DEUXIÈME PARTIE
en promanade, en récréation, en vacances. « Je suis en la meilleure santé du monde , et faisant quatre repas par jour comme un écolier. » Bussy. « Dans cette plaine des écoliers s'amusaient à guider des cerfs- volants. » J. J. « Il manqua à l'Italie la police générale. Les écoliers de Padoue s'étaient accoutumés à assommer les passants. » Volt. « Lorsqu'il se rencontre quelque juif à Varsovie hors du temps des diètes , on lâche les écoliers dessus, qui ont droit sur leurs personnes.» Regn.
Ainsi lorsqu'en un coin, qui leur tient lieu d'asile, W écoliers libertins une troupe indocile , ' Loin des yeux d'un préfet au travail assidu, Va tenir quelquefois un brelan défendu.... Bojx.
« Il te donne six réaux par jour, avec la liberté de te promener et de te divertir comme un écolier dans les vacances. » Les. ~ Ensuite, écolier désigne celui qui étudie seulement pendant qu'il étudie, pendant qu'il est sur les bancs , au lieu que la qualité Relève et de disciple demeure toujours. Aussi écolier a-t-il souvent le sens de novice , d'enfant ou d'homme qui sur un certain objet en est encore aux éléments, qui apprend encore et en a besoin. « Vous n'êtes qu'un écolier auprès de lui. » S. S. « Il eut toute sa vie le style le plus écolier. » Boil. « Isocrate, dit Longin , est tombé dans une faute de petit écolier. » Fén. « Sertorius dit qu'il apprendrait à Y écolier de Sylla, c'était ainsi qu'il appelait Pompée, qu'un général doit plus regarder derrière que devant soi. » Roll.
Disciple , seul traduit exactement d'un mot latin ayant la signification commune aux synonymes comparés ici , est le plus noble des trois. Il marque adhésion aux principes , aux sentiments d'un maître, soit qu'on l'ait entendu lui-même , ce que supposent toujours écolier et élève, soit qu'on n'en ait connu les opinions et les pensées que par écrit ou par tradition. Ce mot s'emploie en matière de doctrines : il se rapporte à la croyance, et non à la science comme les deux autres. «Un disciple de Gorgias , nommé Calliclès.» Fén. « Plus de trois cents disciples s'attachèrent à Pythagore. » Id. « Les philosophes avaient un lieu fixe où ils assemblaient leurs disciples. » Id. ce Arnaud de Brescia, disciple d'Abélard. » Volt. «Jérôme de Prague, disciple de Jean Hus.» Id. «■ L'ambition d'avoir des disciples s'empara tout entière du cœur de Mme Guyon. » Id. ce Des disciples de brames se brûlent pour renaître bienheureux. » Id. « On distinguera toujours le disciple des philosophes à l'abondance de ses moyens.» Marm. — Que s'il se dit aussi en général de celui qui apprend ou a appris d'un maître les sciences ou la littérature , c'est dans le grand , ce n'est jamais en parlant d'une profession , c'est sans aucun rapport à l'éducation morale , et c'est toujours avec désignation du maître. « Je respecte les Italiens comme nos maîtres (en littérature); mais il faut avouer qu'ils ont fait de bons disciples. » Volt. « Tous les parlements du royaume , dont les membres avaient été pour la plupart les disciples des jésuites, ont saisi la première occasion de les anéantir. » Id. « Les Bernouilli ont été les dignes disciples de ce grand homme (New-
ton). » Id. « Les saints solitaires illustres de Port-Royal , qui firent de si grands disciples. » S. S. « Dans l'art de parler et d'écrire , après avoir été les disciples des Grecs , les Romains en devinrent les rivaux. » Marm. «Pétrarque et Boccace furent les disciples d'un savant de Thessalonique ; mais , à la prise de Constantinople , ce fut une émigration de gens de lettres , échappés des ruines de leur patrie et réfugiés en Toscane.» Id.
1° ÉCONOMIE, MÉNAGE; — 2* ÉPARGNE, PARCIMONIE. Qualité intermédiaire entre l'avarice et la prodigalité.
