‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 5 sur 881 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

ou si ce mot, comme il arrive presque toujours, se trouve défini à son tour par celui même à qui il sert de définition, de sorte qu'on soit renvoyé de l'un à l'autre sans rien apprendre de l'un ni de l'autre. Ensuite, c'est induire en erreur en faisant croire à une identité absolue de signification entre le mot expliqué et le mot qui explique, identité qui a très- rarement, ou plutôt qui n'a jamais \ieu. Ainsi, presque toutes les définitions des dictionnaires sont illusoires ; elles promènent le lecteur d'un volume ou d'un mot à un autre , sans repos et sans fruit , sans jamais lui rien enseigner d'essentiel qui le satisfasse et l'arrête définitivement, elles le font rouler dans un même cercle , cercle vicieux suivant la juste expression des logiciens; et, si on s'en rapportait aux vocabulistes, il faudrait tenir pour équivalents, c'est-à-dire pour synonymes, car tel est le nom donné aux mots prétendus égaux pour le sens, non-seulement ceux qu'ils qualifient ainsi formellement, non-seulement ceux auxquels ils appliquent la même définition, soit sans détour , soit en ayant l'air de la varier en variant un peu les termes, maïs encore tous ceux qu'ils font servir de définitions les uns aux autres, et le nombre en est fort considérable. Consultez le dictionnaire seul, vous vous imaginerez, par exemple, que la synonymie est parfaite, et qu'il n'y a jamais de clioix à faire entre gourmand et glouton ; ladre et crasseux; intelligent et entendu; trouver et rencontrer; bétail et bestiaux ; enchérir et renchérir; odorant et odoriférant; étincelle et bluette; ineffaçable et indélébile ; grandeur d'âme, générosité et magnanimité ; et ainsi d'une foule d'autres.

Sous ce rapport, tous les dictionnaires pèchent également et à peu près au même degré. Celui de l'Académie détermine de la même manière que les autres les significations des mots : ou, pour parler exactement, il est à cet égard le modèle que les autres copient. L'Académie, à la vérité, a senti et déclaré dès le principe que, pour définir les termes, il ne fallait pas se contenter d'en faire connaître les synonymes; mais, dans la pratique, il lui arrive presque toujours de s'en contenter. Aussi, tout ce que nous disons ou dirons des dictionnaires s'étend à tous, bien que s'appliquant particulièrement à celui de l'Académie, le vrai régulateur de la langue française. C'est donc de celui-ci que nous emprunterons d'abord un exemple qui mette en évidence ce qu'il y a d'insuffisant dans ces ébauches de définitions.

Qu'on tâche de concevoir, d'après l'Académie, les sens attachés aux verbes suivants :

Blâmer : improuver, reprendre, condamner.

Improuver : désapprouver, blâmer.

Désapprouver : blâmer, condamner, trouver mauvais.

Réprouver : rejeter une chose, la désapprouver, la condamner.

Reprendre : blâmer, censurer, critiquer, trouver à redire.

Condamner : blâmer, désapprouver, rejeter.

Désavouer (fig.) : désapprouver, condamner, réprouver.

Censurer : blâmer, critiquer, reprendre.

Critiquer : censurer, trouver à redire.

Page 1