‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 6 sur 881 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

Redire {trouver à) : reprendre, blâmer, censurer.

Contrôler : reprendre, critiquer, censurer.

Fronder : blâmer, condamner, critiquer.

Épiloguer : censurer, trouver à redire.

Au lieu d'instruire le lecteur, ne semble-t-on pas se jouer de lui ? Et que sait il de plus après qu'avant, sinon que tous ces verbes sont synonymes et qu'on peut indistinctement dans tous les cas employer celui-ci ou celui-là1 ? Du reste ces définitions ne sont point rares dans les dictionnaires; elles s'y rencontrent par centaines, par milliers; et ce sont elles apparemment qui ont fait dire à Rivarol que l'Académie avait manqué la presque totalité de ses définitions.

En somme, les dictionnaires ne définissent point, ou ils définissent d'une manière incomplète , en même temps qu'ils accréditent une erreur. Ils désignent d'une manière générale et approchante l'ordre d'idées exprimé par le mot donné, sans insister sur la place qu'il y occupe, sur le caractère particulier qui le distingue comme espèce dans le genre. Ils mettent sans plus de rigueur chaque mot à côté d'un autre ou d'autres mots qui lui ressemblent à peu près. Indication insuffisante qui ne fait pas connaître, qui laisse flotter dans le vague la propriété des termes, qui n'apprend rien sur le choix qu'il convient d'en faire dans les diverses circonstances, et qui n'a d'autre résultat positif que de former une masse énorme de mots qui surchargent la langue en l'appauvrissant d'idées. Les Dictionnaires des synonymes ont pour objet de remédier à cette double imperfection. Ce sont, en ce qui regarde les définitions, des compléments des dictionnaires ordinaires. Posant en principe qu'il ne saurait y avoir de synonymes parfaits, surtout dans la langue usuelle d'un peuple avancé en civilisation, ils réunissent en familles les mots qui expressément ou implicitement sont tenus pour tels , et ils assignent à chacun une idée nette et qui lui convient exclusivement.

Synonyme vient de deux mots grecs aùv, avec, ensemble, et ovopa, nom, pour marquer que les termes ainsi qualifiés nomment ou désignent ensemble, ou les uns comme les autres, les mêmes choses, les mêmes idées. Il y a effectivement des mots regardés comme tout à fait équivalents par les poètes, par les mauvais surtout, qui ne consultent en les employant que le besoin de la mesure et celui de la rime. Ce qui a fait dire à Port-Royal : « Combien la rime n'a-t-elle pas engagé de gens à mentir? » Ainsi, dans nos collèges, les élèves, pour s'aider à versifier en latin, ont entre les mains un dictionnaire intitulé : Gradus ad Parnassum, et dans lequel à côté de chaque mot se trouve l'indication de ses synonymes. Parmi ces derniers, qu'il y en ait un qui consente à entrer dans le vers, il est immanquablement préféré, dût-il former un contre-sens ou faire dire un mensonge.

Cependant, il n'y a jamais identité de signification entre les mots réputés sy-j nonymes. Ils ont entre eux le même rapport que les variétés d'une même couleur principale. Au premier coup d'œil et à distance, ils semblent tous se confondre, tant les nuances qui les séparent sont légères. Mais, en y regardant de

1. Pour leurs différences, voy. Blâmer, désapprouver, etc., p. 401 et suiv.

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