Économie et ménage marquent de l'habileté et un certain talent d'administration. Épargne et parcimonie, se rapportent à la quantité dépensée des objets et au caractère de la personne qui en use. V économie et le ménage peuvent être mal entendus; V épargne et la parcimonie peuvent être immodérées. Un homme est économe, bon ménager, il est trop ou pas assez épargnant ou parcimonieux, il a l'humeur trop ou pas assez épargnante ou parcimonieuse. Il faut savoir économiser et ménager; il faut avoir la force, le courage à' épargner , et plus on épargne , plus il reste. Quand l'économie et le ménage ont vainement inventé ou combiné toutes sortes de moyens pour sauver une fortune , il faut bien , quoi qu'il en coûte, se résoudre à employer l'épargne et la parcimonie. — On dit également faire des économies et des épargnes , c'est-à-dire des réserves sur ses dépenses; mais les économies proviennent d'une excellente manutention , et les épargnes des privations qu'on s'est imposées, ou bien ce qu'on en considère uniquement, c'est qu'elles sont plus ou moins grandes. — On dit aussi ménager et épargner , pour user des choses ou traiter les personnes avec mesure ; mais celui qui ménage le fait avec dessein et prévoyance ; celui qui épargne le fait sans calcul. On ménage les personnes dont on présume qu'on aura besoin; un vainqueur épargne les vaincus , parce qu'il est enclin à la clémence.
1° Économie, ménage. Qualité du genre de la prudence , laquelle consiste à savoir régler sa dépense à la manière d'un sage intendant.
Économie, en grec olxovojxîa, du mot outos, maison, et de vo^oç, loi, règle. Ménage, mesnage , est un mot barbare ou d'origine vulgaire qui signifie aussi maison. Mesgnie, dans Nicod, veut dire famille.
Économie se dit de l'État ou des fortunes considérables. « Malgré les dépenses que de grandes guerres lui causèrent, Y économie de Louis XII fut si grande , que jamais il n'augmenta les charges du peuple. » Boss. « On a vu les biens de Le Tellier accrus naturellement par une prévoyante économie. » Id. ce Avec Y économie du fils et du petit-fils , il est demeuré aux Villeroy des biens immenses. » S. S. « Les grands négligent de rien connaître à leurs propres affaires , ils ignorent l'économie et la science d'un père de famille , se laissant appauvrir et maîtriser par des intendants. » Labr. « Possédant environ deux millions de rente , le père de Condé donna dans sa maison l'exemple d'une économie que le cardinal Mazarin aurait dû imiter dans le gou-
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
vernement de l'Étal. » Volt. « Les grands établissements en tout genre avaient prodigieusement coûté (sous Louis XIV), et l'économie ne réparait pas le dérangement de ces dépenses forcées. » 1d. « Une avidité extrême, jointe à une économie pratiquée constamment et avec intelligence, donna moyen à Crassus d'acquérir ces prodigieuses richesses. » Roll. — Le ménage , au contraire , convient aux ménages , aux petites familles et aux petites fortunes. Bossuet écrit à la supérieure d'un couvent : « J'ai reçu par ordre de Mme de Maintenon cinq cent soixante livres. Usez de ménage; ne songez point tant à donner qu'à payer ce que vous devez. » Dans la fable intitulée le Bassa et le Marchand , on conseille à un berger de se défaire d'un dogue qui mange trop :
Lui berger, pour plus de ménage, Aurait deux ou trois mâtineaux , Qui, lui dépensant moins, veilleraient aux troupeaux » Bien mieux que celte bête seule. Laf.
Elle était ménagère; Elle cousait, filait, faisait très-maigre chère. Volt.
« Moi avare ! dit Caton. J'étais bon ménager; je ne voulais laisser rien perdre ; mais je ne dépensais que trop. » Fén. « Les Tyriens sont industrieux, patients, laborieux, propres, sobres et ménagers.... Si les premiers de la nation méprisaient le travail et l'économie.... » Id. — L'économie regarde les maris ; c'est à eux à diriger l'emploi des biens de la communauté. Le ménage est du ressort des femmes ; elles doivent veiller à l'entretien de la maison, ordonner des consommations journalières, et empêcher le gaspillage intérieur.
L'économie opérant plus en grand, n'exclut pas les avances et les combinaisons dispendieuses dans l'intérêt de la recette et de la production. Le ménage , au contraire , ne va guère qu'à conserver. — On appelle économies et non pas ménages, les fruits d'une habile conduite des affaires domestiques-, et on dit, d'autre part, être ménager, et non pas économe, de sa santé.
