DON GARCIE
Encore est-ce beaucoup que, de franchise pure, Vous demeuriez d'accord que c'est votre écriture.
Mol.
oc II répondit qu'il avait écrit les premiers mots (de ce billet) et non les autres.— Cependant, lui répliqua l'officier de justice, tout paraît de la même main. — J'en demeure d'accord , repartit le banquier , et toutefois ce n'est point là mon écriture. » Les.
L'écriture et la main, quand les deux mots sont le plus étroitement synonymes , se rappor-
tent proprement , la première à la façon , la seconde à la manière : s'agit-il de louer les choses écrites par une personne, son ouvrage, vous dites qu'elle a une belle écriture; mais vous dites qu'elle a une belle main si vous voulez appeler l'attention sur la personne même, sur son talent. La perfection de l'écriture n'est pas à dédaigner dans un manuscrit , ni la perfection de la main dans un secrétaire. Votre écriture ne sera bien lisible qu'autant que votre main aura été soigneusement formée.
L'écriture se considère a posteriori, après coup, comme quelque chose de fait ou dans quelque chose de fait; la main, au contraire, se considère a priori, avant toute opération, comme quelque chose de capable de faire, comme une puissance ou une faculté. « Le partisan n'eut pas sitôt vu de mon écriture qu'il m'arrêta pour travailler sous lui, en me disant qu'il voulait me former l'esprit et la main. » Les. Gil Blas , secrétaire de l'archevêque de Grenade , veut lui faire prendre pour sous- secrétaire le licencié Garcias: et le prélat, après avoir examiné des choses écrites par l'aspirant, répond à Gil Blas : ce Je suis satisfait de ton écriture; mais je t'avoue que je ne serais pas fâché d'avoir de cette main-lk une copie de mes ouvrages. » Les. On reconnaît Y écriture de quelqu'un; on recommande quelqu'un pour un emploi en assurant qu'il a une bonne main.
D'ailleurs main , dans cette acception , étant un terme figuré, convient mieux en poésie. Imiter l'écriture de quelqu'un (Fén.), est l'expression ordinaire ; mais dans YAstrée , tragédie lyrique , Lafontaine a dit en parlant de Céladon :
Quelque ennemi secret vient d'imiter sa main. De même, dans le langage commun, nous emploierions écriture là où Corneille (dans Héraclius) se sert de main :
Madame, dois-je croire un billet de Maurice? Voyez si c'est sa main, ou s'il est contrefait. Vous connaissez sa main, madame ; et c'est à vous Que je remets le sort d'un frère et d'un époux. Voyez ce qu'en mourant me laissa votre mère.
ÉCRIVAIN , AUTEUR. Homme qui a publié un livre ou des livres de sa composition.
L'écrivain se considère par rapport à la manière <Y écrire, à l'expression, à la forme. «Je lui crois des égaux (à Buffon) parmi ses contemporains en qualité de penseur et de philosophe ; mais en qualité à'écrivain je ne lui en connais point : c'est la plus belle plume de son siècle.» J. J. oc Certes est réclamé par la poésie, et notre langue doit beaucoup aux écrivains qui le disent en prose. » Labb. Boileau dit de Malherbe :
Par ce sage écrivain la langue réparée
N'offrit plus rien de rude à l'oreille épurée, ce Dans Sénèque le penseur ne vaut pas mieux quel'ecmam; les mauvais raisonnements sont aussi fréquents que les mauvaises phrases. » Lah. — Mais ce qu'on regarde dans Y auteur, ce sont les pensées , c'est le fond, oc Saint Augustin parle d'une ordonnance que firent les Césars et les magistrats de ce temps-là contre certains auteurs , dont les poésies satiriques et remplies de médisance déchiraient la réputation des plus
SYNONYMES À RADICAUX DIVERS
honnêtes gens. » Bourd. a On doit accoutumer les jeunes gens, quand on leur fait lire ces sortes d'auteurs qui ont plus cherché le merveilleux que le vrai dans leur récit , à faire le discernement du vrai et du faux. >» Roll. « Saint Augustin dit que toutes les vérités qui se trouvent dans les auteurs païens nous appartiennent. » 11. Auteur orthodoxe, approuvé, original (Acad.). — « Nous parlerons ailleurs de ce qui regarde le choix des auteurs par rapport aux mœurs. Pour le style il faut faire lire aux jeunes gens, et d'abord et toujours, les meilleurs écrivains. » Roll.
Un bon écrivain a de la correction et du goût ; un bon auteur a du génie. Des écrivains qui ne seraient qu'élégants et corrects le cèdent à des auteurs de génie (Ducl.). « Les auteurs du siècle d'Auguste sont fort supérieurs comme écrivains (à cause de la pureté de leur goût) à ceux du siècle suivant, qui le sont peut-être, à leur tour, comme penseurs et philosophes. » D'Al. Un écrivain est habile ; un auteur, profond , original. Boileau et Lafontaine , qui ont emprunté la plupart de leurs sujets , sont néanmoins d'excellents écrivains ; Corneille et Descartes sont d'excellents auteurs. Malebranche est tout à la fois un grand écrivain et un auteur éminent. La France brille plus par ses écrivains que par ses auteurs; l'Allemagne, au contraire. Le mauvais écrivain a des imperfections de style qui îe rendent fastidieux ; le mauvais auteur choque par la sottise ou la déraison.
