‹ Dictionnaire des synonymes de la langue française avec une introduction sur la théorie des synonymesChapitre 500 sur 881 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

de l'intelligence des hommes , ainsi les connaissances humaines ne sont qu'un crayon imparfait de la science des anges. » Boss.

Le croquis est une mauvaise petite esquisse faite ou brochée en courant. « Nous eussions bien désiré que ce dessin (de la girafe) eût été un peu mieux tracé ; mais ce n'est qu'un croquis informe et dont on ne peut faire aucun usage. » Buff. « Au lieu de ce croquis informe et glacé, il y avait là le sujet d'un tableau. » Lah. « Je ne finirai pas cet article sans déplorer cette misérable ressource.... de s'emparer de nos plus belles tragédies pour les réduire à des croquis informes. » Id. « M. le duc de Richelieu m'ordonna absolument de faire en un clin d'œil une petite et mauvaise esquisse de quelques scènes insipides et tronquées. J'obéis : je fis très-vite et très-mal. J'envoyai à M. de Richelieu ce misérable croquis. » Volt.

Le canevas, à la différence du crayon et du croquis, ressemble plus à Y ébauche qu'à Y esquisse : c'est le commencement d'un ouvrage et non son idée. Mais Y ébauche demande à être achevée, finie , perfectionnée; et le canevas à être brodé ou rempli. L'ébauche est un premier travail qu'on continue ; le canevas est une première partie qu'on a préparée soi-même, et presque toujours qu'on a reçue d'un autre, et sur laquelle on travaille, on distribue ce qu'on a conçu, a Les pièces de l'ancien théâtre italien n'étaient ordinairement que de simples, canevas sur lesquels improvisaient les acteurs. » Acad. «■ Si ce canevas (de moi) vous paraît raisonnable , vous le broderez. » Volt. « J'ai fait une grande sottise de composer un opéra; mais l'envie de travailler pour un homme comme M. Rameau m'avait emporté.... Je lui mandais, il y a quelque temps, que j'aurais plus tôt fait un poëme épique que je n'aurais rempli des canevas, » Id. <c Molière avait au moins les canevas de ses premières pièces préparés , puisqu'elles se succédèrent en. si peu de temps. » Id. « Corneille travailla à Y Aveugle de Smyrne , tragi-comédie des cinq auteurs, dont le canevas était de Richelieu. » Id. « Voilà le canevas de ce que je vous supplie de vouloir dire pour moi à cette dame. » Rac. « Quinault n'a d'autre mérite que celui d'avoir fourni les situations et les canevas auxquels Lulli a fait recevoir la profonde empreinte de son génie. » Vauv.

ÉCARTER, ÉLOIGNER, DÉTOURNER, SÉPA- RER. Mettre à une certaine distance.

a Éloigner est plus fort qu'écarter, dit d'Alembert dans YEncyclopédie : un prince doit éloigner de lui les malhonnêtes gens, et en écarter les flatteurs. »

Ce qu'on écarte est mis à une moindre distance que ce qu'on éloigne. En effet, écarter, c'est porter ou envoyer de côté, hors d'ici, hors de là, et éloigner veut dire porter ou envoyer loin d'ici , loin de là. Des lieux écartés sont peut-être tout près, dans le voisinage, mais retirés, solitaires, peu ou point fréquentés ; des lieux éloignés sont lointains, situés à une grande distance. « Sans s'éloigner directement du but de son institution, le gouvernement peut s'en écarter plus ou moins

selon la manière dont il est constitue. » J. J. Rollin dit en parlant du péril dont Rome fut menacée à l'approche des Cimbres : « La Providence prit soin à'.écarter d'abord et d'éloigner le danger. » — On écarte ce qui gêne , embarrasse ou fait obstacle ; on éloigne ce qui nuit , ce qui , par conséquent, inspire de Yéloignement ou de l'aversion. On écarte un témoin incommode en le faisant mander par quelqu'un ; un prince éloigne un citoyen dangereux en l'exilant.

Détourner, c'est écarter ou éloigner une personne ou une chose de son but , l'empêcher d'y aller et la diriger ailleurs. On détourne les soupçons en les écartant ou en les éloignant de manière à les faire tomber sur un autre. Pareillement, détourner l'orage, c'est non- seulement s'en préserver, mais encore faire en sorte qu'il aille quelque autre part. Vous écartez les jambes, vous détournez la vue. Vous vous écartez ou vous vous éloignez du devoir , en vous en détachant plus ou moins; si vous vous en détournez, vous êtes dans la voie de perdition , attaché au vice. On dit écarter et éloigner de ou d'auprès: mais on peut dire détourner sur : ce Aristide luimême exhorta les Athéniens à détourner sur lui les peines que méritait leur parjure. » Barth.

