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tère en comparant, par exemple, dénigrer et noircir, instrument et outil, succès et réussite, pasteur et pâtre , oblation et offrande, colombe et pigeon, cheval et rosse, nativité et naissance, inhumer et enterrer, suspicion et soupçon, indélébile et ineffaçable, exhéréder et déshériter, stipendier et soudoyer, construire et 6d^*r. On peut voir aussi dans la première partie de ce dictionnaire, page 174, ce qui se rapporte à certains termes de même radical, et terminés, les uns en ment, les autres en ion : repoussement , répulsion; isolement, isolation; convertissement , conversion, etc. Nous y supposons , comme ici, que de deux mots également latins celui-là l'est davantage qui reproduit plus fidèlement la forme du primitif. Le même rapport a lieu entre un mot venant de l'ancienne langue latine et un autre qui ne se trouve que dans la basse latinité, entre sacerdoce et prêtrise, par exemple. —Que si deux mots synonymes sont, l'un d'origine grecque, l'autre d'origine barbare ou latine , le premier se dira plutôt en matières de spéculation, de littérature ou de science, le second sera plutôt du langage commun et se dira par rapport à la pratique et à la réalité. Nous devons nous borner à citer ici quelques exemples, afin de nous faire comprendre : hypothèse et supposition, hyperbole et exagération , èpithète et adjectif , antithèse et opposition, antidote et contre-poison, antiphrase et contre-vérité, périphrase et circonlocution, problématique et douteux, problème et question , métamorphoser et transformer , hétérodoxe et hérétique, panégyrique et éloge, hydropote et abstème. Ou bien , l'un rappellera une certaine chose chez les Grecs, et l'autre cette même chose chez les Romains, comme Euménides et Furies , harangue et oraison.
Ces différences, à vrai dire, se montrent sous un jour particulier, suivant les exemples , et elles ne sont pas les seules possibles ; mais elles sont les plus considérables, et les autres s'y ramènent pour la plupart. Nous ne saurions rien ajouter à ce qui vient d'être dit sur ce sujet, à moins d'entrer dans des détails qui seraient ici déplacés. Nous avons dû nous en tenir à ces généralités , ne désespérant pas d'être complet, malgré la concision nécessaire dans une pareille théorie.
VIL Utilité de l'étude comparative des mots synonymes.
Quoiqu'il ait fallu commencer par établir la nécessité de ces recherches pour en faire bien concevoir l'objet, elles sont aujourd'hui si peu estimées ou si peu connues, qu'il importe d'en exposer en détail les principaux avantages.
Le premier consiste à diminuer le nombre des synonymes , en augmentant celui des termes spéciaux. Les synonymes abondent dans les langues anciennes : dans les langues modernes ils deviennent de plus en plus rares. Le domaine des expressions vagues et indéterminées , sur l'emploi desquelles il semble qu'il ne faille interroger que l'oreille , se restreint et celui des termes à signification fixe, à caractères tranchés , et qu'il y aurait de la honte à confondre avec d'autres, s'étend à proportion. En sorte que, sous le rapport synonymique, comme sous tous les autres, les langues subissent un continuel perfectionnement en
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vertu duquel le besoin de l'harmonie et de la variété des formes se trouve sacrifié à celui de la netteté et de la rigueur.. Or, dans ce travail du temps, les déterminations des synonymistes sont d'une incontestable utilité. Si elles ne l'accélèrent pas toujours, elles en assurent du moins les résultats en les constatant.
Toutefois , il reste et restera toujours dans chaque langue quantité de mots synonymes , c'est-à-dire de ces mots à contours indécis que les dictionnaires ne définissent pas ou qu'ils définissent les uns par les autres, parce qu'ils n'ont entre eux que des différences légères et difficiles à apercevoir. Ils composent proprement le domaine du synonymiste , et à leur égard ses ouvrages peuvent seuls être consultés avec fruit.
D'abord, en nous apprenant les nuances distinctives de ces mots sans caractères apparents , le synonymiste nous révèle , pour exprimer nos pensées, des moyens dont jusque-là nous ignorions la valeur. Ce sont des biens dont il nous enrichit , puisque , les ayant , nous ne savions pas en user, et qu'il nous enseigne à en jouir. Nous sommes loin de faire de notre langue tout l'usage que nous pourrions et que nous devrions en faire. Parmi les mots qui signifient un même ordre d'idées sous des aspects divers, nous en employons ordinairement un seul dans toutes les occasions ; nous négligeons de rendre la variété des nuances ; nous nous réduisons à une pauvreté volontaire ; nous finissons même par ignorer nos ressources1. On dirait un ouvrier, qui de plusieurs instruments propres pour un certain genre de travail prendrait toujours le même, et ne se donnerait pas la peine de choisir le meilleur et le plus commode dans les différents cas, revenant machinalement à celui dont il a l'habitude et laissant se rouiller tous les autres. Voyez le langage du peuple : les mêmes mots, et ce sont les plus communs, s'y reproduisent sans cesse : tels sont, parmi les verbes, faire et dire. Et ce qui , sous ce rapport , arrive au peuple par ignorance, arrive également aux gens instruits par négligence d'abord et ensuite parce qu'il en coûterait beaucoup de se soustraire à la routine. De là dans tous les écrits sur des sujets ordinaires un style commun, uniforme, plat, sans caractère, sans précision, sans justesse. C'est à peine si nos écrivains et nos orateurs éminents, au risque de paraître étranges et recherchés dans leur langage, s'appliquent à remplacer l'expression générale et courante par l'expression spéciale et propre. Qu'il s'agisse, dans le discours , de quelque chose de fâcheux à quoi nous sommes en proie , la plupart se contenteront et tous nous nous contentons pour l'ordinaire du mot général , malheur. Mais celui qui tient à bien dire voudra savoir s'il doit préférer infortune, adversité, disgrâce, misère, détresse, accident, revers, échec, traverse, calamité , catastrophe, désastre, mésaventure, malencontre ou déconvenue. Qu'un homme aime trop l'argent, y tienne trop, nous nous bornons tous et presque toujours à le traiter d'avare; nous prenons sans choix l'expresion la première venue , c'est-à-dire la plus commune , et nous n'exami-
1. « Cette pauvreté , disait déjà Pasquier } ne provient de la disette de notre langue , ains de nousmêmes et de notre paresse. »