Ensuite , on appelle plutôt auteurs les écrivains autorisés ou qui font autorité , qui ont du poids , et spécialement ceux de l'antiquité relativement à ceux de nos jours. « Voilà ce qui nous pénètre d'une juste admiration pour les grands écrivains , pour les auteurs devenus classiques. » Lah. « Il ne serait pas raisonnable que , uniquement occupés de l'étude des auteurs grecs et latins , et peu curieux de faire connaissance avec les écrivains de leur pays , les jeunes gens demeurassent toujours étrangers dans leur propre patrie.» Roll. Auteur classique; écrivain d'une gazette (d'Al.).
EFFACER, RATURER, RAYER, RIFFER. Passer un trait de plume sur ce qui est écrit.
C'est ce que le verbe effacer signifie simplement et sans aucune idée accessoire. Raturer veut dire effacer en composant, ôter des fautes et mettre mieux à la place. Rayer et biffer n'ont point ce caractère littéraire : ils n'emportent point l'idée de correction, mais celle d'abolition ou de retranchement : on raye et on biffe pour faire disparaître.
Raturer, faire des ratures exprime l'action d'un écrivain qui travaille à perfectionner son ouvrage en le châtiant. « A force de raisonner, de parler , de dicter , de reprendre , de corriger , de raturer, de changer, de refondre, tout s'évapore. » S. S. «Les présidents du sénat et des académies commencèrent à composer, étudier, raturer et feuilleter leur Vaumorière et leur Démosthène , pour apprendre à parler à un embryon. » J. J. « Vous exigez toujours de promptes réponses; cela fait que je ne puis vous écrire
SYN. FRANg.
que des billets fort mal digérés et fort raturés. » Id. « Aussitôt il prit papier, plume et encre; et voilà mon jeune homme qui se met à raturer , à corriger, à refaire. » Volt. — L'expression générale effacer , dans cette acception , a plus de rapport à la suppression de ce qu'on trouve mauvais, et raturer en a davantage aux ratures , aux marques laissées et qui restent sur le papier : on efface des mots , on rature un manuscrit.
Ainsi , recommençant un ouvrage vingt fois,
Si j'écris quatre mots, j'en effacerai trois. Roil. « Mes manuscrits raturés , barbouillés , mêlés , indéchiffrables , attestent la peine qu'ils m'ont coûtée. » J. J. — Il semble aussi qu'effacer est plus noble, précisément parce qu'il ne rappelle pas comme raturer, des ratures, des traces matérielles de l'action.
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage;
Polissez-le sans cesse et le repolissez;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. Roil.
Rayer et biffer diffèrent du moins au plus. Un homme privé peut rayer, et cela doucement, avec calme.
Moi, votre ami! rayez cela de vos papiers. Mol. « Je ne crois pas mériter ce reproche , et il faut que vous rayie% cet article sur le mémoire de mes défauts. » Siv. « Il fallait rayer Luther, Bucer et Mélanchton du rang des grands hommes. » Boss. Mais biffer, c'est rayer d'autorité ou avec colère. «Le roi cassa cet arrêt et ordonna que la minute serait biffée et lacérée. •» Volt. * Le chancelier d'Aguesseau réprimanda les membres du parlement au nom du roi , et leur ordonna de biffer sur les registres tout ce qu'ils avaient arrêté au sujet des disputes présentes. » Id. « Boufflers devint furieux.... Villars épouvanté envoya lui-même ses lettres de pairie à Boufflers qui y biffa tout ce qu'il voulut, et ce qu'il biffa demeura supprimé dans l'expédition qu'en fit Pontchartrain. » S. S. — Très-souvent biffer se trouve placé après rayer sur lequel il enchérit. « J'ai rayé et biffé ce traître du registre de mes amis. » Les. « Le jugement des commissaires contre Du Faur fut rayé et biffé à la pluralité des voix. » Volt. « Madame la Dauphine ayant su que cette jolie personne avaijt signé partout Sophie de Ravière s'est transportée d'une telle colère , que le roi fut trois fois chez elle pour l'apaiser. Enfin tout a été effacé, rayé, biffé. » Sév.
EFFARÉ, EFFAROUCHÉ. Troublé, mis en émoi, comme un animal rendu farouche par l'épouvante qu'on lui cause.
Effaré exprime toujours un trouble visible, et comme hagard auquel il ressemble fort , il ne se dit guère que de l'air du visage. «Il avait l'air tout effaré. » S. S. « Vous veniez nous offrir votre air effaré pour nous faire rire. » J. J. « Quand Octave entra dans la chambre de Cléopâtre, elle se leva pçomptement , et alla se jeter à ses genoux, horriblement défigurée, les cheveux en. désordre, le visage effaré et sanglant, la voix tremblante. » Roll. « Statira mourante, sa fille à ses pieds, et Cassandre effaré, quatrième tableau. » Volt.
Tu parais sans haleine, et les veux effarés. lu.