Séparer, c'est écarter ou éloigner l'une de l'autre, ou les unes des autres, des choses ou des personnes qui sont ensemble, les distinguer . ou les isoler. Au lieu qu'on écarte , qu'on éloigne et qu'on détourne de , on sépare d'avec : séparer les chairs d'avec les os (Acad.). On s'écarte, on s'éloigne et on se détourne d'une personne quelconque; on se sépare de celle avec laquelle on cesse d'habiter, de vivre ou d'être uni.

ÉCLAIRCIR , EXPLIQUER , DÉVELOPPER. Faciliter la connaissance des choses.

On éclaircit ce qui est obscur ; on explique ce qui est non compris ou caché ; on développe ce qui est réduit , abrégé, contenu en trop peu de mots. On éclaircit une chose; on explique ce qu'elle signifie , quelle en est la cause , de quelle manière elle a été faite ; on développe une chose tout au long, avec détail. Pour éclaircir , il faut répandre de la lumière ou dissiper des nuages ; pour expliquer, il faut ou donner le sens, ou indiquer le pourquoi ou le comment ; pour développer , il faut étendre ou exposer amplement.

On éclaircit des faits douteux , des affaires embrouillées , des antiquités sur lesquelles il reste peu de renseignements, ce Une fausse accusation sur des faits peut être aisément éclaircie. » Montesq. ce Vous voulez que nous éclaircissions vos doutes. » Mass. ce Cette lettre éclaircit les affaires du monde les plus embrouillées. » Pasc. « L'Église a éclairci tous les articles sur lesquels les hérétiques ont voulu répandre des nuages.» Cond. «Les curiosités des rits judaïques peuvent servir à éclaircir l'Ecriture. » Boss.

On explique des figures, des mots, des mystères , des secrets , des énigmes , des phénomènes. « Ne sommes-nous pas demeurés d'accord de ne point expliquer ce mot et de 1? dire de part et d'autre sans dire ce qu'il signifie ? » Pasc. « Mystères, secrets, qu'il n'est pas permis même à saint Paul de nous découvrir , et qu'il est beau-

SYNONYMES Â RADICAUX DIVERS

coup moins en mon pouvoir de vous expliquer. » Bourd. a II devait revenir quatre jours après et expliquer les énigmes proposées par les mages. » Volt. «Il n'y a qu'à expliquer quelles sontles conditions essentielles d'une communion sainte et utile. » Mass. — « La mort de Jésus-Christ devient la grande preuve de la vérité des Écritures ; c'est elle seule qui en justifie les prophéties, qui en développe les prédictions , qui en éclaircit les obscurités , qui en explique les figures. » Mass. « La chute de votre frère était publique : c'est-àdire on savait confusément que sa conduite n'était pas exempte de reproches ; et vous venez en détailler les circonstances , en ëclaircir les faits , en développer les motifs, en expliquer tout le mystère, d Id. a Tout parle dans l'Église : tout y sert à en expliquer les canons , à ëclaircir les antiquités , a établir la vérité. » Boss.

On développe ce qu'on étale en quelque sorte sous les yeux, des ressorts, une intrigue, un plan , un système , ou bien ce qu'on éclaircit ou ce qu'on explique longuement, a Dès qu'on fit mine de le mettre à la question, Xychus avoua tout, développa toute l'intrigue des ambassadeurs. 3) Roll. « Sophocle et Euripide auraient admiré comme ce conjuré développe ses desseins.» Volt, a L'Eglise, dans les premiers conciles, a éclairci et développé aux fidèles des révélations de Dieu qui jusqu'alors ne leur avaient pas été à tous si distinctement connues. » Bourd. a II est bien certain que j'ai expliqué cette vérité avec plus de soin que M. de Chartres ; mais il eût fallu un trop long discours pour développer tout cela.» Boss. « La proposition fut faite au peuple par le tribun. Mais il fallait qu'il se trouvât quelqu'un qui parlât sur ce sujet, qui l'expliquât, qui le développât à la multitude avant que l'on allât aux voix. » Roll.

«Les éclaircissements , dit Beauzée, répandent delà clarté; les explications facilitent l'intelligence ; les développements étendent la connaissance. »

ÉCOLIER, ÉLÈVE; — DISCIPLE. Qui prend des leçons de quelqu'un.

