‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 497 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

faire sans nous incommoder. » Mais Gil Blas, plus charmé de son bon cœur que de son bienfait , lui répond : « Seigneur , le don que vous me faites m'est d'autant plus agréable , qu'il précède la connaissance d'un service que je vous ai rendu. » Les.

Si, par exception, on peut dire présent du ciel, comme le prétend le Dictionnaire de l'Académie depuis 1835 seulement, c'est quand il s'agit de choses peu importantes , agréables plutôt qu'utiles; les dons de Cérès et de Pomone, les présents de Flore (d'Al.). La raison est un don et l'amitié un présent du ciel. Dans les Lettres persanes , une femme indienne, prête à se brûler pour son mari qui vient de mourir, apprend qu'elle va le retrouver dans l'autre monde et recommencer avec lui un second mariage; elle se ravise et s'écrie : ec Si le dieu Brama n'a que ce présent à me faire , je renonce à cette béatitude.» Montesq.

La gratification est un don , le cadeau un présent. Ce sont deux mots très-propres à bien faire sentir et à confirmer au besoin la distinction cidessus établie entre le don et le présent.

La gratification , ce qu'on donne de son plein gré, spontanément, sans y être obligé, est un don en argent, une sorte de salaire surérogatoire qui dépend uniquement du bon plaisir et de la libéralité, a Louis XIV envoya une gratification à Corneille dans sa dernière maladie.» Volt. «Colbert fit donner mille francs de pension à qui aurait eu dix enfants. Cette gratification fut accordée aussi aux pères de famille taillables. » Id. « J'ajoutais à la somme que feraient mes gages au bout de dix années de service les gratifications que je recevrais de mon maître. » Les. « Julie donne toutes les semaines vingt batz de gratification à celui de tous les travailleurs , journaliers ou valets qui durant ces huit jours a été le plus diligent au jugement du maître. » J. J. «. Un noble romain ne pouvait attendre pour récompenses des services qu'il rendait à l'État ni gratification, ni pension , ni aucun de ces bienfaits que les officiers ont coutume aujourd'hui de recevoir de la libéralité de nos rois. » Roll.

Le cadeau est un petit présent, et, en tant que présent, il a pour objet de plaire, d'être agréable, ce Les cadeaux sont un petit commerce d'amitié fort agréable quand ils sont réciproques. Voulez-vous me faire des présents qui soient pour mon cœur d'un prix inestimable , procurez-moi des loisirs, sauvez-moi des visites, etc. » J. J. « J'aurais fort soupçonné Mme d'Epinay d'avoir arrangé ce voyage pour donner au baron d'Holbach l'amusant cadeau de voir le citoyen amoureux. » Id.

DONNER , PRÉSENTER , OFFRIR. Transporter à quelqu'un la propriété ou l'usage d'une chose qu'on a, s'en dessaisir en sa faveur.

Donner exprime le fait lui-même ; présenter et offrir en désignent les préliminaires. Nous donnons ce qu'on reçoit; nous présentons et nous offrons pour donner, en vue de donner, afin qu'on reçoive. L'action de donner n'a lieu qu'autant que la transmission s'effectue; mais pour que celle de présenter ou d'offrir soit consom-

mée, il suffit qu'il y ait présentation ou offre, proposition , hommage , il n'est pas nécessaire que la chose passe effectivement à Celui à qui elle est présentée ou offerte. « Les gens de ce vaisseau virent six de ces géants (des Patagons), dont ils s'approchèrent pour leur offrir du pain , du vin et de l'eau-de-vie qu'ils refusèrent, quoiqu'ils eussent donné à ces matelots quelques flèches. » Buff.