2° Épargne , parcimonie. Qualité du genre de la tempérance, laquelle consiste à modérer sa dépense , à se contenter de peu , à la manière de ces austères républicains de l'antiquité , chez lesquels la pauvreté et la frugalité étaient en honneur.
Ces deux mots ont même racine , parum, peu, par eus , qui possède peu, en médiocre quantité. Mais la terminaison de parcimonie étant diminutive (voy. Ire partie, p. 209), il désigne une petite épargne , ou une épargne qui porte sur les petites choses , qui regarde aux plus petites dépenses. Bossuet dit des Romains simplement : « Nourrir du bétail, labourer la terre, se dérober à eux-mêmes tout ce qu'ils pouvaient , vivre d'épargne et de travail : voilà quelle était leur vie. » Mais Montesquieu voulant faire entendre que cette épargne était poussée jusqu'aux plus petits détails , comme il convenait à un peuple pauvre , s'exprime ainsi : a Alors la frugalité , la parcimonie et la pauvreté faisaient le caractère distinctif des Romains. » « Les bras, l'emploi du temps , la vigilance , l'austère parcimonie : voilà les trésors des Genevois. » J. J.
« La moindre libéralité arrachée à l'austère parcimonie de Galba eût pu lui concilier les esprits. t> Id. « Sully enrichit l'État par une économie sage , que secondait un roi aussi parcimonieux que vaillant. » Volt. L'épargne peut être sordide , la parcimonie mesquine.
D'ailleurs, la parcimonie se prend toujours pour une qualité ou une disposition, et jamais, comme Y épargne, pour un fait, un trait ou le bénéfice qui résulte de l'action d'épargner: faire des épargnes (Boss.), amasser des épargnes (Volt.) , bâtir une maison de ses épargnes (Fén.). « Il s'engage à prendre ma fille sans dot. C'est pour moi une épargne considérable. j> Mol. « Cet arrangement leur vaudrait des épargnes considérables et de soucis et d'argent. » J. J. « Sur la somme qui lui avait été fournie par l'Etat pour la dépense de son année , Cicéron se trouva avoir fait une épargne considérable, qu'il n'eut garde de s'approprier. » Roll.
ÉCRITEAU, INSCRIPTION, ÉPIGRAPHE. Mots tracés, imprimés ou gravés sur une chose pour donner quelque renseignement ou connaissance au public.
Écriteau est français : c'est un petit écrit. Inscription est latin , inscriptio , de scribere in, écrire dans ou sur. Épigraphe est grec , êniypaop^, de Ypà<petv i-rzi, écrire sur.
Écnteau se dit en parlant de choses vulgaires. On appelle ainsi quelques mots écrits en grosses lettres sur un morceau de papier, de carton ou de bois , et destinés à être exposés aux regards pour un temps seulement. « Voyez-vous, lecteur, ces grosses lettres capitales qu'il emploie en style à' écriteau , pour rappeler que.... » Beaum. On met des écriteaux aux maisons, aux boutiques, aux jardins, pour indiquer qu'ils sont à vendre ou à louer (Fén. , Mol. , Vaug.). On en pend au dos (Volt.) on en met au-dessus de la tête (Bourd., Boss.) des suppliciés pour faire connaître qui et quels ils sont. « Sept filles représentant les sept péchés mortels, et sept autres figurant les vertus théologales et cardinales, avec des écriteaux , reçurent Charles VII vers la porte Saint - Denis , lorsqu'il fit son entrée à Paris en 1437. » Volt. « Pilate mit sur la croix un écriteau en lettres hébraïques , et latines et grecques, contenant ces paroles : celui-ci est le roi des Juifs. » Id. « Ce qui détermina encore plus Tib. Gracchus à proposer cette loi , ce fut le peuple qui , par des écriteaux affichés sur les portiques, sur les murailles et sur les tombeaux , l'exhortait tous les jours à prendre sa défense. » Roll.
Inscription et épigraphe venant de langues savantes sont plus relevés; ils appartiennent proprement au langage littéraire. « La langue française n'est guère propre aux inscriptions et aux "épigraphes. » Volt. L'un et l'autre , d'ailleurs , expriment quelque chose de permanent , qui doit instruire une suite indéfinie de lecteurs.
Mais, quoique également littéraire, l'inscription est moins exclusivement relative aux livres et à la théorie que l'épigraphe ; elle se rapporte davantage à la pratique et à la réalité. En effet, elle se grave sur des monuments pour trans-