On enseigne l'écolier, on lui apprend ce qu'il doit savoir. « Voulez-vous enseigner ce que vous avez appris et devenir maître de géographie , ou de mathématiques , ou de langues , ou de musique, ou de dessin; pour cela même il faut trouver des écoliers. ■» J. J. ce Sur les bancs d'un collège..., qu'importe à un écolier de savoir comment s'y prit Annibal pour déterminer ses soldats à passer les Alpes? » Id. ce II y a dans cette traduction des endroits faibles , et même quelques fautes contre le sens que des écoliers un peu forts apercevront. » Roll. — On forme l'élève, on lui apprend ce qu'il doit être , ou la profession qu'il doit exercer. Un grand peintre, un grand capitaine , les habiles praticiens en quelque art que ce soit, ont ou font des élèves, et non des écoliers. Ils les dressent, ils en font de bons peintres, de bons capitaines , de bons praticiens. « Les Grecs exercèrent tous les beaux-arts chez les Égyptiens sans pouvoir former d'élèves égyptiens. » Volt. « Luxembourg , l'élève du grand Condé. » Id. « Élève de Fénelon, le duc de Bourgogne aimait

ses devoirs. ï> Id. ce Parmi les Athéniens, les grands hommes se feront un honneur de former des élèves. » Cond. a Galvia Crispinilla avait eu Néron pour élève de débauche. » J. J. ee Viens chez moi, dit le docteur Sangrado à Gil Blas; je t'enseignerai le grand art de guérir toutes les maladies; tu seras plutôt mon élève que mon valet. » Les. ce Je veux marcher sur les traces de ces héros, et prouver que j'en suis un digne élève. » Id. « Mme de Soubise remit son fils au cardinal de Noailles pour se reposer entièrement sur lui de toute son éducation ecclésiastique.... Il le mit à Saint-Magloire et choisit des gens pour former et. veiller sur ses mœurs et ses études." Les charmes de la personne de l'élève furent secondés. 3> S. S.

Naguère encore les enfants des grands étaient confiés à des gouverneurs, dont ils étaient proprement les élèves, parce que ces maîtres veillaient sur leurs mœurs et la formation de leur caractère aussi bien que sur leurs études. Alors on appelait écoliers les enfants qui fréquentaient les écoles et les collèges, étant supposé qu'ils y recevaient seulement des leçons suivies pour apprendre ce qu'ils ne savaient pas, qu'ils y faisaient des cours de mathématiques, de langues, d'histoire, de géographie, de musique, de dessin; et ce nom s'appliquait aussi à ceux que les maîtres allaient trouver chez eux à des heures réglées pour leur donner un semblable enseignement. Cette opposition est à chaque instant marquée dans l'Emile de J. J. Rousseau. De nos jours elle a disparu avec l'usage des gouverneurs. Il n'y a plus guère que les enfants qui apprennent à lire et à écrire chez les maîtres d'école qu'on appelle écoliers, Les jeunes gens de nos collèges portent le nom d'élèves : élèves internes , élèves externes ; c'est que leurs maîtres sont en même temps leurs gouverneurs , c'est que , au lieu de se borner à leur communiquer certaines connaissances toutes théoriques et jugées convenables à une belle éducation, ils cultivent en eux le cœur et les dispositions morales en même temps que celles de l'esprit ; c'est aussi qu'ils les préparent à diverses professions , et de là vient qu'ils ont le titre de professeurs , et qu'à l'égard des jeunes gens des écoles spéciales en particulier, le nom d'élèves est seul usité : élèves de l'École de droit , de l'École polytechnique , de l'École de médecine, de l'École normale, de l'École militaire.

D'ailleurs, le terme d'écolier est très-peu noble , à cause de sa terminaison qui indique un métier : on affecte de ne pas prendre et de ne pas donner la qualification qu'il exprime. Autrefois , et l'Académie paraît penser que cela convient encore aujourd'hui , il se disait particulièrement bien de ceux qui étudiaient un art non libéral : un maître d'escrime, un maître de. danse, un maître d'équitation avaient des écoliers.

Deux autres caractères ont distingué et distinguent toujours écolier. —D'abord il représente les habitants ou les habitués des écoles et des collèges sous le rapport de leurs mœurs . de leurs habitudes et de leurs jeux , plutôt que sous celui de leur instruction ; c'est comme une nation ou une classe à part : physiologie de l'écolier; des écoliers

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