Entre présenter et offrir la différence n'est pas moins frappante. On ne présente que des choses présentes , qu'on met devant les yeux ou sous la main; on offre tout ce qu'on met en avant ( de ferre , porter, et ob , devant , en avant) , tout ce qu'on propose , et , par exemple , des choses absentes , abstraites ou à venir. Vous présentez un bouquet ; vous offrez des services. Anciennement on présentait à Dieu des victimes; on lui offrait des hommages. « Le jour de la consécration, les Arcadiens présentèrent les victimes : ceux de Thèbes, d'Argos et de la Messénie offrirent séparément leurs hommages à leurs divinités tutélaires. » Barth. Ou bien présenter les victimes, c'était les amener devant l'autel , leur faire faire acte de présence , et les offrir signifiait Voffrandet l'acte tout spirituel d'en faire hommage à la divinité. « A Cythère on n'égorge jamais dans l'enceinte du lieu sacré aucune victime ; on présente seulement devant l'autel les bêtes qu'on offre, et on n'en peut offrir aucune qui ne soit jeune , blanche , sans défaut et sans tache.... Après qu'elles ont été présentées devant l'autel , on les renvoie dans un lieu écarté où elles sont égorgées pour les festins des prêtres de la déesse. » Fén. ce On dit qu'on offre à Dieu ce qu'on présente devant lui. » Boss. — On présente , de la main à la main , un verre , un mets , un remède, des fruits, une arme, une requête, un placet; on offre son cœur , des vœux , des hommages , l'occasion de faire telle chose , la liberté , sa protection, sa mort, choses immatérielles, et on offre de faire , de dire, d'aller, etc. , choses à venir ou conditionnelles. Dans les tournois , c'était une dame qui présentait le prix de la vaillance; une récompense éternelle est offerte dans le ciel à qui pratiquera la vertu. Une ville présente un grand nombre de monuments; une question offre de grandes difficultés. On présente de l'argent ; on offre un marché , la propriété d'une chose moyennant telle somme. Vous présentez votre ami dans une maison; vous offrez son crédit à. quelqu'un. Si on vous frappe sur une joue, l'Évangile veut que vous présentiez aussi l'autre ; c'est quelquefois un devoir d'offrir sa vie pour sauver celle de son semblable.

Une autre différence dérive de la précédente. Nous présentons afin qu'on prenne , en tendant la chose simplement; nous offrons afin et avec le désir qu'on accepte ou qu'on agrée. Présenter marque plutôt l'action de la main , et offrir celle du cœur. Nous présentons de la nourriture à un animal domestique ; nous offrons nos hommages à Dieu ou à une personne vénérée. Celui qui pour remplir la cérémonie brûle de l'encens devant l'autel, le présente; celui-là l'offre qui le présente avec les sentiments d'une piété hum-

SYNONYMES À RADICAUX DIVERS

Me , tendre et sincère. La terre présente en différents lieux des retraites aux animaux sauvages ; la générosité de l'Angleterre offre un asile aux réfugiés de tous les pays et de tous les partis. On vous présente à boire quand vous l'avez demandé ; on vous en offre spontanément , par prévenance , pour le seul plaisir de vous voir accepter. Un domestique vous présente un siège à votre entrée dans un salon ; une des personnes arrivées avant vous vous offre sa place. Un enfant présente le coude à qui veut le frapper; on offre la main ou le bras à une femme pour l'accompagner ou la reconduire chez elle par politesse.

DOUCEUR , DOCILITÉ. Disposition à se prêter à ce qui convient aux autres ou à ce qu'ils veulent. Douceur exprime une disposition active , et se rapporte à la manière de traiter, de se conduire; docilité signifie une disposition passive, et est relatif à la manière de recevoir des impressions , d'apprendre, de se laisser conduire. Avec delà douceur , on est modéré , paisible , on ne commet pas d'excès ; avec de la docilité, on ne résiste pas, on se soumet aux idées , aux avis , à la direction des autres. La douceur empêche de malmener, et la docilité de regimber contre ceux qui nous mènent. La douceur défend ses opinions sans blesser personne; la docilité abandonne les siennes pour se ranger à celles des autres. Les chardonnerets sont doux , ils vivent en paix les uns avec les autres , et n'ont guère de querelles que pour la nourriture; cet oiseau est également docile, on lui apprend sans beaucoup de peine à exécuter divers mouvements avec précision, à faire le mort , à mettre le feu à un pétard , etc. (Buff.).

