà deux espaces de durée que le texte sacré nous force à reconnaître. » Buff. « Votre chronologie se traîne avec peine à cinq ou six siècles au delà de la guerre de Troie, après quoi les temps finissent pour vous; vous n'apercevez qu'un point dans la durée ainsi que dans l'espace. » Barth.

Lors même que la durée est particularisée , conçue par rapport à un objet , elle reste abso-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

lue néanmoins en ce qu'elle marque un tout dont le mot temps ne désigne qu'une portion, a La durée totale de la vie peut se mesurer en quelque façon par celle du temps de l'accroissement. » Buff. Ou bien durée est absolu parce qu'il signifie un temps en soi , indépendant de l'homme et de sa mesure ou de son estimation. « Ce sommeil fut profond , dit le premier homme , mais je ne sais s'il fut de longue durée, n'ayant point encore l'idée du temps et ne pouvant le mesurer.» Buff. Enfin, durée est absolu en ce qu'il représente l'étendue d'un événement en lui-même, au commencement à la fin; au lieu que temps exprime l'époque de sa production par rapport à d'autres

époques, sa position chronologique, où il l'exprime avec des accessoires étrangers à l'idée commune. La durée ou le temps d'une éclipse, de la guerre de Troie, etc. La durée du règne d'Alexandre a été courte; le temps de son règne doit être placé entre telles et telles années , il a été glorieux pour la Macédoine , marqué par tels ou tels événements , etc.

Durée signifie une qualité tellement pure , abstraite , mathématique , qu'on dit bien la durée du temps , le temps étant supposé par là même comprendre autre chose. « La durée du temps pendant lequel les eaux couvraient nos continents a été très-longue. » Buff.

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