La douceur (dulcedo , de dulcis , doux , suave, agréable, traitable) regarde les mouvements de l'âme: elle calme l'humeur, l'impatience , et inspire des ménagements. « Bienheureux ceux qui sont doux.... doux même à ceux qui sont aigres, n'opposant point l'humeur à l'humeur , la violence à la violence. » Boss. On loue dans le Télémaque « la douceur d'Idoménée, sa patience pour se laisser dire par Mentor les choses les plus dures. » Fén. « La girafe est un animal si doux , qu'on peut le conduire partout où l'on veut avec une petite corde.... C'est un animal doux, qui ne fait aucun mal. » Buff. — Mais la docilité {docilitas , de docere , enseigner, instruire) a rapport à l'instruction; elle fait écouter les leçons et recevoir les conseils. a L'amour de la vérité est un amour humble et docile.... Il n'y a de désirable sur la terre, que cette docilité humble et constante aux oracles de votre loi, ô mon Dieu.... Donnez-moi cette docilité d'esprit et de cœur qui soumet la raison aux vérités de votre loi. » Mass. « Vous serez mon maître , quoi que vous disiez. Je sens trop le besoin que j'ai de vos conseils.... Je sens qu'on ne peut guère réussir dans les grands ouvrages sans un peu de conseils et beaucoup de docilité. » Volt, a La docilité, qui consiste à se laisser conduire, à bien recevoir les avis des maîtres , et à les mettre en pratique , est proprement la vertu des écoliers, comme celle des maîtres est de bien enseigner. » Roll.

La douceur est plus générale et s'exerce envers tous les hommes, quelle que soit leur position. La docilité n'a lieu que de l'inférieur au supérieur, du disciple ou du serviteur au maître. On dit bien commander avec douceur, mais non pas avec docilité, on obéit avec docilité, Souvent douceur marque de la condescendance; c'est toujours de la déférence que docilité suppose. On voit dans une place élevée commander sans douceur ou avec rudesse la même personne qui, dans un état dépendant et subalterne, obéissait avec docilité (Mass.).

La douceur est une disposition naturelle ou du caractère, un penchant, un attrait, auquel on s'abandonne avec bonheur. La docilité peut être l'effet d'une résolution , d'un parti qu'on a pris par intérêt ou par raison. Une femme douce l'est sans effort, sans avoir besoin de le vouloir, spontanément; une femme docile obéit, mais sans être douce peut-être , par vertu , parce qu'elle croit devoir le faire.

Aigre, rude, féroce, sont opposés à doux; opiniâtre, indisciplinable , rebelle, le sont à docile.

DROIT , JUSTICE. L'idée commune à ces deux mots est celle dune manière d'agir envers autrui, droite, par la raison.

Droit, de direction, rectum, regere, régir, d'où règle, ce qui sert à guider, à faire aller droit, signifie une. chose. Justice est un terme abstrait, usité au singulier seulement, et qui exprime proprement une qualité.

Le droit est une chose , et la justice une qualité , la qualité de cette chose. « Y a-t-il un droit qui soit véritablement fondé sur la nature, dont on puisse démontrer la justice par des principes tirés de la connaissance de l'homme? » D'Ag.

Ou bien, et plus ordinairement, le droit est une chose, une chose à respecter, à observer, à suivre , une règle ; et la justice est une qualité , la conformité à cette chose ou à cette règle. Le droit est ce qui est dû à chacun , et la justice consiste à rendre et à conserver à chacun ce qui lui est dû. On vous fait droit en décidant que vous avez droit , que le droit est de votre côté ; on vous fait justice en déclarant que vous avez agi selon le droit. Il faut entendre de même , exposer à un juge son droit et sa justice (Mass.).

Le droit est objectif et a une valeur légale ; la justice est subjective et a une valeur morale. « L'homme voulut, dit M. de Barante dans ses Questions constitutionnelles, que la justice, ce sentiment universel, cet axiome ineffaçable de l'âme humaine , devînt le droit , c'est-à-dire fût réciproquement reconnu par tous les membres de la société. »

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